Pourquoi PSA va faire son grand retour en Inde

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Une implantation en Inde doit répondre à l'impératif d'internationalisation du groupe imposé par Carlos Tavares dans le cadre de son plan Push to Pass.
Une implantation en Inde doit répondre à l'impératif d'internationalisation du groupe imposé par Carlos Tavares dans le cadre de son plan Push to Pass. (Crédits : Reuters)
Le groupe doit confirmer mercredi un projet de coentreprise en Inde avec un conglomérat local. Par deux fois, PSA a tenté de s'y implanter... sans succès. Ce marché promet pourtant de devenir dans les prochaines années, l'un des plus prometteurs au monde, même si son décollage traîne depuis de nombreuses années...

C'était une promesse du plan Push to Pass. Selon Les Echos, le groupe PSA s'apprêterait à annoncer ce mercredi la signature d'un projet d'implantation en Inde. Son président du directoire, Carlos Tavares présentera lui-même le contrat de joint-venture qui devrait être signé avec le conglomérat indien CK Birla Group.

Toujours d'après notre confrère, cet accord prévoit la création d'une coentreprise qui reprendrait un site industriel du groupe indien, installé à Chennai, qui fabrique notamment des voitures Mitsubishi. Cette usine est totalement sous-dimensionnée puisqu'elle ne produirait que 12.000 voitures par an. L'accord pourrait ainsi être assorti d'une enveloppe d'investissement conséquente.

Un marché à l'avenir radieux

Pour rappel, le marché automobile indien s'est élevé à 2,7 millions d'immatriculations, soit quasiment autant qu'en France, qui compte pourtant infiniment moins d'habitants. Les analystes attendent néanmoins une croissance exponentielle de ce marché. D'après une estimation de J.D. Power & Associates, reprise dans une étude Crédit Suisse de 2014, le marché indien pourrait représenter 11 millions de voitures à horizon 2020, pour en faire le troisième marché mondial. D'autres tablent sur un marché doublé à 6 millions d'unités. Il faut rappeler que cela fait plus de dix ans que les économistes annoncent le décollage du marché indien... En vain ! Le manque d'infrastructures explique en grande partie cette surprenante stagnation. Pourtant, le marché est immense avec un taux d'équipement de moins de 2 voitures pour 100 habitants, à comparer avec le ratio de 80 voitures atteint en Europe

Pour PSA, il n'était plus temps de trainer. Carlos Tavares a érigé l'internationalisation du groupe en tête des priorités du groupe pour les cinq prochaines années. L'Inde faisait naturellement partie des projets d'implantation dévoilés dans le cadre du plan Push to Pass.

Deux tentatives avortées

Déjà, le groupe avait projeté au début des années 2010 un retour dans le pays avant de faire subitement marche arrière sous l'impulsion du précédent président du directoire Philippe Varin, pressé de serrer les vannes des investissements alors que le groupe croulait sous les dettes et les invendus. PSA avait également tenté de s'implanter en Inde dans les années 1990 avec une Peugeot 309 mais sans succès, rappelle Les Echos.

PSA arrive sur un marché à la fois très complexe et très volatil. Le marché automobile indien est fortement corrélé aux taux d'intérêt mais également aux variations monétaires et aux matières premières. Ensuite, le marché reste très hétérogène. "Impossible de trouver une tendance qui concerne l'ensemble du marché", se plaignait en 2015, le cadre d'un constructeur français sur place. "On peut lancer une voiture qui sera un succès dans le nord de l'Inde, mais sera très mal reçue dans le sud du pays", témoignait-il.

Interviewé en 2014 par L'Usine Nouvelle, Patrick Charpy, qui dirige le centre de design de l'Alliance Renault-Nissan à Madras, illustrait ce désarroi : "pour le moment, nous ne savons pas encore ce qu'il faut faire, mais nous avons surtout appris ce qu'il ne fallait pas faire".

Renault a fini par percer malgré un faux départ

Et pour cause, Renault a été le premier à essuyer les plâtres sur ce marché. Il avait dans un premier temps perdu beaucoup de temps avec la Logan, véritable échec commercial. La marque au losange a néanmoins persévéré en se relançant avec le Duster qui lui a permis de percer. Mais c'est avec Kwid que Renault a remporté le gros lot avec plus de 100.000 voitures vendues en quelques mois après son lancement en septembre 2015.

Lancer un produit en Inde est donc complexe et il est compliqué d'y lancer une voiture à vocation mondiale tant le consommateur indien a des besoins spécifiques. C'est précisément ce que constatait Crédit Suisse dans son étude : "la plupart des constructeurs automobiles ne cherchent pas suffisamment à répondre aux attentes des Indiens en matière automobile".

Mercredi, Carlos Tavares devrait ainsi détailler son plan de conquête de l'Inde. Il devra surtout expliquer comment il compte éviter au groupe PSA de s'infliger un nouveau flop...

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Commentaires
a écrit le 24/01/2017 à 0:57 :
Les "brillants" analystes qui prévoient une explosion du marché automobile indien, prévoient ils également une explosion de la quantité de carburant disponible? Une voiture sans carburant, ça ne sert pas à grand chose.
a écrit le 23/01/2017 à 19:49 :
Parce que Renault explose ses ventes en Inde (+ 145,6%). Donc convoitise et parce que c'est un marché immense en expansion fulgurante avec l'une des plus fortes croissances d'Asie. PSA s'est fait doublé en Europe, reste le Monde.
a écrit le 23/01/2017 à 19:39 :
PSA va construire la "Diligence" et va embaucher à Bollywood les meilleurs Indiens pour attaquer la Diligence. Un remake à la John Wayne en quelque sorte :-)
a écrit le 23/01/2017 à 17:40 :
Comme PSA est incapable de produire une berline C à 8000 euros ou une berline type B à 7000 euros... pour le marché européen.. ils ne perceront pas en Inde.
C'est de l'argent jeté par les fenêtres.
PS 7000 prix de vente maximum conseillé.. donc inclus la commission du concessionnaire... le transport.

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