Ce que Philips a à apprendre de Zara

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Mécanisation, délocalisation, diktat de la distribution : depuis près de trois siècles, le textile est aux avant-postes des mutations industrielles. La flambée du coton et le relèvement des salaires en Asie lui posent un nouveau défi.

Et si nous parlions un peu chiffons ? Au-delà des conversations futiles entre femmes, le sujet mérite qu'on s'y arrête, tant l'histoire du vêtement et de sa confection reflète ces transformations successives vécues par l'industrie tout entière. Regardez ce qui se passe aujourd'hui dans le textile et vous aurez une idée de ce qui vous attend demain dans la mécanique ou l'électronique.

Depuis près de trois siècles, en effet, l'industrie de la mode a tout vécu, très souvent en pionnière. La mécanisation et l'automatisation d'abord, de l'invention du métier à tisser automatique à la fin du XVIIIème siècle ou de la machine à coudre au début du XIXème jusqu'à l'informatisation de la conception ou de la découpe à la fin du XXème. Des évolutions qui vont donner naissance à une véritable industrie, avec ses usines, mais aussi ses salaires tirés vers le bas pour une main-d'oeuvre essentiellement féminine. La deuxième révolution vécue en avant-première par le secteur, c'est le bouleversement de la distribution, avec l'arrivée des grands magasins, puis des chaînes spécialisées.

Et la montée en puissance d'une production tirée par la demande et non plus par l'offre. S'ensuit alors un troisième raz-de-marée, ravageur pour les industriels occidentaux : la délocalisation. Face à une distribution réclamant des prix toujours plus réduits, les usines textiles quittent massivement l'Europe ou les États-Unis pour migrer vers des zones à faibles niveaux salariaux, en Asie essentiellement.

Le secteur joue, là encore, les pionniers, victime de son fort besoin de main-d'oeuvre pour des articles faciles à transporter, annonciateur d'un mouvement qui va ensuite s'étendre à bien d'autres pans de l'industrie. A commencer par l'électronique qui avait un temps récupéré dans ses usines occidentales les milliers de salariées laissées sur le carreau par l'exode du textile.

Si ce rappel historique a son importance, c'est que l'industrie de la mode se trouve aujourd'hui à un nouveau tournant, mis en exergue par la flambée des matières premières. Depuis quelques mois, les géants mondiaux de l'habillement s'alarment de la hausse des cours du coton, qui a gagné 140% en un an, du doublement du prix de la soie et de la progression de 40% de la laine.

En cause, pour le coton, des conditions climatiques désastreuses dans plusieurs zones productrices, mais aussi une progression de la demande mondiale plus rapide que celle de la production. En vingt ans, la Chine a triplé sa consommation de coton, et l'Inde a multiplié la sienne par plus de trois.

Au-delà d'un probable effet spéculatif, cette hausse de prix apparaît donc durable. Les entreprises du secteur auront du mal à la compenser par de nouvelles baisses de coûts de main-d'oeuvre. Sur ce sujet, elles sont sans doute arrivées, et c'est tant mieux, au bout de cette course au toujours moins cher qui fait migrer les usines vers des régions toujours plus reculées de la Chine, de l'Inde, de l'Indonésie ou de Madagascar, où les plus pauvres acceptent de travailler pour quelques poignées de riz. Elles avertissent donc qu'elles vont être contraintes de relever leurs prix.

Un vrai changement. Car le secteur vit depuis des années au rythme des baisses de prix continues. Selon l'Institut français de la mode, les prix moyens des vêtements ont baissé de 15% entre 1999 et 2009, tandis que les quantités consommées dans l'Hexagone se sont, dans le même temps, accrues de 20%. Au point que le prix d'un pantalon ou d'une veste, désormais, semble totalement dérisoire par rapport à la somme d'heures de travail nécessaires à sa confection.

Ce relèvement annoncé des prix, qui pourrait atteindre jusqu'à 15% sur certains produits, va-t-il mettre un terme à cette grande vague du vêtement jetable, vite acheté mais tout aussi vite délaissé ? Va-t-il inciter les consommateurs à mieux entretenir, voire recycler, le contenu de leurs armoires ? A être plus exigeants sur la qualité au moment de l'achat ? Difficile de le dire.

Mais, une fois de plus, le textile risque de donner le tempo à bien d'autres industries. Car cette flambée des matières premières va toucher nombre d'autres secteurs, de l'électroménager à la high-tech, qui vivent depuis des années au rythme du jetable et du renouvellement fréquent des produits, aussi sophistiqués soient-ils parfois. Si les consommateurs acceptent sans broncher les augmentations de prix, quitte à rogner sur d'autres dépenses, cette flambée des cours ne fera qu'écorner leur pouvoir d'achat. S'ils modifient sensiblement leurs comportements d'achat et tournent le dos à une frénésie dangereuse pour la planète, le mouvement pourrait bien rapidement faire tache d'huile.

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Commentaires
a écrit le 12/03/2011 à 15:44 :
Philips n'a pas de leçon à prendre,car cette Sté a un vécu et une experience Mondiale,qui remonte à un temps où le Textile était en lange.
Autre élément à considérer le Silicium,et surtout les ventes Internet,dans les deux cas.
Un article digne de ce nom doit être vérifié à tous les niveaux du journal.

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