ESSAI AUTO Kia Rio, l'anti-Clio coréenne

Cette citadine a les dents longues. Bien dessinée et mue par un excellent petit diesel, plaisante à conduire, elle séduit. Avec une garantie de sept ans à l'appui. Mais elle est mal insonorisée et d'un confort relatif.

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Copyright Reuters
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La citadine Kia Rio de troisième génération, dévoilée en avant-première au Salon de Genève en mars dernier, affiche un style bien plus européen que les précédentes. Ses lignes plongeantes, ramassées, compactes, en font une petite berline séduisante. D'un gabarit de Renault Clio, elle offre à l'intérieur un design également très travaillé et plaisant, avec des clins d'?il délicats comme les commandes de climatisation rappelant la... Mini. Tout cela, sans les excentricités m'as-tu-vu d'une Ford ou... d'une Hyundai.

Les styles sont vraiment très différenciés au sein du groupe Hyundai-Kia ! Tout cela reste cependant un peu "asiatique", c'est-à-dire sans réelle personnalité. Mais, l'esthétique vaut bien celle d'une rivale du Vieux continent. Mention bien sur ce point. La finition apparente est bonne. Mais, à l'examen, les matériaux restent durs et sonnent creux dès qu'on les touche. Peu qualitatif. L'habitabilité et le coffre sont intéressants pour la catégorie. La position de conduite est assez basse, calquée sur la concurrence allemande de l'aveu même de Kia. Avec les fesses en bas et les genoux très relevés. Certains aiment, d'autres pas. Mais, les multiples réglages du volant permettent de trouver la position adéquate.

Excellente mécanique

Notre modèle d'essai était équipé d'un diesel quatre cylindres 1,4 de 90 chevaux, nettement plus puissant que le petit trois cylindres 1,1 de 75 chevaux, lequel bat des records en matière de rejets de CO2 : 85 grammes seulement au kilomètre ! "Notre" Kia émet 109 grammes. Ce qui n'est pas mal non plus. Les Coréens ont vraiment fait l'effort de développer des petits diesels modernes et performants uniquement pour l'Europe, leur marché intérieur étant réfractaire au gazole. Cette mécanique est... excellente. Pas de trou à bas régime ni d'à-coups. La rondeur de ce moteur très civilisé étonne. Pour une si faible cylindrée, c'est remarquable. Il faut certes souvent changer de vitesses, la voiture ayant du mal à se relancer. Mais, sinon, ce petit 1,4 a de la ressource et accélère avec vivacité à mi-régime.

Embrayage et transmission ne posent pas de problèmes dans leur utilisation et fonctionnent avec fluidité. Seules la première et la marche arrière sont un rien rétives. Le bilan mécanique est donc largement positif. Mais, malgré un bilan C02 flatteur en cycle d'homologation normalisé, les consommations - corrélées aux rejets de gaz à effets de serre - n'apparaissent pas si basses. Nous avons avalé plus de 8 litres aux cents, avec beaucoup de ville. Pas exceptionnel.

Bon comportement routier, mais que de bruits de roulement !

Le comportement routier est plutôt convaincant. Même si la voiture apparaît un peu légère du nez en ligne droite, au-dessus de 80 à l'heure. Mais on s'y habitue. Ceci dit, la voiture se faufile bien, aborde sans dévier les virages sur chaussée déformée. Pas d'inquiétude, donc. Agilité et sécurité semblent au programme. Le freinage manque légèrement de mordant. Mais, rien de dramatique. Dommage : la tenue de route satisfaisante est obtenue au prix de suspensions sèches. Cela, c'est moins sympathique. Pas de problème sur asphalte à peu près plan. Mais, sur très mauvaise route, vibrations, tremblements, secousses, chahutent nettement les occupants. On aborde les ralentisseurs non sans crainte. C'est nettement mieux sur une Clio !

Mais on n'est pas davantage malmené qu'avec une Toyota Yaris ou une Ford Fiesta. En fait, le très gros défaut reste... l'insonorisation. Ou plutôt son absence. Si le moteur demeure bien isolé, les bruits de roulement et d'amortissement sont extrêmement gênants et lassants. On peut presque compter les pavés, au son. Comme souvent sur les voitures asiatiques, notamment coréennes, la caisse résonne de partout. Sur chaussée abîmée par le temps et les intempéries ou déformée volontairement par les pouvoirs publics, le barouf des trains roulants, dont on ne perd rien de leur travail, accentue la sensation d'inconfort. Kia doit retravailler d'urgence cet aspect, totalement négligé. On note aussi, sur bitume très dégradé, des craquements sinistres de mobilier intérieur.

Offre intéressante

La Kia Rio est une proposition intéressante, malgré les nuisances sonores. Cerise sur le gâteau : la nouvelle petite urbaine, produite en Corée, bénéficie comme tous les modèles de la gamme d'une garantie de sept ans ou 150.000 kilomètres. La garantie est gratuite et transférable entre propriétaires sucessifs de la voiture. Les prix sont moins canon que naguère. Logique : la voiture a fortement progressé sur tous les plans. Les tarifs restent attractifs au vu de l'équipement. Mais, sinon, il n'y a plus vraiment d'avantage financier à acheter coréen. La gamme démarre à 12.490 euros (essence 85 chevaux en version Motion). Le diesel est à partir de 14.190 euros (75 chevaux). "Notre" modèle de 90 chevaux est à partir de 16.590 en finition Style avec autoradio, climatisation manuelle, régulateur-limiteur de vitesses avec commandes au volant, rétroviseurs extérieurs chauffants...

La finition Active coûte 1.300 euros de plus et intègre climatisation automatique, antibrouillards avant, allumage automatique des feux (avec beaucoup de retard !), lève-vitres électriques arrière ainsi que le système de téléphonie mains libres Bluetooth avec commandes au volant... Dans la "Premium" (1.400 euros supplémentaires), la Rio hérite du système d'ouverture et de démarrage sans clé, des jantes en alliage de 16 pouces, des phares avant diurnes et feux arrière à technologie LED, des rétroviseurs rabattables électriquement et du radar de recul. A ce niveau, on peut échapper au noir triste de l'habitacle et opter pour une teinte moka du plus bel effet. Le hic : s'ils présentent bien, les sièges sont trompeurs. Le mélange cuir-tissu est... en fait un mariage skaï-tissu. Ca se sent immédiatement au toucher. Kia parle pudiquement d'"aspect cuir" !

Quelques options

Pour du vrai luxe, il faut prendre le pack "VIP" à 990 euros, qui propose toit ouvrant et sièges en (vrai) cuir noir ou moka. Le GPS avec écran tactile et caméra de recul est aussi à 990 euros. Notons que ce GPS agace. Si l'on veut accéder ne serait-ce qu'à la seule cartographie, une page de littérature idiote du genre "Conduisez prudemment, blabla..." s'affiche et ne s'éteint pas. Il faut donc chercher à tâtons la touche "J'accepte", en quittant la route des yeux. Malin, pour la sécurité ! Et, dès qu'on arrête et relance le moteur, cela recommence ! Stupide. A part cela, le GPS donne satisfaction et la caméra de recul se révèle fort utile dans les man?uvres. La petite Rio, c'est chouette ! Une voiture attachante, agréable dans la majorité des cas, tout-à-fait apte à circuler en ville comme sur route, mais pas sur les pavés ou revêtements en trop mauvais état.

Modèle d'essai : Kia Rio 1,4 CRDi Premium : 19.290 euros (-400 euros de bonus jusqu'au 31/12/11, 0 euro après)
Puissance du moteur : 90 chevaux (diesel)
Dimensions : 4,04 mètres (long) x 1,72 (large) x 1,45 (haut)
Qualités : petit diesel vivace et très civilisé, douceur des commandes, comportement routier agile et sûr, garantie de sept ans, présentation pimpante...
Défauts : ... mais plastiques creux, bruits de roulement exaspérants, suspensions fermes, freinage un peu léger
Concurrentes : Toyota Yaris D-4D Lounge : 18.700 euros, Ford Fiesta 1,6 TDCi Titanium Plus : 19.650 euros, Peugeot 207 1,6 HDi Allure : 20.600 euros, Renault Clio 1,5 dCi 90 Initiale: 22.050 euros

Note : 14 sur 20

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