Affaire Renault : nous sommes tous des espions

 |   |  690  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters
On a beau avoir dans une entreprise tous les systèmes de sécurité ad hoc, on sait très bien que le maillon faible n'est pas là. Il est dans la psychologie humaine.

Va-t-on devenir tous paranos ? Quels que soient les tenants et les aboutissants de l'affaire d'espionnage industriel chez Renault, la question prend de la vigueur dans les entreprises. D'autant que l'histoire est loin d'être éclaircie. L'hypothèse la plus répandue serait que les trois cadres en question auraient été « tamponnés », comme on dit dans le milieu. C'est-à-dire harponnés sans réellement mesurer la gravité de leurs actes. Avec toujours le même hameçon : la flatterie de celui qui « cherche un regard d'expert ». On a beau avoir dans une entreprise tous les systèmes de sécurité ad hoc, on sait très bien que le maillon faible n'est pas là. Il est dans la psychologie humaine. À l'heure où la défiance entre salariés et patronat n'a jamais été aussi grande, où chaque cadre a le sentiment de travailler plus pour l'actionnaire que pour l'entreprise, la tentation existe de mettre des bâtons dans les roues de ceux qui passent pour des profiteurs. Mais aussi de signifier inconsciemment à un patron trop autoritaire son désaccord avec sa stratégie.

Management « totalitaire »

Certains observateurs du milieu automobile notent ainsi que le management « totalitaire » de Carlos Ghosn ne serait pas étranger à l'affaire Renault. Qu'en pratiquant la peur et l'exigence du petit doigt sur la couture du pantalon, il suscite de fortes envies de rébellions. Derrière la fuite, il y a plus souvent la volonté - parfois inconsciente - de se venger d'un système jugé injuste que d'être réellement malveillant. Au coeur de l'espionnage industriel, le facteur humain reste la variable la plus aléatoire et la plus dangereuse pour les entreprises. Les ressorts psychologiques sont multiples. Les Américains ont un acronyme pour les définir : MICE pour Monnaie, Idéologie, Compromission, Ego. Car, neuf fois sur dix, ce sont les salariés qui sont à l'origine des fuites, relatent les enquêteurs. Le risque serait alors de devenir parano. De se méfier des membres du comité de direction ou des salariés. Mieux vaut tenter de prévenir les motivations d'actes de trahison. Comment ? En repérant les opposants déclarés ou non, les râleurs de tout poil et les frustrés, en passant du temps avec eux pour écouter leurs récriminations.

Des points parfois mineurs pour un dirigeant persuadé que ses idées s'imposeront d'elles-mêmes, mais majeurs en termes de psychologie humaine. Les personnes résistantes, parce qu'elles ne se sentent pas écoutées, cherchent à tester leur manager, en contournant les ordres, soit en ne les appliquant pas, soit en les appliquant au contraire à la lettre. Premier cran vers une forme de trahison. Ne rien faire ou ne rien dire constitue alors un constat que tout est permis mais confirme surtout à ces salariés que leur avis compte pour du beurre. Et peut les pousser au stade suivant dans la mauvaise direction. À noter que certaines catégories d'employés sont cependant plus sensibles que d'autres. Ainsi du commercial fâché qui part avec des fichiers clients. Du stagiaire qui tire sa fierté de coucher dans son mémoire plein d'infos sur l'entreprise et le met en ligne. De tous les cadres en mal de reconnaissance qui affichent dans les réseaux sociaux un profil avantageux avec moult détails sur les projets dont ils ont la charge. Même danger de ceux qui crânent à voix bien haute en première classe du TGV. Et n'allons pas croire que seules les grandes entreprises sont concernées : selon la DCRI, les PME-PMI représenteraient 71 % des entreprises espionnées. Reste donc chez elles aussi à sensibiliser intelligemment le personnel aux bons réflexes à adopter. Car la fuite peut aussi provenir d'une négligence humaine : portable laissé dans la voiture, clé USB égarée ou prêtée pour transmettre une présentation et qui se fait absorber ses dossiers en moins de deux minutes. Si l'affaire Renault peut avoir un aspect bénéfique, ce serait celui d'aider les directions d'entreprise à prendre (enfin) conscience que le savoir et le respect des individus sont des clés de succès.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 31/01/2011 à 16:22 :
Dans le dernier paragraphe tout est dit:
"Si l'affaire Renault peut avoir un aspect bénéfique, ce serait celui d'aider les directions d'entreprise à prendre (enfin) conscience que le savoir et le respect des individus sont des clés de succès."
Le reste s?est des conneries de gens qui n'ont jamais vécu en grande entreprise.
C'est une honte et une ignominie pour une entreprise que des collaborateurs se suicident. La réaction plus que molle de la part de M.Carlos G. PDG de l'entreprise à cet état de fait est plus que lamentable, c'est à la limite criminelle. Même si des collaborateurs sont fautifs, il a en quelque sorte la monnaie de sa pièce ou un retour de manivelle.

a écrit le 31/01/2011 à 11:35 :
Etrange réaction des hommes chargés de ces métiers-là!Tous disponibles jusqu'à la retraite effective quand il n'y a -comme dans tout travail -un accident,une maladie grave ou même un deuil.Ces hommes sont peut-être assez làs de ces professions où toutes confidences même dans leurs vies de familles consentant à garder le secret se terminent par des drames qui assurément ne font pas les journaux.Il y a peut-être eu dans "RENAULT" des erreurs de procédure ou des déclarations avantageuses par des attachés de presse écrite aux langages couverts dont leur monopole n'est plus une réussite de contacts ou de relations professionnelles en partie voulue pour noyer les anciens habitués des monopoles qui n'étaient réservés en France que depuis l'année 1947.qu'à cette entreprise. d'état.Les dés sont ouverts et couverts par la loi toujours actuelle de 1936 sur l'espionnage.Au contre-espionnage français et non à l'entreprise Renault de trouver et de résoudre ce problème-là dont leurs employés et leurs cadres supérieurs hiérarachiques immatriculés par les Ressources Humaines doivent sûrement compatir d'un manque de relations humaines par agressivités vitales de luxures et de débauches féminines s'aggréant ce pouvoir-là.Que Renault ne perde pas la place quelle à dans ce tourbillon tant en France qu'à l'étranger.
a écrit le 29/01/2011 à 14:23 :
"Nous sommes tous des espions" (Titré, LATRIBUnE.fr) ! D'où peut-être, la doctrine de Pétain, & son Histoire ...
a écrit le 29/01/2011 à 13:15 :
Sornettes et psychanalyses d'une paranoïaque tourmentée à l'esprit confus, qui n'ont rien à faire dans un journal économique.
Réponse de le 29/01/2011 à 17:24 :

La nuit,tous les chats sont gris...
Cela arrange bien la direction de Renault!

a écrit le 29/01/2011 à 11:43 :
le gouvernement nous prépare encore une surprise pour nous amuser avec une soit disant espionnage chez renault c'est du bidon
a écrit le 29/01/2011 à 9:17 :
Pourquoi verser dans les histoires à la James Bond, il y a beaucoup plus simple, les entreprises françaises doivent depuis plusieurs années pour êtres "référencées, normalisées, certifiées iso", se faire auditer par des officines "habilitées" à conduire ces pseudos audit.
En fait il s'agit purement et simplement, de relever, de copier en bref d'espionner tout ce qui se fait dans l'entreprise, le reste n'est que du bidon.
Il n'y a que les pays naïfs qui se sont fait prendre à ce piège, allez voir aux Etats unis ou encore plus prés de nous en Allemagne, si les entreprises tombent dans le piège.
a écrit le 29/01/2011 à 8:10 :
L'article se termine par "respect des individus"
quelle conclusion naive genre conte de noel indigne de la tribune
jamais aucune entreprise ayant des actionnaires ( surtout du cac 40) et dont l'objectif est le profit ne respectera un salarié
un salarié est par définition corvéable jetable et remplacable. si on peut éviter de le payer ainsi que de payer des charges sociales tant mieux.
Dans le monde de profit actuel ce qui compte est les dividendes des actionnaires et les rémunérations des dirgeants (bonus retraite chapeau stock options) , comme le pdg de goldman sachs dont son salaire a été triplé : 300% d'augmentation. Ce qui prouve au medef que le travail coute cher.
Mais pou les salariés c'est licenciement ou gel des salaires et durcissement des conditions de travail : alors le respect on s'en moque!
Réponse de le 29/01/2011 à 10:52 :
300% = quadruplé
Vous ne travaillez pas dans la finance !
Réponse de le 30/01/2011 à 1:35 :
Désolé pour cette faute de frappe : toutefois je privilégie dans mon texte le fond pas la forme. Au fait si je travaille dans la (plutot les) finance(s)
a écrit le 29/01/2011 à 6:57 :
Pas besoin d'avoir des espoins dans les entreprises , pour savoir ce qui s'est passe chez renault tres Simple , vehicaule stanionne(r) a moins de 100 metres equipes de lasers audio-optiques et ont sait tout ce qui se dit et se passe dans les bureaux d'etudes de Renault , comme specialiste je peux vous assurer que cela marche parfaitement bien.
a écrit le 28/01/2011 à 15:06 :
Et si c'était la direction générale de Renault qui avait tout "fabriqué"?
Réponse de le 28/01/2011 à 16:07 :
Encore la théorie du complot des méchants capitalistes!
Réponse de le 28/01/2011 à 16:34 :
Ce sont les fournisseurs et les équipementiers qui inventent les composants. Renault et l'équipe de Mr Ghosn, eux ils s'approprient le travail des cerveaux des autres ... ah oui au fait ils communiquent aussi, ils n'ont que celà à faire puisqu'ils ne travaillent pas. et puis ils font la fête sur les yyauts de luxe à Flavio, ou dans ses boites de nuits ou ils cotoient Berlusco
Réponse de le 28/01/2011 à 23:24 :
Paul Valery avait tort

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :