Vente de Safran I&S : pourquoi le fonds américain Advent a gagné

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Advent International a réussi à proposer une offre séduisante d'acquisition de Safran I&S à la fois pour Safran mais également l'État
Advent International a réussi à proposer une offre séduisante d'acquisition de Safran I&S à la fois pour Safran mais également l'État (Crédits : Reuters)
Safran a choisi Advent International comme repreneur de ses activités de sécurité (Safran I&S). Quelles sont les cinq raisons du succès du fonds américain.

Et le favori a gagné... Le fonds américain Advent International, qui était donné favori par certains autres candidats, a fait la course en tête depuis le début de la compétition. Il a tenu la distance malgré les chausse-trappes d'une compétition marquée par le déploiement d'une armée de consultants officiels et de l'ombre, de lobbyistes puissants et de conseillers en communications issus des plus grandes maisons de Paris (Image 7,  Havas...).

Associé à Oberthur Technologies et à Bpifrance, il a réussi à proposer une offre séduisante à la fois pour Safran mais également l'État, qui regardait ce dossier délicat avec vigilance. Bref, Advent a gagné pour cinq bonnes raisons.

1/ Un prix plus élevé

Le directeur général de Safran Philippe Petitcolin peut se frotter les mains. L'artisan de la vente de toute la branche sécurité est véritablement le grand gagnant de cette opération. Qui aurait pu effectivement croire même dans ses rêves les plus fous que Safran I&S serait valorisé 2,42 milliards d'euros. C'est aujourd'hui bien réel. Philippe Petitcolin et le président du conseil d'administration de Safran Ross McInnes peuvent d'ailleurs dire merci à la banque Lazard d'avoir fait monter les enchères au-delà de qui était imaginable.

Avec la vente pour 710 millions de dollars de sa filiale américaine Morpho Detection à Smith en cours d'autorisation, Philippe Petitcolin sera bientôt assis sur un pactole de trois milliards d'euros environ. Il y a 18 mois environ, l'ensemble de la branche sécurité était valorisée à seulement... deux milliards d'euros. Derrière son bureau, le directeur général de Safran doit jubiler en estimant avoir vendu un bon moment. Et certains, à l'inverse, de s'inquiéter de devenir désormais une cible de Safran... maintenant que Safran I&S est quasiment vendu.

Pour séduire Philippe Petitcolin et son conseil d'administration, Advent International a pris tous les risques pour remporter les enchères et s'offrir Safran I&S, ce bel ensemble de pépites dans le secteur de la sécurité. Le fonds américain est allé quasiment au maximum de ses capacités financières. C'est dire qu'il tenait à s'offrir à tout prix Safran I&S. Et son offre est bien sûr la plus élevée, d'environ 100 millions d'euros, selon nos informations. "L'écart est suffisant pour qu'il n'y ait pas photo", précise-t-on à La Tribune.

Tout comme Gemalto, le fonds américain était le seul à pouvoir proposer autant d'argent grâce aux synergies qu'il pourra faire jouer en fusionnant Oberthur Technologies et Safran I&S. C'est d'ailleurs ce qui a fait la différence entre les industriels et les fonds, notamment le fonds Impala de Jacques Veyrat, qui n'était pas si loin derrière les deux industriels.

2/ Moins de risques d'exécution que Gemalto

Agacé par la vente de Morpho Detection qui traîne trop en longueur à son goût, Philippe Petitcolin ne voulait pas gérer à nouveau ce type de problèmes. Ce n'est vraiment pas sa tasse de thé, lui aime aller vite après avoir tranché. Advent avait donc un réel avantage par rapport à Gemalto. Car le leader mondial de la carte à puces devait déjà présenter son opération à une assemblée générale avec les risques que cela pouvait comporter. Ce n'est pas le cas évidemment d'Advent.

En outre, la période d'obtention des agréments des différentes autorités de la concurrence risquait d'être longue dans le cas de Gemalto. C'est moins le cas pour le fonds américain. Du coup, Advent présentait moins de risques d'exécution que son principal concurrent Gemalto.

3/ Le management de Safran I&S favorable à Advent

Gemalto a très mal joué la partie avec le management de Safran I&S. Contrairement à la plupart des autres candidats, qui se disaient prêts à conserver l'équipe de direction de la filiale sécurité de Safran, Gemalto leur a en revanche envoyé un message inquiétant en expliquant que les meilleurs resteraient... En outre, le "fit" n'est pas du tout passé entre le management de Gemalto et celui de Safran I&S. Ce qui n'est pas le cas d'Advent, qui a envoyé des messages apaisants.

4/ La présence de Bpifrance

La présence de Bpifrance n'a pas bien sûr fait gagner Advent mais ne pas l'avoir dans son camp aurait été une erreur stratégique dans un dossier qui est devenu au fil de son avancement très politique. D'autant que le fonds souverain est actionnaire de Gemalto. Le fonds américain est donc allé draguer Bpifrance au tout début du processus de vente. Avec succès. C'était également le souhait de l'État de voir Bpifrance associé à une offre aussi sérieuse dans cette compétition.

Ainsi, le gouvernement, rassuré par cette présence, n'a pas mis de veto à l'offre d'Advent. Le fonds souverain français va d'ailleurs investir moins de 10% dans la nouvelle entité, qui sera créée avec la fusion des activités d'Oberthur Technologies et de Safran I&S.

 5/ Le projet industriel et le volet social

Ce qui pu désavantager Gemalto, ce sont les nombreux recouvrement de ses activités avec celles de Safran I&S. Le groupe franco-néerlandais devra beaucoup restructurer en vue de donner une nouvelle cohérence industrielle et commerciale aux activités de sécurité. Sur le plan industriel, FO Morpho, qui ne roulait pas pour Advent, avait pourtant constaté que les produits de Gemalto et de Morpho étaient "très proches". Et de poser la question : "ensemble nous pourrions être en position dominante ce qui pourrait déplaire aux autorités anti-trust". C'est beaucoup moins le cas d'Oberthur, qui a seulement quelques sujets de redondance en Europe.

"Les activités de Morpho et d'Oberthur sont tout à fait complémentaires tant d'un point de vue commercial que d'un point de vue des compétences, avait expliqué la CFDT qui avait exprimé une préférence pour l'offre d'Advent. Le nouvel ensemble ainsi formé devrait être à même de répondre aux défis de demain par des innovations de haut niveau rendues possibles par ce « mariage ».

La fusion de de Safran I&S et d'Oberthur Technologies va créer un leader mondial de l'identification et de la sécurité basé en France. Il réalisera un chiffre d'affaires de plus de 2,8 milliards d'euros. "Associer le leadership de Safran I&S sur le marché de la biométrie et des solutions d'identité avec le leadership d'Oberthur sur le marché de la sécurité digitale embarquée constitue une opportunité unique d'accélérer la convergence entre les marchés gouvernementaux et commerciaux", a expliqué Advent dans un communiqué.

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Commentaires
a écrit le 29/10/2018 à 22:41 :
Un leader mondial certe. Mais qui n'est plus français. Le role de bpi est incompréhensible

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