L'incroyable résurrection des madeleines Jeannette

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Georges Viana, le repreneur de la biscuiterie Jeannette
Georges Viana, le repreneur de la biscuiterie Jeannette (Crédits : Youtube/Ouest-France)
Deux ans après sa liquidation à Caen la biscuiterie Jeannette renaît doucement de ses cendres avec une production de madeleines désormais "artisanale" réalisée par 18 salariés dont 13 avaient participé à l'occupation pendant presque un an de leur ancienne usine pour défendre leur emploi.

Les Jeannette viendront raconter leur incroyable épopée à l'Assemblée nationale le 16 février. Et il y a beaucoup à dire sur cet incroyable sauvetage où se mêlent l'abnégation de salariés licenciés, l'audace d'un repreneur et la solidarité de particuliers qui ont contribué à un financement participatif salutaire.

"On a eu très chaud mais là c'est que du bonheur, on a du travail et il est plus intéressant car tout est manuel, alors qu'avant tout était automatique", résume Rosa, 60 ans, une des 34 Jeannette licenciées en janvier 2014, visiblement comblée par le nouveau site flambant neuf ouvert en mai, où domine l'alléchante odeur des gâteaux.

 Son sourire contraste avec le souvenir de son visage tendu un an plus tôt alors qu'elle comparaissait avec quatre autres ex-salariés pour l'occupation de l'ancienne usine Jeannette. Le propriétaire leur réclamait 128.000 euros en tout. Il n'a obtenu que leur départ.

Les salariés tiennent tête aux huissiers

Une vingtaine des salariés licenciés se sont relayés nuit et jour entre février 2014 et janvier 2015 pour occuper leur ancien site et "sauver Jeannette". Au printemps 2014, après avoir tenu tête aux huissiers venus saisir les machines puis couper le gaz, ils ont produit plusieurs fournées de gâteaux que les Caennais se sont arrachés sur le marché.

Leur succès a fini par attirer des repreneurs et la marque a été attribuée en novembre 2014 par la justice à un ancien cadre de Suez, Georges Viana. Mais ce dernier n'a dû son salut qu'à la réussite exceptionnelle en septembre d'une opération de financement participatif, car aucune banque ne lui avait encore accordé de prêt lorsqu'il s'est présenté devant les juges.

Aujourd'hui, après deux ans de "parcours du combattant", le repreneur a tenu ses promesses : les madeleines sont en vente depuis septembre et Jeannette emploie 18 personnes quand Georges Viana promettait une quinzaine d'emplois au départ. 13 font partie des licenciés de l'ancienne biscuiterie qui employait 400 personnes dans les années 70.

Rien n'est gagné

Du site vétuste de Caen, il ne reste que quelques cartons d'emballage.

La biscuiterie s'est installée en périphérie de l'agglomération, à Démouville, avec de nouvelles machines destinées à produire beaucoup moins, mais plus haut de gamme (deux euros les quatre).

Les ouvriers manipulent désormais farine, œufs, et fil à couper le beurre local, alors qu'auparavant "j'appuyais sur le bouton d'une machine qui injectait la pâte, j'ajoutais juste de la levure et du sel. Ici les journées passent plus vite", raconte André, 55 ans.

"Rien n'est gagné, on sort seulement de terre. On se bat comme on l'a toujours fait", tempère Marie-Claire Marie, chef de fabrication et 40 ans de maison. Et ce, même si les salariés ont au passage perdu leur ancienneté sur la feuille de paie.

 "Pas encore l'argent pour acheter le matériel pour produire plus"

"Tout n'est pas rose", confirme Georges Viana. "On a des demandes de beaucoup de magasins y compris de la grande distribution, mais on commence tout juste à fournir une quinzaine de boutiques, parce qu'on n'a pas encore l'argent pour acheter le matériel pour produire plus. C'est très frustrant", explique le patron de l'entreprise.

D'autant que le seuil de rentabilité n'est pas atteint. Le prêt bancaire (250.000 euros) décroché en juillet devrait arriver d'ici deux semaines sur le compte de la biscuiterie. Le financement participatif a permis à Jeannette de lever 430.000 euros pour un projet de 1,1 million au total, aides incluses.

En décembre, "on était en rupture quasi tous les jours. On ne vendait presque qu'en direct", poursuit-il.

"L'atelier", qui ne produit que 500 à 600 kg par jour, espère passer à une tonne en avril pour un total de 250 tonnes en 2016 et 750 tonnes en 2020, quand l'ancienne usine en sortait 2.700 tonnes par an.

(avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 01/02/2016 à 10:30 :
Quand on lit les ingrédients divers d'autres biscuits il y a toujours une place pour les produits de qualité sans graisses exotiques et autres additifs douteux, le souci est que le laxisme européen sur l'origine des ingrédients crée une distorsion de concurrrence par manque de transparence et bien évidemment certains en profitent; comme consommateurs à nous de choisir ce que nous jugeons bon et bénéfique pour notre santé, un exemple est bien les miels mélange de produits d'origine UE et non originaires de l'UE le foutage de gueule par excellence et pourtant ces miels occupent la majorité de nos rayons
a écrit le 31/01/2016 à 9:58 :
Il aurait peut-être fallu donner quelques chiffres de la compta car si Ca ne gagne pas un sous c'est pas une réussite !!
Réponse de le 31/01/2016 à 12:22 :
@Realiste: oui, mais Hollande a besoin de redorer son blason pour les élections et c'est la raison pour laquelle on peut s'attendre à de nombreux coups de com comme celui dans les semaines et les mois à venir :-)
Réponse de le 01/02/2016 à 8:54 :
Combien de sociétés avez vous créer ou gérer, ce commentaire est puéril, les sous , il n'y a pas que cela dans la vie, ces personnes de Jeannette sont admirables et méritent tout notre respect et notre soutien, ce sont des combattants comme il en existe de moins en moins dans notre société , faite de beaucoup trop d'assistanat , una affaire se rentabilise sur au moins 3 ans , ils repartent de zéro avec un nom seulement. Que chacun achète un paquet de leurs délicieuses madeleines et la rentabilité apparaîtra, cela est plus efficace que les critiques permanentes de ceux qui n'ont jamais rien fait de leurs dix doigts sinon critiquer.

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