Voitures électriques : le défi des bornes de recharge face aux grands départs en vacances
Raphaël Melka
À l’heure du « chassé-croisé » sur les routes des vacances, les infrastructures des bornes de recharge pour voitures électriques se tiennent prêtes.
Reuters
Avec 5 % des vacanciers sur les routes en voiture 100 % électrique, la question des infrastructures de recharge devient cruciale. Pourtant, un marché en ralentissement inquiète les acteurs du secteur.
Alerte : Bison Futé prévoit une journée noire ce samedi sur les routes françaises. Alors que 5 % des « juilletistes » et des « aoûtiens » prendront la route en voiture 100 % électrique cet été, selon une étude OpinionWay, la question des bornes de recharge devient un sujet majeur. Saturation des stations, recharge en zone rurale... le chassé-croisé va mettre à l'épreuve les infrastructures de l'électromobilité. Sans compter que la France, carrefour entre le nord et le sud de l'Europe, voit affluer chaque été des milliers de véhicules électriques étrangers, qu'il faut aussi pouvoir recharger.
« L'autonomie a changé la donne »
Les pouvoirs publics se veulent rassurants. Depuis septembre 2023, le gouvernement a annoncé que toutes les aires d'autoroute françaises étaient désormais équipées de bornes de recharge, dont 80 % sont des modèles ultrarapides. Ces bornes permettent de retrouver vite plusieurs centaines de kilomètres d'autonomie, en général en moins de trente minutes. « 100 % du réseau autoroutier est équipé en bornes de recharge électrique. Ces points sont dimensionnés pour absorber les périodes de saturation, un peu comme un péage », explique Clément Molizon, délégué général de l'Association nationale pour le développement de la mobilité électrique (Avere). Aujourd'hui, la France compte près de 155 000 points de recharge publics, répartis sur environ 48 000 stations. Cela représente environ 14 fois plus que le nombre de stations-service classiques, estimé à 11 000 dans le territoire.
L'autonomie des véhicules a aussi nettement progressé. La plupart des modèles familiaux récents permettent de parcourir entre 400 et 600 kilomètres sur autoroute. Grâce à cette évolution, les pauses recharge s'intègrent désormais plus naturellement aux trajets. « L'autonomie a changé la donne. Les utilisateurs s'arrêtent moins souvent », observe Ehsan Emami, président de Qovoltis, fabricant français de bornes connectées. Selon lui, la saturation des bornes n'est plus un problème majeur. « Ce qui était un point noir n'est plus un sujet. Il y a suffisamment de bornes aujourd'hui. »
Anticiper pour ne pas être pris au dépourvu
Mais dans certaines zones peu peuplées, le réseau reste plus léger. Sans conséquence pour Ehsan Emami : « Il y a moins de gens, donc moins de bornes. Mais par rapport à la population, ce sont des régions assez bien équipées. » Reste que pour les conducteurs qui n'ont pas de borne à domicile ou dans leurs lieux de villégiature estivale, il faut s'organiser. Le mot-clé est anticipation. Des applications comme Chargemap ou ABRP permettent de planifier les arrêts selon l'autonomie du véhicule, la puissance des bornes et l'heure de passage. Sortir de l'autoroute peut parfois faire gagner du temps, en visant une zone commerciale ou un parking public. Et, si possible, éviter les heures de pointe.
Au-delà de ces contraintes ponctuelles,c'est la viabilité du modèle économique de la mobilité électrique qui est remise en question. En France, le marché des voitures électriques ralentit. Elles représentent seulement 16,9 % des immatriculations neuves en 2024, contre 16,8 % en 2023, selon une étude de Deloitte. C'est peu, surtout si l'on compare à des pays comme la Norvège (96 % des immatriculations). « La croissance du marché de l'électrique est un peu en berne », constate Ehsan Emami. Cette stagnation inquiète les acteurs du secteur des bornes. « Les infrastructures sont très consommatrices de capitaux. La rentabilité n'est possible que si les véhicules électriques se multiplient », insiste Clément Molizon.
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L'incertitude autour des règles européennes n'aide pas. Initialement, la fin des ventes de voitures thermiques était prévue pour 2035. Mais un report est désormais évoqué. Or, « moins la trajectoire de décarbonation est claire, plus les constructeurs sont incités à limiter leurs investissements », résume Clément Molizon.