Recherche désespérement espions ingénieurs et linguistes en langues rares

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La rigidité des règles de la fonction publique ne facilite pas le recrutement de certains profils d'espions très recherchés
La rigidité des règles de la fonction publique ne facilite pas le recrutement de certains profils d'espions très recherchés (Crédits : Flickr/Alexander Mueller. CC License by.)
Les services de renseignement rencontrent des difficultés à attirer certains profils rares et/ou très recherchés sur le marché du travail : ingénieurs informatiques, spécialistes en langues rares, psychologues...

Ingénieurs informatiques, spécialistes en langues rares, psychologues... si vous avez la fibre patriotique, c'est le moment de vous engager dans les armées de l'ombre (DGSE, DGSI, DRM, DRSD, DNRED, Tracfin...). Non seulement les services de renseignement recrutent beaucoup, mais en plus ils rencontrent "certaines difficultés" à attirer certains profils rares et/ou très recherchés sur le marché du travail, confie le rapport d'activité de 2016 de la délégation parlementaire au renseignement (DPR). En général, ce sont des profils à très forte valeur ajoutée et donc très chers... Ce qui rend la démarche de recrutement complexe pour les services de renseignement mais qui n'est pas vraiment un phénomène nouveau.

Quels sont les profils recherchés?

Quelles sont les pépites recherchées par les services de renseignement? Et pourquoi? Ces difficultés sont liées "au caractère limité du vivier des candidats dans certaines spécialités recherchées, notamment les ingénieurs informatiques", précise la délégation. En outre, poursuit-elle, "de nombreuses autres administrations de l'État prospectent des profils analogues, sans compter les entreprises en mesure d'offrir des niveaux de rémunération nettement plus élevés". Par exemple, la DGSE recherche des chefs de projet en informatique et télécoms, des ingénieurs base de données, des ingénieurs d'études & développements applicatifs, télécoms et informatique, des ingénieurs coeur de réseau, des assistants à maîtrise d'ouvrage/consultants en informatique, des ingénieurs en sécurité informatique, des crypto-mathématiciens, des analystes programmeurs et des techniciens télécoms, du signal, en systèmes d'information.

D'une façon plus générale, les services recherchent également des personnels en ingénierie, des psychologues et des analystes pour l'exploitation des données recueillies. Les services rencontrent également des difficultés pour recruter "des personnels parlant certaines langues rares", souligne la DPR. Par exemple, l'armée de Terre recherche dans ses petites annonces des linguistes "qualifiés" dans une langue étrangère rare en vue "d'intercepter, écouter, traduire et analyser des informations de réseaux radio". Les recrues partiront "régulièrement en mission et en opération extérieure", précise l'annonce en vue de séduire les profils les plus aventuriers. Problème, le salaire net mensuel ne s'élève qu'à 1.315,38 euros pour un sergent célibataire sans enfant lors du premier contrat. Loin, très loin des standards du privé...

Pas d'argent, pas de profil rare...

L'argent reste d'ailleurs l'un des problèmes majeurs de recrutement des services de renseignement à l'exception de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), qui peut recruter des contractuels. La DPR regrette "la rigidité des règles de la fonction publique" qui empêche d'embaucher et de fidéliser des contractuels. "Pour résoudre correctement ces difficultés, il serait utile de procéder à une analyse générale et exhaustive portant sur les questions de recrutement, de rémunération et de carrière au sein des services de renseignement", estime la délégation parlementaire. Cette étude pourrait être confiée à l'Inspection des services de renseignement (ISR), fait valoir la DPR.

En particulier, l'ISR pourrait se prononcer sur la question qui consiste à savoir si, dans certains cas, il ne serait pas possible de généraliser à l'ensemble de la communauté du renseignement certains types de contrats qui sont utilisés dans certains services à l'image de la DGSE, estime-t-elle. Elle suggère aussi que les services de renseignement puissent s'exonérer, en réponse à des situations exceptionnelles, aux règles de la fonction publique ou de définir certaines règles particulières, éventuellement dérogatoires.

Des problèmes de locaux à la DGSI

La hausse des effectifs pose actuellement deux problèmes à la La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Il lui faut parvenir à réaliser tous les recrutements correspondant aux créations de postes. Elle recherche dans un contexte de forte concurrence des personnels d'ingénierie notamment. Ensuite, se pose la question des locaux pour accueillir tous ces personnels.

Les implantations existantes de la DGSI trouvent "leurs limites pour accueillir un millier d'agents supplémentaires à l'horizon 2018". La DPR recommande de réfléchir à une nouvelle implantation mieux adaptée pour le siège de la DGSI et d'accélérer les recrutements au sein des échelons départementaux et régionaux de ce service.

Rééquilibrage des effectifs civils et militaires à la DRSD

La remontée des effectifs militaires de la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), tout comme pour la Direction du renseignement militaire (DRM), est également ardue en raison, explique la DPR, "de sa dépendance à l'égard des directions des ressources humaines des armées, confrontées elles-mêmes à un besoin urgent de recrutement". Par ailleurs, l'objectif d'augmentation des personnels civils de la DRSD par rapport aux militaires se heurte bien sûr aux conditions financières de recrutement de spécialistes de haut niveau dans un contexte de forte concurrence concernant les spécialités considérées comme critiques : système d'information et de commandement et cyber notamment. La part de personnels civils de la DRSD doit passer de 21 à 25 % de 2014 à 2019.

La loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 a prévu le renforcement de la DRSD qui comptait 1.500 personnes en 2008, mais dont les effectifs avaient été ramenés à 1.052 personnes à la fin de l'année 2013. Cette remontée en puissance, amorcée en 2014, a connu une accélération dans le cadre de la lutte antiterroriste et de l'actualisation de la LPM de juillet 2015. Pour la fin de l'année 2016, l'effectif cible est ainsi passé à 1.190 personnes. Il devrait être de 1.307 personnes pour 2017 et de 1.543 personnes pour 2019.

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Commentaires
a écrit le 03/08/2017 à 15:05 :
Bonjour,
Les linguistes ou exploitants linguistes de langues rares et recrutés dans les services spéciaux militaires ou de l'Intérieur vont-ils obligatoirement à l'étranger travailler s'ils ont le statut civil et pas forcément militaire ?
merci
oreille
a écrit le 29/04/2017 à 11:20 :
Donne cours de Serbo Croate
a écrit le 28/04/2017 à 16:24 :
Donne cours de Serbo croate
a écrit le 28/04/2017 à 16:02 :
Donne cours de Serbo Croate.
a écrit le 27/04/2017 à 16:16 :
Des limites d'âge ?
a écrit le 26/04/2017 à 17:33 :
ça donne envie...
a écrit le 26/04/2017 à 17:04 :
Preuve qu'il est temps de supprimer le statut de la fonction publique qui n'a plus de sens au 21ème siècle. Les agents publics doivent être embauchés en CDI de droit privé.
a écrit le 26/04/2017 à 16:42 :
Tout est dit. Compétence de très haut niveau, salaire très bas, disponibilité sans limite donc pas de recrutement possible.
Si la sécurité du pays n'a pas de prix, elle a un coût.
a écrit le 26/04/2017 à 15:26 :
ça donne envie...
a écrit le 26/04/2017 à 15:03 :
Déjà, réduire des effectifs de 30 %, c’est soit de l’inconscience, soit de l’incompétence, soit du sabordage ? Même dans le privé on ne ferait pas ça.

Ensuite il faut recruter. Des profils, que même les startup ont du mal à trouver. Mais si on en croit le succès d’une entreprise de consultants US, c’est possible.
Il faudrait faire du benchmarking et s’inspirer de leurs méthodes et de leur culture.

Beaucoup d’équations à résoudre, sachant qu’il a des PPDC, à savoir l’intelligence et l’intégrité.
Des profils à la fois pointus techniquement, pour exploiter les outils, les technologies et les données. Capables d’avoir un esprit d’analyse pour savoir exploiter ces données, mais aussi pour savoir prévenir les menaces. L’important n’est pas l’information, mais l’analyse ou le sens que l’on peut lui donner.
Donc, des ingénieurs un peu paranos, avec un esprit d’analyse, ayant assez d’expérience pour pouvoir anticiper, assez cultivés pour faire preuve de discernement et pouvant s’intégrer à des structures très hiérarchisées. Je rajouterais par déduction : sans garantie qu’à la tête, il y aura un dirigeant capable de comprendre et de gérer l’ensemble (ce sont parfois les politiques qui pilotent).
Concernant la culture spécifique, c’est certainement la difficulté majeure. Car le monde actuel est plus confus, plus complexe et partiellement virtualisé, y compris au niveau des idées. Il faut s’adapter et comprendre des ennemis, qu’ils soient extérieurs ou même intérieurs, et qui semblent faire preuve autant d'imagination, que d’improvisation.

Pas sur que la fonction publique ait suivi les mêmes orientations "culturelles" et
d'organisation, d’où l’obligation de « déroger » à la règle, en recrutant des équipes pluridisciplinaires et multiculturelles.
Le cadre étant, de toujours de s’assurer d’œuvrer pour le pays et non pour d’autres intérêts. Il faudrait donc une sorte de Comite de Régulation de la sécurité et des libertés. En démocratie, l’un ne va pas s’en l’autre et rien ni personne ne devrait pouvoir déroger à cette règle. C'est aussi une question de sécurité nationale.
a écrit le 26/04/2017 à 14:33 :
ça donne envie....
a écrit le 26/04/2017 à 13:09 :
Et pendant ce temps-là en France, on choisit un capitaine de pédalo ignare et idéologue pour mener la barque (Hollande). Bon, on va le remplacer par son fils spirituel diront certains :-)
Réponse de le 26/04/2017 à 15:46 :
A la maternelle on disait c'est celui qui dit qui ait.

Je pense que le manque de respect vis à vis des gens est un problème d'éducation qui doit remonter à la petite enfance.

En résumé vous avez certainement le droit de le penser, mais un minimum de politesse et de respect envers la fonction reste la base.
Réponse de le 26/04/2017 à 18:18 :
@Ben Oit: je te signale qu'il a obtenu environ 20% des voix des inscrits au 1er tour (comme Macron d'ailleurs) et que je fais partie des 80% qui n'ont pas voté pour lui. C'est donc lui qui nous doit le respect et pas le contraire :-)
a écrit le 26/04/2017 à 11:53 :
Venant du monde de l'informatique, et même avec la fibre patriotique, le salaire est trop bas. Quand on voit des parlementaires grassement payés à poser leurs fesses toutes la journée c'est clairement pas équitable. Je vois pas l'intérêt de bosser pour eux.
a écrit le 26/04/2017 à 11:46 :
Non seulement le salaire est faible mais en plus vous ne pouvez pas une fois quitté la maison l indiquer sur votre CV histoire de pouvoir capitaliser dessus. Je connaissais quelqu un qui avait ete approché. Tout ce qu il pouvait mettre sur son CV c est "ingenieur telecom".
Meme si je reconnais que c est problematique si quelqu un indique sur linked in "ex espion DGSE" il faut bien reconnaitre que travailler pour eux c est vraiment de l altruisme
a écrit le 26/04/2017 à 11:03 :
1315,38 Euros !. Mais qui va travailler a ce tarif ?
Voyons en comparaison la paie d'un prefet ou bien d'un politique, qui ne rapportent rien en terme de retombees eco.
a écrit le 26/04/2017 à 10:38 :
il faut parfois casser les codes pour être efficace et particulièrement dans le domaine du renseignement et ce n'est pas forcément une question d'argent ; pourquoi ne pas créer une réserve du renseignement à disposition des différents services selon les besoins
a écrit le 26/04/2017 à 9:40 :
Le mieux que la DGSI puisse faire serait de débaucher les IR et IE en poste dans les administrations.

Parce que pour le reste vu la grille indiciaire c'est mort.

Le point d'indice est gelé depuis presque 10 ans, résultat dans un marché des TIC qui se porte bien il ne reste que les 5eme choix dont personne ne veut.

Il suffit de comparer les salaires du secteurs dans les enquêtes du CIGREF avec ce que propose la fonction publique pour comprendre qu'il y a un vrai souci.

Le salaire ne sont pas faible sur certains postes mais ils sont totalement sous le prix du marché.

La DGSI devait donc proposer des recrutements en CDI avec salaire libre.
En plus sur des profils à haute valeur que tout le monde s'arrache... la messe est dîte.
Réponse de le 26/04/2017 à 12:26 :
Pour ma part, la carrière m'intéressait. J'aurais même éventuellement pu passer sur le bas salaire.

Cependant, ils ne proposent que des CDD! Sérieusement? Aucune stabilité professionnelle, des bas salaires, et je suppose du coup du turn-over, pas de possibilité d'acquérir une expertise...

Je trouve cela très symptomatique de la France actuelle. Un domaine stratégique, nécessitant des connaissances pointues (et un investissement personnel important en plus des années d'étude), et voilà comment la France traite ses experts. Quel gâchis!
a écrit le 26/04/2017 à 7:45 :
Désolé, pas possible, on a "que" 3 millions de personnes au chômage. Rappelez plus tard ...

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