Chars contre caoutchouc, la Chine fait du troc pour vendre ses armes en Asie

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Non seulement les armes chinoises ne sont pas chères mais en plus les Chinois proposent des financements imbattables
Non seulement les armes chinoises ne sont pas chères mais en plus les Chinois proposent des financements imbattables (Crédits : Damir Sagolj)
Pour vendre des armes en Asie, les industriels chinois sont très flexibles et peuvent être amenés à faire du troc. Reportage au salon Défense et Sécurité de Bangkok.

La Thaïlande est d'humeur dépensière. Le budget de la défense augmente de près de 5% tous les ans depuis la prise du pouvoir par l'armée en 2014, et devrait atteindre cette année 7,7% du budget de l'Etat. Mais la Thaïlande n'est pas un cas isolé. En constante croissance depuis 2012,  le marché en Asie et en Océanie représente désormais 43% du commerce mondial des armes. Alors, dans les allées du salon Défense & Sécurité de Bangkok, qui s'est déroulé du 6 au 9 novembre, les industriels de l'armement venus du monde entier, exposent leurs produits aux yeux gourmands des généraux thaïs, vietnamiens, philippins ou malaisiens.

La France, elle, dispose d'un sobre pavillon, ou sont représentés quelques uns des champions tricolores des ventes d'armes, Thales, Nexter ou MBDA. Ici, toute l'industrie "espère bénéficier de la forte demande liée au réarmement naval en Asie du Sud et du Sud-est", selon un vendeur Français présent à ce salon. A moyen terme, "tous les pays de la région veulent développer et moderniser leur flotte de surface et voir créer ex-nihilo leur sous-marinade" affirme un responsable du GICAN, le groupement des industries de construction et activités navales françaises.

La Chine fait "du troc"

Mais face aux mastodontes américains et russes, difficile pour les groupes français de se faire une place. D'autant qu'un nouveau venu, la Chine, rafle quasiment tous les marchés. Elle vient d'ailleurs de vendre à la Thaïlande trois sous-marins à propulsion Diesel S26T pour un montant avoisinant les 860 millions d'euros. La Malaisie, la Birmanie, ou l'Indonésie, font désormais partie des principaux clients de l'industrie d'armement chinoise.

Les armes chinoises sont peu chères, et pour le financement, "tout est possible" avoue un vendeur sur le stand de Norinco, le premier fabricant de véhicules blindés chinois, Les pays d'Asie du Sud Est ont des moyens limités et les achats donnent souvent lieu à des transferts de technologie ou plus simplement à "du troc", avoue fièrement notre vendeur chinois. "On peut tout échanger contre nos chars d'assaut. On prend tout : pétrole, minerais, caoutchouc. Dans la région, le caoutchouc ça marche bien",se confie-t-il dans un sourire. Conséquence, en 2016, La Chine est passée devant la France au classement mondial des exportateurs d'armes.

Modernisation des flottes des marines asiatiques

Avec une telle concurrence, certains industriels se prennent à rêver d'un assouplissement de la législation française et d'une conception du commerce des armes "parfois tatillonne, voire frileuse", explique un exposant. Le directeur d'une entreprise française, présente sur le salon de Bangkok, affirme être sur le point de signer une commande importante pour une force de police locale. Mais il n'est pas sûr d'obtenir une autorisation d'exportation. Et il ne décolère pas. "C'est incompréhensible. C'est comme si la France avait honte de vendre des armes, ce n'est pas politiquement correct. Donc même si on crée des emplois, et qu'on fait du made in France, il est de bon ton de rester discret, car les politiques ont peur de leur ombre". Donc, "nous perdons des marches, et nos concurrents se régalent", ajoute-t-il.

Selon lui, "tout cela a des conséquences directes pour la vie de certaines entreprises" et donc en termes d'emploi. "D'autres pays, même parfois des pays européens, ne se posent pas autant de questions de savoir avec qui ils font des affaires ..." Avec la recrudescence des tensions territoriales autour de certaines îles de la mer de Chine, "tous les pays de la région veulent développer et moderniser leur flotte de surface et éventuellement créer ex-nihilo leur sous-marinade", affirme le responsable du GICAN, qui a organisé la venue des exposants français. Vietnam, Malaisie, Philippines, Taiwan, c'est-à-dire quasiment tous les pays de la région se disputent aujourd'hui des territoires maritimes avec la Chine. Une aubaine, peut-être, pour les industriels Français.

Tensions en Mer de Chine, une chance pour la France?

Selon le directeur général de Verney-Carron Défense, Guillaume Verney-Carron, "les tensions entre  les pays de la région vont obliger certains d'entre eux à choisir d'autres fournisseurs". "Ils pourraient alors se tourner vers la France comme une troisième voie", explique-t-il. Le responsable de cette PME de Saint Etienne, qui réalise aujourd'hui 50% de son chiffre d'affaires à l'exportation, estime qu'il "faut nous laisser travailler. Il y a des opportunités à saisir dans ce marché en pleine expansion. Tout le monde en sortira gagnant : nous créerons des emplois, et ce sera bon pour la balance du commerce extérieur," affirme-t-il enthousiaste, avant de s'éloigner avec un général de la police cambodgien pour lui montrer son fusil d'assaut "Made in France".

Dans les allées climatisées du salon de Bangkok, à l'abri de la chaleur, l'austère pavillon français détonne au milieu des flamboyantes installations américaines, turques, tchèques, ou israéliennes: La plupart des concurrents ont fait les choses en grand, et disposent d'immenses pavillons ou ils régalent les visiteurs de petits fours et de bière fraîche. "Pour manger et boire, les généraux sont obligés d'aller ailleurs", peste ce spécialiste de la sécurité, installé dans la capitale thaïlandaise depuis 20 ans. "Même bien recevoir, on ne sait plus faire", regrette-t-il, en partant "se faire offrir un vrai expresso" sur le stand des Américains...

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Commentaires
a écrit le 18/11/2017 à 9:25 :
Il faut dire que le sud est asiatiques est angoissé par l'expansion militaire chinoise, actuellement se pays à des vues expansionniste sur la mer de Chine, mais en cas de conflits dans la region , ils faudra mieux etre du cote du puissants dû coins....
La Chine a unis sont peuple sous une seul ethenies, maintenant tous les autres ( le monde ) sont des barbares....
a écrit le 16/11/2017 à 13:43 :
Et alors ? On ne va tout de même pas reprocher aux Chinois d'être plus intelligents que les autres marchands d'armes, non ? Est-il plus intelligent de procéder à un troc qui intéresse les deux parties (win-win) ou d'envoyer un ministre-représentant de commerce baisser son froc pour vendre sa camelote ? Chacun sa stratégie, mais, en tout cas, on sait bien que la Chine est un pays qui va continuer à monter en puissance contrairement à certains autres états qui, grands donneurs de leçons dont le monde entier se fout, dirigés par des polichinelles sans programme, sans scrupule et sans cervelle, qui ne sont même plus capables de vrais effets de manche. Suivez mon regard...
a écrit le 16/11/2017 à 10:21 :
Pas étonnant et c'est intelligent, la Chine produit beaucoup trop, elle se retrouve donc avec énormément de biens de consommation, il est évident qu'en troquant son matériel et elle et son client, qui en a besoin bien entendu, seront gagnants.
a écrit le 16/11/2017 à 9:52 :
La compensation fait partie des pratiques commerciales classiques.
Il y a longtemps Dassault (vente des premiers mirages) s' est fait payer une partie des ses chasseurs en raisins secs de Corinthe.
Réponse de le 23/11/2017 à 1:13 :
En raisins ? Ce n'était pas de l'huile d'olive pour les Mirage 2000 grecs ?

Sinon, si même les américains proposent du meilleur café que les français, ou va le monde ?

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