Infiniti EX 37 : une belle démesure

Par Alain-Gabriel Verdevoye  |   |  707  mots
Ce 4x4 routier développe 320 chevaux, se conduit comme une sportive et consomme goulûment. Un engin paradoxal qui se moque de la conjoncture, apte à séduire des passionnés au solide compte en banque.

Infiniti, vous connaissez? Sans doute pas. Logique, cette marque de prestige du japonais Nissan n'était diffusée jusqu'à présent qu'aux Etats-Unis, en Russie ou au Proche-Orient. Mais, jaloux du relatif succès de Toyota avec Lexus, le partenaire nippon de Renault tente l'aventure en Europe. Pour l'instant, un seul concessionnaire parisien diffuse les modèles de la marque en France. 30 immatriculations ont été enregistrées à ce jour. Et Infiniti, qui ouvrira deux autres points de vente à Lyon et sur la Côte d'Azur dans l'année, prévoit d'écouler à peine deux cents voitures en 2009. Peu de chance donc d'en croiser une à chaque coin de rue. C'est l'assurance d'une certaine exclusivité.

L'EX 37, que nous avons essayé, est un 4x4 routier (on appelle ça «SUV» ou «Crossover» dans le jargon anglo-saxon à la mode) aux lignes agressives, très personnelles, plutôt réussies. L'engin a de la «gueule». A l'intérieur, la présentation mélange harmonieusement modernité et arrondis à l'ancienne, comme sur le haut de la planche de bord, les contre-portes et les sièges. La montre analogique apparaît délicieusement surannée. L'ensemble se montre avenant et « cosy », avec une finition globalement valorisante, comparable à celle d'une Lexus. Notre intérieur en cuir brun était fort chaleureux. Du beau travail. L'habitabilité, toutefois, n'est pas extraordinaire, voire franchement réduite à l'arrière.

Au démarrage, l'éveil du six cylindres de 3,7 litres de cylindrée développant 320 chevaux est un plaisir toujours renouvelé. Quelle sonorité ! Rien à voir avec celle d'un petit diesel. Les accélérations sont à l'avenant, distillant une formidable impression de puissance, bien transmise par une agréable transmission automatique à sept rapports. La cavalerie déboule sans tarder. Et il faut faire attention en ville à ne pas bondir trop vite et se précipiter brutalement sur la Twingo ou la 206 qui vous précèdent. Bref, une voiture politiquement incorrecte, même carrément provocante, qui donne un réel sentiment de domination. Flatteur pour l'ego. Les autres véhicules ont toujours l'air de se traîner...

Sur route, l'engin colle à la route. Evidemment, le poids élevé lui confère un caractère pataud, un peu flou à l'américaine. L'agilité d'un BMW X3 est loin. Mais, le plaisir ressenti à bord est bien réel. Il s'agit indéniablement d'un véhicule d'exception, qui démontre la maîtrise de Nissan en matière de motorisations et de trains roulants, ceux-ci réglés souples pour assurer un confort feutré appréciable - sauf sur petites dénivellations. La filtration des bruits de roulement est tout aussi réussie. On se trouve incontestablement dans un haut de gamme.

La transmission intégrale aux quatre roues est là pour la sécurité, notamment sur la neige. La garde au sol n'étant guère élevée (pour un 4x4), les escapades en tout-terrain se limiteront aux chemins pas trop creux.

Le seul désagrément à la conduite provient du rayon de braquage, démesuré, qui rend les man?uvres difficiles. L'EX 37 braque vraiment mal.

Comme pour le Nissan Murano essayé récemment, notre plaisir est, malheureusement, surtout gâché par de basses contingences. Car, cette formidable mécanique à essence consomme. Il faut compter un peu plus de quinze litre aux cent. Ce qui est peu en regard des prestations, mais constitue néanmoins un énorme handicap. Et il faudra attendre 2010 pour accéder au nouveau six cylindres diesel Renault, qui fournirait ici 240 à 250 chevaux. On l'attend avec impatience.

Mais, en attendant, l'EX 37 conçu pour le marché américain est voué à la confidentialité de ce côté de l'Atlantique. Dommage. Le prix est certes élevé, grevé de surcroît d'une pléthore d'options, comme les phares au xénon directionnels, la caméra de recul, voire la peinture métallisée. Vu la qualité de conception et de fabrication, les tarifs restent toutefois acceptables en comparaison des concurrentes allemandes.
 

Modèle d'essai: Infiniti EX 37 GT: 50.470 euros (+ 2.600 de malus)

Puissance du moteur: 320 chevaux (essence)

Dimensions: 4, 64 mètres (long) x 1,80 (large) x 1,58 (haut)

Qualités: ligne, agrément mécanique, performances, confort, présentation

Défauts: consommations, habitabilité, rayon de braquage, prix

Concurrentes: BMW X3 3,0si Luxe: 52.600 euros; Mercedes ML 350: 54.100 euros; VW Touareg 3,6 V6 Carat: 55.000 euros.

Note: 13,5 sur 20