Bayer dénonce "l'impasse économique" de l'interdiction des néonicotinoïdes

Le géant de la chimie promet vendredi une "impasse agronomique et économique" pour l'agriculture française, après le vote des députés en faveur d'une interdiction prochaine des insecticides néonicotinoïdes, néfastes aux abeilles, mais également aux êtres humains selon de récentes études.
Bayer explique que certains agriculteurs risquent de se retrouver dans de véritables impasses pour protéger leurs cultures.
Bayer explique que certains agriculteurs risquent de "se retrouver dans de véritables impasses pour protéger leurs cultures". (Crédits : © Carlos Garcia Rawlins / Reute)

Qui de l'abeille pollinisatrice ou du pesticide est le plus important à l'agriculture? La firme allemande juge vendredi matin que la décision des députés français d'interdire la gamme des néonicotinoïdes d'ici à septembre 2018 est une "impasse agronomique et économique".

"Cela résonne pour nous comme un très décevant manque de vision long terme dans un contexte de crise agricole", indique le président de Bayer France, Frank Garnier, cité dans un communiqué du groupe.

Jusqu'à 40% de pertes

"Au-delà de nos produits, il s'agit une fois encore d'une véritable atteinte à la compétitivité des agriculteurs français à qui nous supprimons petit à petit leurs outils de production, alors que leurs voisins européens continuent très largement à les utiliser", affirme-t-il.

Bayer explique que certains agriculteurs risquent de "se retrouver dans de véritables impasses pour protéger leurs cultures": il cite le cas de "certaines productions arboricoles comme les noisettes, mais aussi pour certains usages en maïs, céréales et en betterave" qui pourraient selon lui "voir leur récolte chuter de 15% à 40% en fonction des cultures, à la suite du retour de certaines maladies comme la jaunisse virale ou de ravageurs comme les pucerons".

Un argument contre lequel le ministère de l'Agriculture a déjà pris les devants. "L'urgence, est désormais l'évaluation des solutions de substitution au regard de leur efficacité pour la lutte contre les ravageurs et de leurs impacts sur la santé et l'environnement et, en particulier, sur les abeilles", indiquait ce matin Stéphane Le Foll dans un communiqué.

 Au moment du vote de cette mesure par les députés jeudi, le président de la commission du Développement durable, Jean-Paul Chanteguet (PS) indiquait la création d'un arrêté qui fournira "des réponses concrètes aux exploitants agricoles, confrontés à la brusque apparition d'un ravageur, qui pourrait compromettre leurs récoltes".

Divergences scientifiques

L'amendement voté jeudi a été soutenu dans la foulée par Ségolène Royal dans un communiqué, qui justifie cette décision par des raisons sanitaires et environnementales.

"Les insecticides de la famille des néonicotinoïdes ont un effet sur le système nerveux des abeilles, et de récentes études scientifiques révèlent un effet possible sur le développement cérébral des êtres humains. Nous connaissons aujourd'hui ces effets et il faut avoir le courage d'appliquer le principe de précaution."

Faux répond Frank Garnier de Bayer, pour qui "aucun nouvel élément scientifique ne démontre que la suppression de ces produits apporterait des réponses efficaces aux causes du dépérissement des abeilles". Franck Garnier dénonce ainsi "une mesure de court terme qui prétend résoudre une question complexe et des enjeux à long terme".

Un débat d'études que les écologistes et certains socialistes français pensent pourtant remporter. Plusieurs centaines d'enquêtes scientifiques ont prouvé selon eux la nocivité des néonicotinoïdes sur les abeilles et pollinisateurs sauvages mais aussi sur les invertébrés aquatiques et terrestres, les poissons, les oiseaux et au final l'être humain. Ces molécules, bien plus puissantes que le DDT, "retiré", ont un mécanisme similaire à la nicotine, a notamment pointé Gérard Bapt (PS), médecin de profession.

En attendant, les céréaliers dénonçaient eux aussi dès vendredi matin une "décision absurde" provoquant "une distorsion de concurrence" avec le reste de l'Union Européenne.

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Commentaires 19
à écrit le 03/07/2017 à 0:38
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Honte aux céréaliers qui ne pensent qu'à leurs profits. Rien à voir avec les vrais agriculteurs.

à écrit le 20/03/2016 à 19:47
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Interdiction mondiale des produits dangereux ça tombe sous le sens

à écrit le 20/03/2016 à 9:02
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On se demande comment ont bien pu exister les générations précédentes sans ces produits tueurs de bestioles. En revanche nous savons que les abeilles sont aujourd'hui en danger,et que cela vaut bien une goutte de perte dans un océan de profits, pour ...

à écrit le 20/03/2016 à 1:08
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20 millions de tonnes de nourriture gaspillées au minimum tous les ans en Europe alors si les rendements baissent (à prouver) , aucun problème

à écrit le 19/03/2016 à 10:16
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Quelle bonne nouvelle. Tout ce qui est mauvais pour Bayer est bon pour l'Homme et la Terre.

le 03/07/2017 à 0:47
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Tout à fait, honte aux politiciens qui se laissent acheter par les lobbyistes ! C'est partout pareil enEurope et en France. Notre seule réponse est le vote tous les 5 ans ...Ce n'est pas le cas pour les députés Européens qui sont libres et n'ont p...

à écrit le 19/03/2016 à 8:47
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Eh! bien c'est facile avant toute mise sur le marché de ces produits nocifs et pour l'agrément il faudra dorénavant les tester sur les dirigeants de ces entreprises et leurs familles pendant 2 ans au moins. A l'issue des tests s'ils sont toujours v...

à écrit le 18/03/2016 à 22:45
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Compétitivité vs principe de précaution, en fait en tant que représentant de Bayer c'est plutôt normal qu'il défende son entreprise et je suis sur qu'il est même payé très très cher pour ça. Il est parfaitement dans son rôle. Maintenant projet...

le 19/03/2016 à 10:01
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Tout est (très bien) dit. Le long terme c'est la vie de l'espèce humaine et animale, de la flore.

le 19/03/2016 à 13:29
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En l'occurrence, c'est lobbies industriels et agricoles vs lobbies écolos. Les premiers vivent de ce qu'ils produisent, les seconds des peurs qu'ils agitent. A-t-on vraiment fait le tour de la question sur les causes de la fragilité des abeilles. Tro...

le 19/03/2016 à 22:44
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Le seul bémol est que les abeilles ne butinent pas les céréales à paille, ni le maïs d'ailleurs.Les abeilles butinent les plantes comme le tournesol, et le colza par exemple. Il est vain d'interdire des produits utiles sur céréales, pour soit-disant ...

le 22/03/2016 à 15:49
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bonjour kent: si on supprime les néonicotinoïdes qui sont utilisés en protection de semences, les agriculteurs vont sortir le pulvérisatuer pour traiter à nouveau leurs cultures avec des insecticides. Le nombre de traitements va augmenter et la pr...

à écrit le 18/03/2016 à 19:07
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Mouarf!! L'impasse économique est pour Bayer et l'impasse agronomique pour ceux qui sont incapables de voir plus loin que le bout de leur subventions.

à écrit le 18/03/2016 à 17:32
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Nos agriculteurs sont dans la main des groupes de pression écolos, opposés à toute chimie, et dont le message est en permanence repris par les médias, (nous en avons eu un épouvantable exemple avec la dernière émission de cash investigation et Elise ...

le 19/03/2016 à 13:07
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Parlons-en du principe de précaution : 50 morts pour le bio, mais combien de milliers ou millions directs et indirects pour la chimie agricole, donc pour vous le principe de précaution impose d'aller vers le danger sanitaire afin d'éviter un hypothét...

le 19/03/2016 à 16:08
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Il semble que justement les agriculteurs soient pieds et poings liés aux lobbies chimiques et que ceux-ci sont de dangereux criminels ivres d'argent cher Monsieur ! Toutes les études le prouvent et une une aujourd'hui dans le Monde qui nous apprend q...

à écrit le 18/03/2016 à 15:36
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Préserver la sacro-sainte concurrence libre et non faussée mérite bien de sacrifier notre écosystème et notre santé tout en hypothéquant les conditions de vie des générations futures déjà bien compromis...COMBIEN DE DIVISIONS LES ACTIONS BAYER?

à écrit le 18/03/2016 à 14:49
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Il existait des produits phytosanitaires efficaces avant de découvrir les neonicotinoides, et il en existera après. Voici une gageure pour ce labo richissime et ses copains : trouver un produit aussi efficace, moins nocif et si possible moins cher....

le 19/03/2016 à 14:41
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Il faut du recul, les parabens interdits, les remplaçants sont "pire", le bisphénol A, on met du bisphénol S (sulfone à la place du 2,2-propylène)) ou F à la place, le temps de voir si c'est aussi toxique ou pas, ... bof. Quelqu'un disait qu'il faud...

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