Les fermes numériques éclosent dans les campagnes françaises

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Les drones font sensation dans les exploitations françaises. Ils permettent d'avoir accès à des données plus détaillées, plus rapidement, afin de mieux valoriser ses cultures explique Didier Debroize, ingénieur. | Reuters
Les drones font sensation dans les exploitations françaises. "Ils permettent d'avoir accès à des données plus détaillées, plus rapidement, afin de mieux valoriser ses cultures" explique Didier Debroize, ingénieur. | Reuters (Crédits : Reuters)
Les nouvelles technologies creusent leur sillon dans l'agriculture. GPS, pilotage automatique, robots ou encore drones, il n'est plus rare de voir ces outils Hi-Tech dans les exploitations. Mais leur intérêt économique reste inégal notamment à cause de leur coût élevé.

Aux Etats-Unis, le numérique a déjà toute sa place dans les grandes fermes de cultures céréalières. Comme dans l'état du Maryland, nombreux sont les tracteurs dotés d'un GPS et du pilotage automatique à se frayer un chemin entre les rangs de maïs pour déposer de l'engrais dosé au millimètre et éviter de passer deux fois au même endroit. 

Une agriculture millimétrée

L'intérêt de cette "agriculture de précision" n'est autre que de faire des économies de temps et de carburant. Dans la même veine, d'autres instruments mesurent quant à eux précisément la quantité d'eau présente dans le sol, pour ajuster leur système d'irrigation au plus juste et des capteurs sondent le terrain pour indiquer combien d'engrais et autres pesticides doit recevoir telle partie du champ. Plus rien n'est laissé au hasard comme l'explique Rich Wildman, du cabinet de conseil agricole Agrinetix :

"Cette technologie dite "de précision" permet une collecte plus fine des données. L'agriculteur peut ensuite ajuster ses produits au centimètre près".

Selon lui, les avantages économiques sont certains : des rendements en hausse accompagnés d'une consommation d'engrais et produits chimiques réduite de 10 à 20%.

L'utilisation du GPS et de la direction assistée s'est répandue au cours des 15 dernières années dans les grandes exploitations américaines, indique Jess Lowenberg-DeBoer, économiste à Purdue University. "Les bénéfices sont flagrants", assure-t-il. Les agriculteurs "y gagnent soit en améliorant leurs rendements soit en abaissant leurs coûts, parfois même avec une qualité supérieure". Quelque 80% des engins agricoles sont maintenant vendus avec ces outils informatiques.

Mais ce qui est valable outre-atlantique ne l'est pas forcément dans les fermes françaises. 

Un développement plus limité en France

Parmi toutes les machines vendues dans l'hexagone aujourd'hui, seules 25% sont équipées de ce type d'appareil GPS explique Didier Debroize, ingénieur machinisme à la Chambre d'agriculture de Bretagne. L'agriculture de précision est bien connue depuis la fin des années 1990, "mais s'est développée lentement car le retour sur investissement n'est pas idyllique". 

"Il faut rajouter minimum 5 000 euros par tracteur pour en plus l'utiliser sur des parcelles à faible valeur ajoutée" note l'ingénieur. En effet, le guidage par satellite permet "d'aller plus droit" et d'éviter les manques, mais sur les grandes cultures comme le maïs ou le blé "le gain en main d'oeuvre est quasi nul". Le taux d'amélioration ne dépasserait donc pas les 5 à 10%, "ce qui représente un impact économique assez faible".

Drones, images satellites et big data à la rescousse

Par contre, les drones eux, font sensation dans les exploitation françaises. "Ils permettent d'avoir accès à des données plus détaillées, plus rapidement, afin de mieux valoriser ses cultures" explique Didier Debroize. Equipés de capteurs spécifiques, ils permettent aujourd'hui d'analyser la végétation de parcelles agricoles comme le colza ou le blé. Sur la base d'un plan de vol établi en amont, le drone effectue deux passages au-dessus de la même parcelle, l'un en début d'hiver, l'autre à la fin. Le capteur du drone mesure la lumière reflétée par le feuillage des cultures, indicateur de l'état de développement de la plante.

"A terme, le drone pourrait également réaliser des mesures de pousse de l'herbe pour la gestion des fourrages, ou guider les conseils phytosanitaires par l'observation ou l'anticipation de l'apparition de maladies" précise la Chambre d'agriculture de Loire-Atlantique. 

Le service Farmstar quant à lui, créé par Airbus Defence and Space et Arvalis, est l'un des leaders du secteur. Pour 10 euros de l'hectare, l'agriculteur peut recevoir les images aériennes de ses cultures, leur analyse et des conseils pour améliorer ses rendements. Il s'agit surtout de recommandations sur la fertilisation du blé et du colza, en améliorant l'épandage des engrais et le repérage des maladies. Chaque année, près de 660 000 hectares du pays sont couverts par imagerie satellite. Une étude est par ailleurs menée pour tenter d'y allier la technologie du drone. Preuve que la France n'est pas à la traîne en la matière. 

Une timide percée se fait en parallèle sur le front de la "big data". Ce principe consiste à permettre aux tracteurs de communiquer des données directement à leur constructeur "comme un smartphone", pour mieux manager et valoriser sont utilisation. Par exemple, on peut évaluer son temps de conduite sur route pour le rationaliser.  

Rendre ces technologies plus accessibles

La France n'est pas non plus en reste dans le domaine de l'élevage. Les fermes laitières par exemple ont pris les nouvelles technologies à bras le corps, à travers la robotique. Des équipements automatiques sont utilisés pour la traite des vaches afin de gagner un temps considérable. "A titre d'exemple, une ferme sur deux qui se crée aujourd'hui en Bretagne investit dans un robot de traite" relève Didier Debroize. Les outils électroniques de surveillance des bâtiments sont également entrés dans les mœurs agricoles, comme pour paramétrer la température ou gérer l'alimentation des animaux. 

Par ces évolutions, l'agriculteur devient davantage un superviseur qu'un exécutant, "mais l'oeil de l'homme et son expérience seront toujours nécessaires" tempère le spécialiste. Des deux côtés de l'Atlantique, le frein à la démocratisation de ces nouveaux outils numériques reste leur prix élevé. Aux Etats-Unis, pour certaines technologies, notamment les plus récentes comme les capteurs de sols ou l'analyse de la cartographie, les résultats sont aussi mitigés car les agriculteurs doivent être formés pour en tirer des bénéfices. Aussi en 2013 seulement 7% des concessionnaires américains de machines agricoles vendaient des engins équipés.

Le défi de l'accessibilité 

Aujourd'hui, l'objectif premier que se fixent les ingénieurs est de rendre ces technologies moins chères plutôt que d'en inventer constamment de nouvelles. Car ces derniers en sont persuadés, l'informatisation et la miniaturisation, tout comme le big data vont profiter à l'agriculteur pour l'aider dans la gestion de son exploitation.

"Vu la taille de nos concurrents Américains ou même Ukrainiens, nous sommes condamnés à l'efficacité pour rester compétitifs. Or la technologie, le numérique ou encore la robotique peuvent nous permettre d'accéder à un degré de précision très élevé".

Sans pour autant basculer dans le "tout-automatique", le hi-tech pourrait être déterminant dans l'agriculture française de demain. 

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a écrit le 05/10/2014 à 16:54 :
Facile de juger en regardant seulement ce que l'on veut voir, le monde agricole souffre, les chiffres parlent d'eux mêmes, 400 suicides par an....ses hommes qui partent sont des incompris, pourquoi ne peuvent t-ils pas simplement vivre de leur travail....ils ne demandent pas les 35h ni l'ESF.....
a écrit le 04/07/2014 à 18:43 :
" leur intérêt économique reste inégal notamment à cause de leur coût élevé. "... un peu vous aider !
Réponse de le 04/07/2014 à 19:18 :
pardon "on" !
a écrit le 04/07/2014 à 11:16 :
C'est pas ces agriculteurs qui disaient qu'ils sont pauvres, qu'ils n'ont plus d'argent, et qui peuvent se payer des gadgets super chers comme ça ? Et qui en plus, cassent tout pour avoir l'argent de la pac, et jettent des tonnes de lait et des tonnes d'oeufs, et des légumes dans la rue pour faire monter les prix artificiellement ? Et qui en plus nous empoisonnent avec leurs pesticides ? Non mais ya pas un problème en France avec nos agriculteurs ?
Réponse de le 04/07/2014 à 13:26 :
les agriculteurs probablement ( encore que ! ) mais pas les céréaliers !
Réponse de le 04/07/2014 à 15:31 :
Arretez de nous prendre pour des ânes et de toujours opposer les céréaliers aux agriculteurs, car ce sont les memes, sauf que les uns ont réussi et les autres sont verts de rage et de jalousie et leur crachent dessus à chaque occasion !
Et si les agriculteurs (bretons surtout) n'ont pas su se reconvertir ou réussir, c'est pas la faute des céréaliers , mais de leur faute ! Mais si ces gens ne savent pas se remettre en cause, ni changer, et ne savent que tout casser, que voulez vous attendre d'eux ?
Réponse de le 04/07/2014 à 18:46 :
... une part du gâteau, sur ce que vous dites revient à la GMS !
Réponse de le 07/07/2014 à 2:18 :
Ben voyons, c'est toujours la faute aux autres (la GMS, l'Europe, les Chinois, les Allemands, les extra terrestres...) que la faute de nos paysans...
Réponse de le 05/10/2014 à 16:41 :
Vous n'avez pas encore compris que le système agricole français est dans les mains des gros groupes (coopératives, industriels, gms) les mêmes qui s'engraissent sur votre dos et celui des paysans comme vous le dites si bien.....Prenez leur place, crachez dans vos mains et après on en reparle...

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