Qui est RCI Bank and Services, le bras armé de Renault dans les mobilités ?

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Renault Mobility, filiale de Renault, a décroché le spectaculaire contrat pour installer une flotte de voitures en libre service à Paris, s'engouffrant ainsi dans l'espace abandonné par le tentaculaire Autolib'.
Renault Mobility, filiale de Renault, a décroché le spectaculaire contrat pour installer une flotte de voitures en libre service à Paris, s'engouffrant ainsi dans l'espace abandonné par le tentaculaire Autolib'. (Crédits : Capture d'écran / Renault)
Renault Mobility n'aurait sans doute jamais conquis le marché parisien de l'autopartage sans les innovations développées par sa filiale de financement, RCI Bank and Services. La "captive" est en réalité au coeur d'une stratégie très ambitieuse qui vise à propulser le groupe automobile français dans l'univers très disputé des nouvelles mobilités.

Le virage a été spectaculaire... Alors que d'autres groupes automobiles ont progressivement avancé leurs pions dans les nouvelles mobilités sous la forme d'expérimentation, ou de prises de participations, le groupe Renault, lui, après avoir tant tardé, s'est soudainement et massivement jeté dessus. En octobre 2017, Carlos Ghosn divulgue un nouveau plan stratégique pour le groupe automobile français en mettant largement l'accent sur le virage des mobilités. En réalité, sa filiale de financement, RCI Bank and Services, réfléchit déjà depuis 2015 aux nouvelles mobilités notamment sous son prisme technologique.

VIDEO Entretien avec Alice Altemaire, VP, Mobility Services and Innovation

Un marché très disputé

Pour prendre le leadership des mobilités, la clé réside effectivement dans la maitrise des algorithmes et la gestion des données (la data). Et la course s'est largement accélérée ces dernières années avec des constructeurs qui ont d'ores et déjà pris des positions très fortes comme BMW et Daimler qui viennent de fusionner leur filiale d'autopartage (respectivement DriveNow et Car2toGo). Ou toujours le même Daimler qui vient de racheter Chauffeurs Privés, se positionnant sur les plateformes VTC. Les Gafa sont également en embuscade dans cet univers très serviciel et largement dématérialisé.

Renault Mobility illustre parfaitement le rôle de RCI dans la stratégie de Carlos Ghosn. La filiale autopartage de la marque au losange utilise une solution technique très poussée, développée par RCI Mobility, filiale de RCI Bank and Services. Renault Mobility dispose d'une solution clé en main, et se déploie très rapidement puisqu'il s'est déjà installé dans plusieurs villes ou sur les parkings Ikea. Dernièrement, il a même décroché le spectaculaire contrat pour installer une flotte de voitures en libre service à Paris, s'engouffrant ainsi dans l'espace abandonné par le tentaculaire Autolib'.

Lire aussi : À Paris, Renault dégaine le premier dans la guerre de la voiture partagée

Mais Renault Mobility est juste la partie émergée de l'iceberg car le groupe veut aller très vite. C'est pourquoi il a demandé dès 2017 à RCI Bank and Services de passer à l'offensive à coup de rachats d'entreprises dotés de modèles déjà opérationnels. Si Renault a chargé sa "captive", c'est pour sa structure légère plus propice à intégrer des innovations dans un univers très serviciel.

« Sur les mobilités, nous avons la même démarche que sur notre métier traditionnel du crédit, nous apportons un produit qui sera commercialisé par les marques de l'Alliance, que ce soit Renault ou même Nissan dans certains pays », explique Alice Altemaire qui a récemment pris la tête d'une direction des Services de mobilité et de l'innovation dans le but d'accélérer l'offensive commerciale.

Et d'ajouter :

« Nous avons une stratégie à deux étages : fournir des solutions à des clients finaux (BtoB), fournir des solutions innovantes pour les opérateurs de mobilités (taxis, VTC, autopartageur). »

Karhoo, au coeur de la bataille

C'est début 2017 que RCI dégaine son premier coup en rachetant la startup londonienne Karhoo. Cette acquisition est fondamentale dans la stratégie de RCI dans les mobilités. Repositionnée sur une approche BtoB, la startup londonienne agrège les multiples plateformes de taxis et VTC disponibles à travers le monde pour créer un portail unique.

« Aucun acteur ne dispose d'un éventail complet de services de mobilités. Avec Karhoo, RCI Bank and Services s'est positionné sur une approche partenaire à très forte valeur ajoutée. Cette offre doit permettre de résoudre la granularité du marché des taxis et VTC qui est encore composé de très nombreux acteurs. Pour les entreprises dont les salariés et clients voyagent beaucoup, Karhoo est une vraie solution de mobilités. Notre objectif est d'inscrire ce produit assez exclusif sur le marché dans un écosystème de services de mobilités », souligne Alice Altemaire.

Et le développement de Karhoo semble au rendez-vous : la plateforme compte près de 250.000 taxis ou VTC partenaires, soit 100.000 de plus par rapport à il y a six mois. Ce succès devrait donc permettre à RCI de détenir une offre incontournable pour ferrer une clientèle BtoB et ainsi leur livrer d'autres produits, comme Marcel. Rachetée en novembre 2017, la plateforme VTC réalise la moitié de ses courses avec des grands comptes.

Les "DMS", le nerf de la guerre ?

En rachetant Marcel, RCI trouve Yuso dans le panier, une plateforme de dispatch aussi appelée DMS, qui apporte une solution algorithmique d'optimisation de la localisation des besoins clients par rapport à celle des taxis en circulation. Les DMS sont très demandés par les sociétés de taxis et VTC. Avec Yuso, RCI peut donc étoffer son approche partenariale avec les sociétés de taxis indépendantes (Uber dispose de son propre DMS) en complément de Karhoo. Il est donc urgent de monter en puissance sur cette technologie. En juin dernier, RCI rachète l'irlandais Icabbi et devient le numéro deux mondial des plateformes de dispatch indépendantes, et affiche une croissance exponentielle soutenue.

Chez RCI Bank & Services, on estime être arrivé à maturité sur ces offres commerciales. Pour Alice Altemaire, il est temps d'enclencher la deuxième étape : « Nous allons  déployer ces nouveaux services à partir du deuxième semestre ». Autrement dit, RCI Bank and Services va lancer une grande offensive commerciale.

Vers une phase deux

Karhoo pourrait ainsi sortir de sa phase pilote pour entrer dans une offensive commerciale beaucoup plus ambitieuse. De son côté, Marcel va développer sa flotte 100% électrique pour se positionner sur la tendance de l'électromobilité. « Nous sommes très optimistes sur la qualité de notre offre VTC 100% électrique. Les retours clients sont très satisfaisants en termes de confort, de vibrations et de sonorités, mais également pour la démarche éco-responsable », avance Alice Altemaire. La plateforme VTC va également tenter de s'implanter ailleurs qu'à Paris.

Mais la captive dirigée par Bruno Kintzinger depuis mars poursuit sa prospection de tendance extrêmement active. À Paris, elle est partie prenante de l'incubateur de startup Numa. Elle héberge des jeunes solutions qu'elle challenge chaque année à travers un concours, le Paris Citymaker. Il s'agit de confronter les offres de ces startups à travers une situation urbanistique et démographique donnée, afin de jauger de la viabilité de leur offre. Tout ça dans une ambiance campus bonne enfant... À des années-lumières de l'organisation verticale et rigide propre aux constructeurs automobiles.

Il manque encore quelques cordes à son arc comme le covoiturage, notamment sur les trajets domicile-travail, là encore pour toucher les grands comptes. Mais le modèle n'est pas encore rôdé et dépend essentiellement des subventions publiques. Cela n'a pas empêché RCI de lancer une phase expérimentale en interne avec l'ambitieux Karos, leader en Île-de-France sur ce segment. Une nouvelle proie en vue pour RCI Bank and Services ?

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Commentaires
a écrit le 12/07/2018 à 20:55 :
"Renault Mobility, filiale de Renault, a décroché le spectaculaire contrat pour installer une flotte de voitures en libre service à Paris"

ahah

2 commentaires:

- ont ils lu le contrat à la mairie cette fois ci afin de ne pas se voir demander des centaines de millions dans 2 ans?

- spectaculaire: Renault jugera dans un an l´état des voitures avec toutes les incivilités... cf l´état des voitures de Bolloré...
ils verront vite si cela est rentable

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