Sous-marins : la France va-t-elle renforcer son influence dans la zone indo-Pacifique ?

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Naval Group va trouver sur son chemin son rival préféré, TKMS, dans la zone Indo-Pacifique. Le constructeur allemand a déjà vendu 16 sous-marins depuis 30 ans (contre 20 pour Naval Group depuis 20 ans). Sur la photo, un sous-marin indien Kalvari (Scorpène).
Naval Group va trouver sur son chemin son rival préféré, TKMS, dans la zone Indo-Pacifique. Le constructeur allemand a déjà vendu 16 sous-marins depuis 30 ans (contre 20 pour Naval Group depuis 20 ans). Sur la photo, un sous-marin indien Kalvari (Scorpène). (Crédits : DCNS)
Trois pays majeurs de la région Indo6pacifique (Inde, Indonésie et Philippines) pourraient lancer en 2021 des RFP (Request for proposal ou appel à propositions) ou des appels d'offres pour l'acquisition de sous-marins.

Actualisation de l'article le 20 janvier à 17H00 (vœux d'Emmanuel Macron)

2021, une année importante pour la France et, particulièrement, pour Naval Group dans la région Indo-Pacifique dans le domaine des sous-marins. Trois pays majeurs de cette région - Inde, Indonésie et Philippines - pourraient lancer cette année des RFP (Request for proposal ou appel à propositions) ou des appels d'offres. Avec les contrats obtenus en Malaisie (deux sous-marins en 2002), en Inde (six en 2006) et australien (douze en 2016), la France pourrait renforcer son influence dans une région où elle a décidé de revenir en force. Les projets d'acquisition de sous-marins aux Philippines (trois), en Indonésie (cinq) et, en enfin, en Inde (six) pourraient ainsi consolider cette tendance.

Faut-il rappeler que la France est complètement légitime dans cette région avec sept départements, régions et collectivités d'outre-mer disséminés entre l'océan Indien et le Pacifique Sud. Ils abritent 1,6 million de ressortissants français et confèrent à la France neuf des onze millions de km² de sa zone économique exclusive. D'ailleurs, le ministère des Armées est en train de réarmer dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) l'Outre-Mer dans le naval et l'aérien (trois patrouilleurs guyanais, six patrouilleurs outre-mer, trois Bâtiments de soutien et d'assistance outre-mer ainsi que des avions de surveillance et d'intervention maritime Albatros...). Des territoires qui sont de véritables "porte-avions" de l'influence française dans toute cette région clé. La France participe également à sa façon à la surveillance de la Chine dans la région Indo-Pacifique.

"Et parlant de l'océan Indien, je veux ici redire combien la stratégie Indopacifique, définie dès 2018, structurant tout à la fois notre présence ultramarine, l'implication de nos forces armées dans la région et des partenariats d'exception avec l'Australie, l'Inde, les Émirats arabes unis et tant d'autres, est la marque d'un réengagement et d'une affirmation de la France comme puissance maritime, mais aussi comme puissance stabilisatrice dans toute cette région du globe", a rappelé mardi le président de la République Emmanuel Macron lors de ses vœux aux armées.

Trois campagnes où Paris garde toutes ses chances

Aux Philippines, Naval Group, qui aura comme principal adversaire les Coréens de DSME, est en piste pour la vente de trois sous-marins Scorpène. Les concurrents sont actuellement au tout début du processus du dialogue compétitif. Puis, l'appel d'offre pourrait être lancé fin 2021. Dans la zone Indo-Pacifique, les Philippines, pays chrétien dans une région musulmane (Indonésie, Malaisie, Bruneï) ou communiste (Chine, Vietnam), sont un pays-clé en raison de sa situation de sentinelle face à la Chine et face au Vietnam, autre sentinelle anti-chinoise (base de sous-marins lance-missiles, d'origine russe à Cam Ranh Bay).

En Indonésie, qui n'a pas encore lancé d'appel d'offres, Naval Group propose au moins quatre sous-marins avec un transfert de technologies en faveur du chantier naval indonésien PT PAL. A l'état-major des armées (EMA), auditionné à l'Assemblée nationale au mois de janvier, on a rappelé que ce pays est à "la charnière entre le Pacifique et l'océan Indien", "un pays archipélagique qui comporte des détroits tels que ceux de Malacca, de Lombok et de la Sonde. Il y a donc un enjeu essentiel en matière de trafic maritime". Des détroits qui contrôlent le trafic mondial.

Enfin, en Inde, la compétition P75i portant sur la construction de six sous-marins, va opposer cinq constructeurs : le russe Rubin (sous-marin Amur 1650), l'allemand ThyssenKrupp Marine Systems (Type 214), le coréen DSME (KS-III), l'espagnol Navantia (S80) et, enfin, Naval Group (Scorpène). Le ministère de la Défense indien pourrait lancer un RFP en 2021. Les concurrents doivent s'allier avec un chantier naval indien : soit Mazagon Docks Ltd (MDL), qui est en train de construire à Bombay les six sous-marins Kalvari (Scorpène) de Naval Group, soit Larsen & Toubro (L&T).

L'excellence française dans les sous-marins

La France n'a encore rien gagné en Indonésie et aux Philippines. Tout comme l'Inde, ces pays peuvent toutefois s'inspirer du choix stratégique de l'Australie, qui a sélectionné le Barracuda à propulsion conventionnelle. Avec ce sous-marin, la marine australienne pourra être indépendante à la fois sur le plan industriel et diplomatique. Le Barracuda à propulsion conventionnelle s'est imposé face à des bateaux concurrents japonais et allemand, qui n'apportaient pas une valeur ajoutée globale. Pour autant, Naval Group va trouver sur son chemin son rival préféré, TKMS. Le constructeur allemand a déjà vendu 16 sous-marins depuis 30 ans (contre 20 pour Naval Group depuis 20 ans) : Corée du sud (trois sous-marins Type 209 en 1993, puis trois Type 214 en 2000, et enfin, six Type en 2014) et à Singapour (deux Type 2018, puis deux Type 2018).

Bénéficiant des savoir-faire sur les programmes de sous-marins nucléaires français, les Scorpène et Barracuda à propulsion conventionnelle possèdent en outre une excellente discrétion acoustique. "Les progrès réalisés dans la réduction de la susceptibilité aux sonars actifs, l'index de cible, et la maîtrise des autres signatures permettent également de leur assurer une grande furtivité, explique le directeur du développement international à la Direction générale de l'armement Thierry Carlier dans le magazine des ingénieurs de l'armement. Le module AIP de seconde génération, aujourd'hui mature, permet d'offrir des temps de plongée de plusieurs semaines tout en utilisant le même carburant que celui des moteurs diesels".

"Conjointement avec la discrétion acoustique, le module de détection acoustique, avec ses sonars ultra-sensibles sur une large plage de fréquences et ses traitements performants, permet d'obtenir l'avantage acoustique, c'est-à-dire la capacité à détecter l'adversaire avant de l'être soi-même, rappelle-t-il.

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a écrit le 21/01/2021 à 0:08 :
Le monde pourrait très bien se passer de l'influence mortifère de la France qui arme dictateurs et terroristes de tout poil... car la démocrassie au bout du canon est plutôt précaire.
a écrit le 20/01/2021 à 19:53 :
La France a differants type de sous-marin pouvant etre exporter...
Donc nous devons pouvoir trouver des client potentiel . Mais acquérir un savoir faire technologie n'est pas simple .
a écrit le 20/01/2021 à 0:21 :
Surtout n’oubliez pas de faire le tri sélectif.
Les milliers de têtes nucléaires prêtes à servir partout dans le monde, ça n’est vraiment pas important pour le sans dent.
Qq sous-marins par ci par là, qq centrales nucléaires par ci par là, qq laboratoires de recherche par ci par là...jusqu’à la catastrophe.
a écrit le 19/01/2021 à 21:39 :
Il va falloir remballer le champagne...

"Australia Reportedly Looking At An Alternative To Its Costly New French-Designed Submarines"

L'Australie chercherait une alternative à l'achat des 12 couteux sous marins francais...
Suite aux chocs du covid et des incendies massifs, ils ont d'autres chats à fouetter...
Réponse de le 20/01/2021 à 9:32 :
Depuis le départ, ce contrat est devenu un terrain de combat politique en Australie. D'autres intérêts s'y sont ajoutés. Attaques incessantes et désinformations opèrent.
Ceci étant, sur un tel contrat, avec un tel défit industriel sur le long terme, que ca grogne, notamment alors que le design est à l'étude, n'est pas illogique. Chacun voulant peser le plus possible pour participer au mieux aux futurs développements industriels.
a écrit le 19/01/2021 à 19:07 :
Rien de tel pour ces pays, surtout l'Indonésie ( carrefour obligé des rtes maritimes indo pacifique par les détroits de Malacca, de la Sonde , de Torres, de Macassar...pour les ppaux) que de s'équiper de ss marins modernes à long rayon d'action et forte autonomie en plongée, pour surveiller en tte discrétion, les évolutions de la flotte militaire chinoise en pleine expansion et ses tentatives d'incursion ds leurs eaux territoriales.
La France présente technologiquement de sérieux atouts avec la classe de ss marins barracuda, version conventionnelle du tt nx SNA classe Suffren, vendus à l'Australie.
Sauf que cette dernière, en conflit frontalier larvé avec l'Indonésie, verrait probablement d'un très mauvais oeil que celle ci dispose d'un vecteur de dissuasion de capacité comparable à celui qui équipera sa marine ds 15- 20 ans.
a écrit le 19/01/2021 à 18:21 :
gare à l'effet Borat !
En nouvelle caledonie, indépendance est passée près.

Sur ces 9 millions une part énorme concerne la polynésie francaise qui est très éloignée des barycentres économiques de la région.
Et là encore si la polynésie réclame son independance on perd presque la totalité de cette zone économique exclusive.

On essaie de faire comme les US sauf qu'eux ont de vrai interets économiques à taiwan, en chine, au japon, en corée, avec des usines !

Nous on protège quoi ? la pêche ? De Kersauzon ?
Réponse de le 20/01/2021 à 8:38 :
La polynesie demander son independance, j'ai bien ri.
Les prebendes arrosent bien localement.
Le polynesien est "fiu" .
Réponse de le 20/01/2021 à 19:36 :
Rien de comparable entre les 2 territoires. La NC est complètement polluée ( au sens propre comme au figuré) par l'exploitation de ce " métal du 😈" source de discorde insoluble entre indépendantistes qui veulent une nationalisation rampante de tte cette richesse insulaire et les loyalistes qui la bradent aux 4 vents de la mondialisation pour maximiser les royalties perçus (en terme élégant...).
La Polynésie ne produit rien, sauf des services touristiques ht de gamme à la planète friquee entière qui bénéficie peu à la population ( c'est une sorte de République bananiere, mais avec ttes les indemnités sociales possibles assurées par la métropole, idem ds une certaine mesure mais en moins frique aux Antilles , à la Réunion ou à Mayotte où les indépendantistes st largement minoritaires)

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