Automobile : PSA à la recherche de l'usine 4.0

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L'industrie 4.0 pourrait être un avantage concurrentiel majeur à l'avenir.
L'industrie 4.0 pourrait être un avantage concurrentiel majeur à l'avenir. (Crédits : Denis Balibouse)
Le groupe automobile a organisé son deuxième Factory Booster Day, un forum où des entreprises d'ingénierie exposent des solutions industrielles utilisant les nouvelles technologies (du big data à l'intelligence artificielle, en passant par la robotique collaborative) afin d'améliorer les process industriels. Pour PSA, cette usine du futur est un véritable gisement de gains de productivité et de qualité, mais également de progrès en termes de conditions de travail...

La France ne veut pas louper la révolution de l'industrie du futur comme elle a raté, dit-on, celle de la robotique. Pour PSA, l'industrie 4.0 n'est pas un concept à la mode, c'est un véritable enjeu de compétitivité sur le long terme. Pour ne pas passer à côté, le constructeur français a organisé, pour la deuxième année consécutive, son Factory Booster Day sur son site de Poissy, dans les Yvelines. Il s'agit d'un forum réunissant startups et équipementiers qui doivent répondre à 16 défis industriels avec des solutions qui doivent être applicables à travers des process et reproductibles à grande échelle.

Des solutions en cours de déploiement

Près de 80 partenaires ont répondu présent avec des propositions avec un démonstrateur ou tout simplement avec des graphiques. Ils ont été reçus par Yann Vincent, le patron industriel de PSA, mais également par Gilles Le Borgne, le chef de l'ingénierie et de la qualité. L'an passé, PSA avait sélectionné quatre projets dont un qui est actuellement en cours de déploiement dans les usines du groupe, tandis que les trois autres sont encore en cours de conceptualisation.

Avec l'industrie du futur, PSA espère révolutionner l'usine dans sa configuration, son rapport humain mais également son rapport avec les fournisseurs. L'objectif est de gagner en efficacité (et donc en coûts) mais également en qualité de fabrication. Cette révolution industrielle fait entrer un nouveau lexique dans les sites de production : le big data, la robotique collaborative ou « cobot », l'automatisation, la réalité virtuelle... Ou encore l'intelligence artificielle.

Des gains économiques, mais pas que...

Par exemple, le big data est un véritable gisement d'applications capables de faire progresser les process. Ainsi, il est désormais possible d'établir des diagnostics d'appareils afin d'anticiper des défauts ou pannes. La maintenance prédictive permet d'éviter -ou du moins de limiter- les arrêts de la production. Cette année, des ingénieurs ont proposé d'implémenter des appareils de diagnostics sur de vieilles machines, c'est-à-dire qui n'avaient pas été prévues pour cela, afin qu'elles soient éligibles à la maintenance prédictive. Le big data permet aussi de gérer les flux et les stocks, un véritable casse-tête logistique qui peut parfois impacter les lignes en cas de ruptures d'approvisionnement, mais également pour éviter des zones de stockage trop importantes (et donc coûteuses). Avec la robotique collaborative, les industriels espèrent alléger la configuration des lignes de montage et assister des opérateurs pour les soulager de tâches parfois trop difficiles et peu ergonomiques. Autre exemple intéressant, la réalité virtuelle va faciliter et accélérer la formation des opérateurs. Dans un contexte de sophistication des process industriels, la formation est de plus en plus nécessaire afin de faire monter les opérateurs en compétence. La rationalisation de la formation à travers des outils de réalité virtuelle (avec des lunettes 3D qui permettent de simuler le travail sur une ligne de production) peut s'avérer précieuse et économique.

| Lire aussi: L'automobile française est-elle prête pour l'industrie 4.0 ?

Les gains de l'industrie 4.0 ne se traduiront pas nécessairement par des indicateurs liés à la productivité ou aux coûts de production, ils peuvent être bénéfiques d'un point de vue qualitatif, de flexibilité de la production (pour diversifier les pièces produites sur une même ligne) et enfin sur la qualité des conditions de travail et de sécurité.

PSA ne prend pas en charge la R&D

Pour Yann Vincent, l'enjeu est primordial :

« Nous sommes une industrie très concurrentielle. Si nous n'avançons pas, nous reculons... Il faut donc trouver des idées ingénieuses », a-t-il lancé aux ingénieurs candidats lors de son discours inaugural.

Pas question pour autant de chercher des solutions exclusives. Au contraire, PSA veut que les partenaires proposent des solutions reproductibles ailleurs, y compris dans d'autres secteurs que l'automobile, afin de réduire le prix de cette solution.

« Vous devez penser à l'intégration de vos solutions dès le début, parce que nous ne nous occuperons pas d'intégration... »

Gilles Le Borgne s'est voulu plus clair encore :

« S'il y a de la valeur à partager, nous la partagerons ensemble ».

Autrement dit, PSA ne prend pas et ne prendra pas en charge la R&D, d'où la nécessité de l'amortir avec d'autres industriels, mais sera bien client s'il est convaincu par la proposition !

Pour ce qui est de la mise en œuvre, PSA a créé une sorte d'incubateur de ces nouveaux process industriels appelé le Factory Booster qui est en fait le nouveau nom du bureau Nova qui était en charge de la robotique et de l'automatisation. Ce bureau, dirigé par Olivier Guézet et qui vient juste d'être inauguré sur le site de Vélizy (Yvelines), se voit affecter une mission élargie à l'industrie 4.0.

A Kenitra, la première usine 4.0

Le déploiement de ces nouvelles technologies sera très progressif. Selon Yann Vincent, elles seront sûrement appliquées à l'occasion de l'arrivée de nouveaux modèles dans les usines, puisque c'est l'occasion de paramétrer les lignes de montage. Ainsi, l'arrivée de la DS7 Crossback va permettre de transformer le site de Mulhouse en incorporant de nouveaux process dits 4.0. L'usine de Sochaux, dans le Doubs, ne devrait pas bouger jusqu'à la fin de vie de la 308. En revanche, l'usine de Kenitra, au Maroc, dont l'ouverture est prévue en 2019, pourrait être la première à mettre en œuvre tous les outils de l'usine 4.0.

Sur la question de l'emploi, PSA se veut rassurant. Non, l'usine 4.0 ne signifiera pas la fin de la présence d'hommes et de femmes dans les usines.

« Dans tous nos futurs process, c'est toujours l'homme qui décide », rappelle Patrice Peslier, directeur excellence performance des systèmes industriels. « De plus, certaines tâches impliquent une dextérité de la gestuelle qui reste irremplaçable (...) en outre, un robot va moins vite qu'un homme », ajoute-il. « Grâce à l'industrie du futur, les postes les plus difficiles vont disparaître au profit d'une montée en compétence des autres postes », souligne-t-il.

Au final, l'industrie 4.0 n'aurait donc pas qu'un intérêt industriel et financier. Les industriels veulent prouver qu'elle aurait également une dimension sociale vertueuse. Un autre débat en perspective...

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Commentaires
a écrit le 21/09/2017 à 18:35 :
Il ne faudra pas se tromper de batterie :

- http://www.rtflash.fr/batterie-ionique-qui-se-recharge-presque-instantanement/article

Et de voir du côté de Microsoft, l'aide de réalité virtuelle pour la conception des véhicules plus aisée que cette entreprise développe pour Ford !

- https://www.engadget.com/2017/09/21/hololens-microsoft-ford-car-design/

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