Terrorisme : les trois défis de l'opération Sentinelle

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Un soldat n'est pas formé pour rester en garde fixe au pied d'un lieu jugé - à juste titre - sensible. Mais nous allons faire autre chose, autrement, avait estimé le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers
"Un soldat n'est pas formé pour rester en garde fixe au pied d'un lieu jugé - à juste titre - sensible. Mais nous allons faire autre chose, autrement", avait estimé le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers (Crédits : CHARLES PLATIAU)
L'armée de Terre doit recruter pour assurer pleinement l'opération sentinelle. Surtout l'état-major demande une évolution des missions de l'armée, qui souhaite amener son expérience des opérations extérieures.

En 2015, dans la continuité de 2014, les forces armées françaises ont connu un très fort engagement opérationnel, avec les opérations Sentinelle (France), Sangaris (Centrafrique), Chammal (Irak et Syrie) et Barkhane (Sahel). À travers cette mobilisation de 10.000 hommes en janvier pour l'opération Sentinelle, puis ramenée à 7.000, l'armée a montré qu'elle était capable de mobiliser beaucoup d'hommes en peu de temps avec efficacité. Mais cette opération a rapidement montré les limites du format des armées défini par le livre blanc de la défense et la sécurité nationale de 2013.

D'autant que les opérations extérieures (OPEX) lancées sont appelées à durer. Ainsi, comme l'a reconnu le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, il n'avait "pas autant diminué qu'initialement prévu les effectifs sur certaines opérations, en particulier Sangaris. En raison de l'augmentation des tensions, j'ai ainsi demandé au président de la République de m'autoriser à maintenir plus de 900 militaires sur le camp de M'Poko (Centrafrique, ndlr). Cela complique encore l'année 2015".

Une armée qui a été déstabilisée

En février, le chef d'état-major des armées (CEMA), le général Pierre de Villiers, tirait déjà la sonnette d'alarme sur l'écart de plus en plus flagrant entre les moyens donnés aux armées et les missions qui lui sont confiées par les plus hautes autorités de l'État. Pas assez d'hommes pour assurer toutes les missions. Du coup, en mai dernier, le gouvernement annonce une moindre déflation des effectifs de 18.750 postes sur les 33.675 prévus initialement dans la loi de programmation militaire 2014-2019 (LPM). "Soyons clairs : notre modèle d'armée ne pouvait plus subir davantage de réduction !", avait estimé le 15 octobre le général Pierre de Villiers.

"Si l'on dresse un bilan de la situation, la tendance est toujours à plus de missions pour nos armées, car, aux missions opérationnelles, il faut encore ajouter tout le reste. Je pense à l'environnement de soutien et de gestion, mais aussi au soutien aux exportations, ou encore à nos actions en faveur de la cohésion nationale avec le service militaire volontaire", avait expliqué en octobre le CEMA lors de son audition à la commission de la défense de l'Assemblée nationale.

Des suppressions de postes qui venaient après celles décidées par Nicolas Sarkozy (54.000 sur la période 2009-2014). Bref, les saignées successives dans les effectifs ont rendu exsangue les forces armées, incapables de gérer sur le long terme les opérations extérieures (OPEX), les opérations intérieures (OPINT) et les journées d'entrainement nécessaires à la préparation des missions. "La préparation opérationnelle, autrement dit l'entraînement, n'est donc pas négociable, sauf à mettre en danger les soldats en opération extérieure, et il s'agirait d'un danger de mort", avait expliqué le 15 octobre le général Pierre de Villiers. Nicolas Sarkozy, tout comme François Hollande dans un premier temps, n'ont pas compris toute l'importance d'un outil militaire suffisamment doté pour remplir ses missions fondamentales.

1/ Une fragilité temporaire de Sentinelle

En dépit des moindres déflations, l'armée avait déjà dû mal à assurer les missions de l'opération Sentinelle avant les tragiques attaques terroristes du vendredi 13. Une situation temporaire, comme l'indiquait le général Pierre de Villiers. Pourquoi? "Dans les mois à venir, avait-il expliqué, le volume des forces engagées sur le territoire national restera une source de fragilité : tant que les manœuvres de recrutement et de formation de l'armée de terre ne seront pas terminées, c'est-à-dire d'ici à la fin de l'année 2016 ou au début de l'année 2017, des renoncements perdureront pour garantir les effectifs de Sentinelle".

"C'est en 2015 que l'opération Sentinelle pose problème puisqu'on doit assurer la présence de 7.000 militaires, susceptible d'être portée à 10.000 de toute urgence, avec des effectifs qui sont ceux de début d'année", a confirmé Jean-Yves Le Drian.

Cette fragilité provient en raison même d'un changement en volume des militaires engagés dans l'opération Sentinelle sur le long terme. "Avec 7.000 soldats engagés chaque jour, et la capacité de monter jusqu'à 10.000 hommes sur court préavis, le volume de l'opération Sentinelle est plus de quatre fois supérieur à ce qui existait auparavant. C'est considérable !", avait jugé le chef d'état-major des armées. Ce changement stratégique doit se réaliser "sans compromettre nos engagements futurs".

2/ Quelles missions pour les militaires de l'opération Sentinelle?

"Une réflexion doctrinale interministérielle est en cours pour répondre à ces changements afin que la mission Sentinelle ne soit pas qu'une excroissance du dispositif Vigipirate, mais une véritable plus-value stratégique en complément des forces de sécurité intérieure", avait expliqué le général Pierre de Villiers. L'état-major réfléchit à une rupture stratégique, sous le pilotage du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Un rapport doit être remis au président de la République avant la fin de l'année. Jean-Yves Le Drian doit en rendre compte devant le Parlement en janvier.

Quel est le rôle des forces armées sur le territoire national, et précisément avec l'opération Sentinelle ? "Je considère que la mission des armées, en temps de crise comme en temps de paix, est de protéger tous les Français où qu'ils se trouvent, à l'étranger, outre-mer ou en métropole", avait affirmé le chef d'état-major des armées. Et il rappelait que "le soldat actuellement engagé dans Sentinelle est le même que celui qui, demain, partira au Sahel combattre au sein de la force Barkhane".

Mais, selon lui, "nous devons la prendre en compte et trouver la bonne réponse en complément des forces de sécurité intérieure". Pas question de "demander durablement aux soldats français d'aider, de remplacer, de suppléer des forces de sécurité intérieure qui ne seraient pas assez nombreuses", avait-il précisé. L'opération Sentinelle, ce n'est pas cela, pour le général Pierre de Villiers. "Loin d'être une sorte de Vigipirate bis, Sentinelle répond à une rupture stratégique : nous considérons que la situation n'est plus la même qu'il y a un an et que le niveau de menace est tel en France que les forces de sécurité intérieure ont besoin du renfort substantiel et durable des forces armées. Mais plutôt que de suppléer les forces de sécurité, les armées doivent apporter des savoir-faire complémentaires".

"L'apport de nos armées à la protection des Français à l'intérieur de nos frontières est essentiel. La mission Sentinelle rassure nos concitoyens ; la grande popularité de nos soldats le prouve. De plus, Sentinelle envoie un message fort à nos adversaires et montre la force et la détermination de notre pays : nous ne permettrons pas que des actions de guerre soient commises sur notre sol. La protection de la France et des Français demeure la vocation première des forces armées".

3/ Quelle plus-value de l'armée?

"Un soldat n'est pas formé pour rester en garde fixe au pied d'un lieu jugé - à juste titre - sensible. Mais nous allons faire autre chose, autrement", avait estimé le CEMA. Dans ce cadre, l'état-major des armées cherche à créer un dispositif cohérent, dans lequel les militaires apporteraient leurs compétences. D'autant que les adversaires utilisent les mêmes modes d'action que sur les opérations extérieures. Ainsi, les soldats pourraient être "plus mobiles, opérer de nuit, utiliser des équipements et des techniques que nous sommes les seuls à avoir".

"Puisque nous avons affaire aux mêmes terroristes, nous devons pouvoir recourir, le cas échéant, à des modes d'action à l'intérieur qui s'inspirent de ceux utilisés à l'extérieur du territoire national. Le dispositif Sentinelle va donc évoluer", a estimé le CEMA. Ce que confirme Jean-Yves Le Drian : "il faut continuer d'affiner les concepts, tirer les leçons de la situation, définir la doctrine, les capacités, l'articulation avec le ministère de l'Intérieur sur la durée".

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Commentaires
a écrit le 17/11/2015 à 17:42 :
Il faudrait un numéro d'urgence pour la police analogue à celui des pompiers avec des personnes qui répondent au bout du fil.
Réponse de le 19/11/2015 à 12:30 :
ce numéro existe depuis des décennies. Il s'agit du 17
a écrit le 17/11/2015 à 14:04 :
Il n'y a pas de solution à court terme. A moyen terme la seule solution est une augmentation importante des services d'investigations interne et externe avec une procédure d'élimination préventive de la part du pouvoir en place.
Est on prêt à autoriser les autorités de "mettre hors d'état de nuire" sans procédure judiciaire des individus dont certain sont français? J'en doute et qui contrôlera le gouvernement. Ce principe existe dans certain pays certain démocratique d'autre moins.
Réponse de le 17/11/2015 à 19:00 :
Avec signature du président et du premier ministre on doit éliminé un djihadiste qui comploté contre notre pays
Ils sont beaucoup plus malin que notre system bureaucratique
a écrit le 17/11/2015 à 13:39 :
L armée dans la rue on a vu à quoi ça servait vendredi dernier
Ils sont là pour rassurer les gens

Il faut des commandos prêt à intervenir en 10 mn
Il faut surtout décider que la radicalisation est une maladie mentale dangereuse et enfermer tous ceux qui complotent
Et le plus important est de changer cazeneuve qui a été plus q insuffisant depuis Charlie
a écrit le 17/11/2015 à 11:58 :
Il y a à l'heure actuelle près de 400 000 anciens combattants dont une grande partie sont partis depuis peu du service actif. Il suffit de puiser dans ce vivier de ces personnes qui sont encore entrainés et apte physiquement pour reprendre du service en tant gardes nationaux comme cela existait en 1792 , ainsi qu'aujourd'hui en Grande Bretagne et aux USA.
Réponse de le 17/11/2015 à 13:52 :
Dans les anciens combattants, il y a ceux de la 2° guerre mondiale, l'Indochine, l'Algérie. Je ne suis pas persuadé qu'ils soient encore entrainé et apte. Quand aux autres nombreux sont ceux qui ont un métier et ne peuvent pas s'absenter plusieurs semaines.

Ya ka, faut kon ont encore de beaux jours devant
Réponse de le 17/11/2015 à 22:34 :
Contrairement à vous j'ai porté une arme toute ma vie et je n'ai pas été dangereux pour la population , mais plutôt pour les gangsters .Je suis capable de mettre des impacts groupés dans une cible dangereuse et capable d'évaluer une situation .
a écrit le 17/11/2015 à 10:13 :
La défense passive pourrait aussi aider dans la collecte du renseignement. Une sorte de "voisins vigilants" national. Que dans le coin de chaque cerveau citoyen une alarme soit toujours en veille, inconsciente, sans paranoïa, mais bien présente.
a écrit le 17/11/2015 à 10:10 :
Le choix de Valls de favoriser la surveillance par l'armée des lieux de culte peu fréquentés par une catégorie de la population française, au détriment des lieux très fréquentés par la jeunesse française et laïcs, école, lieu de fêtes, etc, a ouvert un champs de possibilité très importants aux terroristes pour frapper les symboles de liberté. N'y-a-t-il pas eu discrimination de la part de notre ministre dans ses choix sécuritaires à la suite des attentats de janvier ?
a écrit le 17/11/2015 à 9:47 :
Il y a une méthode pour faire éliminer les islamistes radicaux, sans se salir les mains, c'est de créer les conditions pour que ceux qui vivent des trafics -groupes mafieux-ne puissent plus exercer leur "bizness" dans une relative tranquillité.
La méthode consiste à cibler certaines zones, contrôler en permanence, de façon à rendre la vie difficile pour les trafiquants. Les réactions ne se feront pas attendre, religion ou pognon, le choix sera vite fait, et c'est l'argent qui remportera la mise, qui laissera sur le carreau quelques exaltés. La Police n'a plus qu'à compter les points.
a écrit le 17/11/2015 à 8:34 :
ceux qui savent le mieux faire dans ce domaine, ce sont les Israéliens .... alors demandons leurs conseils !
Réponse de le 17/11/2015 à 10:07 :
Ils savent tellement mieux faire que le "problème" Palestinien n'a jamais été réglé depuis trente ans ! Ça fait long pour des spécialistes...
Réponse de le 17/11/2015 à 10:23 :
@pmxr
C'est simple, ils tirent dans le tas et engagent des représailles. Ils ont pourtant subi les méthodes Nazies, mais devant les Nazisme des terroristes, il n'y a pas d'autres moyens. A un détail cependant, les Israëliens s'en prennent aux Palestiniens, dans un territoire sur lequel ils sont légitimes et privés de représentation...Les Palestiniens sont nos Résistants Français devant l'envahisseur Allemand.
Réponse de le 17/11/2015 à 11:03 :
Je suis loin d'approuver la politique d'expansion du territoire Israélien ... c'est bien là le problème , ainsi que l'eau du Jourdain... le tout financé par la diaspora Israélienne ! Mais en terme de terrorisme ... ils savent faire !
a écrit le 17/11/2015 à 8:23 :
En temps de guerre, ont se doit d'éliminer les ennemis par tous les moyens. Pourquoi surcharger les prisons ? Ils faut les mettre dans un Guantanamo sous haute surveillance. Pourquoi attendre des preuves quand un faisceau de présomptions suffirait. L'Etat de droit en temps de guerre doit s'adapter.
Par ailleurs nos militaires ne sont pas des plantons, mais des professionnels. Soit on les forme et il accompliront leur mission, soit on ils serviront de cibles. par ailleurs ils doivent pouvoir se servir de leur arme instantanément sans attendre la présence d'un policier oú d'un gendarme.
Réponse de le 17/11/2015 à 10:32 :
Je propose la Guyane pour les mettre au vert!
Réponse de le 17/11/2015 à 13:22 :
"en temps de guerre, on se doit d'éliminer les ennemis par tous les moyens". VOus avez raison. c'est d'ailleurs ce qu'ont fait les attaquants que vous qualifiez de "terroristes" et que d'autres qualifient de "résistants". Comme pendant la 2eG M. Mais de toute manière, dans tous les cas de figure, la franc a déjà perdu la partie. Sa population est apeurée, ses dirigeants sont terrés (malgré des airs bravaches qui les ridiculisent encore un peu plus), la france vit retranchée... la fran,ce, nervi des usa, va subi la même chose que le plus grand état terroriste du monde (éas-unis) : s'enliser dans des conflis sans fin et tout y perdre. Game over !
a écrit le 17/11/2015 à 8:02 :
Ces terroristes frappent dans des lieux publics. Les forces de police sont au maximum de leur capacité,l'armée idem,pourquoi ne pas rendre possible voir obligatoire la présence
armée d'un salarié où des salariés en fonction de la dimension des établissements publics et privés. Ecoles, usines, commerces, salle de spectacle, trains,transport en commun etc etc .Un peu à l'image des CHSCT dans les entreprises avec des salariés formés au secourisme pourquoi pas formé à user d'une arme à feu en cas d'intrusion de ces gens là.Armons nous pour lutter contre les terroristes!
Réponse de le 17/11/2015 à 8:13 :
CHSTC = syndicats (c'est le cas dans l'entreprise dans laquelle je travaille). Quelle idée saugrenue que d'armer les syndicalistes!!

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