Chez Lesaffre, les innovations lèvent comme le bon pain

 |   |  1014  mots
Une vue de l'intérieur de l'usine Lesaffre de Marcq-en-Baroeul (Nord), spécialisée dans la production de levure et la panification. Le site historique comportait un moulin, acquis par la société en 1863. / DR
Une vue de l'intérieur de l'usine Lesaffre de Marcq-en-Baroeul (Nord), spécialisée dans la production de levure et la panification. Le site historique comportait un moulin, acquis par la société en 1863. / DR (Crédits : DR)
Présent dans 180 pays, le géant français poursuit sa croissance dans la panification, intensifie sa mutation dans la nutrition santé et s'implique dans la chimie verte. Il vient de faire l'acquisition de deux start-up et de racheter une usine de levure en Turquie.

Le Baking Center de Lesaffre est à l'image du leader mondial de la levure. Discret et à l'abri des regards, il est situé à Marquette, à 5 km du centre de Lille, à l'écart de la route et entouré de verdure. Ce centre de services à destination des boulangers fourmille pourtant d'activités et de créativité.

Créé il y a quarante ans, c'est la tête de pont d'un réseau de dimension mondiale : 30 Baking Centers répartis sur cinq continents donnent au groupe familial une bonne connaissance du terrain et des habitudes locales de consommation. De quoi développer les ventes à l'export partout où se consomme du pain quels que soient sa forme et son goût.

« Grâce à notre connaissance de la levure et de sa biologie, notre proximité avec nos clients et notre compétence industrielle, nous ne cessons de croître à l'international, encore plus depuis les années 1970 », soulignait Antoine Baule, directeur général du groupe, lors d'une récente visite du site lillois.

Alors qu'il possédait déjà 45 usines de levure dans le monde, le groupe familial n'a pas hésité à débourser 220 millions de dollars pour racheter, fin janvier, au groupe Yildiz Holding son usine de levure Dosu Maya implantée en Turquie. De fait, sur la seule panification, les possibilités de croissance sont très élevées sur un marché mondial estimé en 2013 à 145 millions de tonnes. Avec l'augmentation de leur classe moyenne, les pays d'Asie et d'Afrique consomment de plus en plus de pain. Il suffirait à Lesaffre de juste répondre à cette évolution des besoins en tenant compte des modes de consommation locale, comme il sait déjà le faire, pour continuer à grossir tranquillement. Mais ses dirigeants en ont décidé autrement.

Fin 2011, Lucien Lesaffre, partisan de la diversification vers la nutrition santé, a été nommé président du conseil d'administration. Un retour en grâce pour ce fils de Léon Lesaffre, l'homme auquel l'entreprise doit son fort développement à l'international au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. En 2008, à la suite de divergences avec son cousin Maurice, avec lequel il partage la plus grosse part du capital de l'entreprise familiale, Lucien avait dû passer la main à son frère Denis. Qu'il revienne sur le devant de la scène et qu'il confie à Antoine Baule la direction générale du groupe en septembre 2012 traduit bien la volonté actuelle de l'entreprise familiale d'accélérer sa diversification.

Avant de prendre en 2009 la présidence de Novasep Process, société spécialisée dans les technologies de purification pour les marchés de l'alimentaire et de la biopharmacie, Antoine Baule avait en effet participé en 2006 à la création de la division Nutrition Santé de Lesaffre, puis l'avait pilotée. La messe est donc dite : si Lesaffre aime à souligner qu'un pain sur trois dans le monde est préparé avec ses levures, son avenir se construit bien audelà du marché de la panification. Pour Antoine Baule, rien de plus naturel, d'ailleurs.

« Le métier de base est le même. Notre savoir-faire est la fermentation. Ce sont juste les applications qui changent. »

180 chercheurs au centre de service R&D de Lille

En plus des secteurs de la nutrition et de la santé, le groupe a aussi des visées dans les domaines émergents que sont la bioprotection des plantes, avec le développement de produits naturels issus de micro-organismes, ainsi que la chimie verte, avec la production de levures destinées aux producteurs de bioéthanol de deuxième génération. Partenaire du programme de recherche français Futurol aux côtés de Total, il développe de nouvelles levures qui fermentent des sucres issus de végétaux n'entrant pas en concurrence avec les matières premières alimentaires.

De 20% du chiffre d'affaires aujourd'hui, la part de toutes ces activités devrait atteindre les 30% dans les cinq ans à venir, estime le directeur général.

Le rachat en décembre 2013 de l'italien Omniabios et l'acquisition en février 2013 de l'entreprise française Agrauxine s'inscrivent bien dans cette nouvelle stratégie. Ce sont les premières opérations de croissance externe que réalise Lesaffre dans le domaine de la nutrition et de la santé. Omniabios est une petite entreprise de 15 personnes spécialisée, entre autres, dans la purification de la molécule S-adénosyl-L-méthionine, connue commercialement sous le nom de SAMe. Utilisée en complément alimentaire, cette molécule soulagerait l'arthrose et la dépression. De quoi offrir un complément de gamme pour le levurier, dont l'entité Lesaffre Human Care travaille sur des compléments alimentaires favorisant la santé.

Installé sur la technopole d'Angers, Agrauxine conçoit des produits à partir de micro-organismes, champignons et bactéries pour la protection des cultures. Née en 2002 d'un partenariat avec l'Inra (Institut nationale de recherche agronomique), cette PME de 20 personnes est sur le point d'obtenir une autorisation de mise sur le marché pour un premier produit visant à soigner les maladies du bois de la vigne, véritable fléau pour les vignerons du monde entier. Et elle en a bien d'autres sous le coude. Une belle occasion pour Lesaffre et ses activités consacrées à la protection des plantes. Une dizaine de ses chercheurs travaillent au développement de micro-organismes capables de stimuler la défense naturelle des plantes et de favoriser leur croissance.

Lesaffre mise sur un avenir où ces substances naturelles remplaceront, au moins en partie, les produits phytosanitaires actuellement utilisés en agriculture et décriés pour leur incidence néfaste sur l'environnement. À cet égard, il peut compter sur les services de la plate-forme technologique Purifunction, spécialisée dans l'extraction et la purification de molécules issues de matières premières naturelles. Basé à Lille, ce centre de services en R&D a été créé dans le cadre du pôle de compétitivité Nutrition Santé Longévité (NSL), dont Lesaffre fait bien entendu partie. Mais le levurier peut surtout s'appuyer en interne sur 180 chercheurs en lien avec une soixantaine d'universités du monde entier.

De quoi atteindre ses objectifs.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :