Comment Nicolas Hulot veut amplifier la rénovation énergétique des bâtiments

Par César Armand  |   |  1095  mots
15 millions de foyers français auraient une consommation 6 à 9 fois supérieure aux normes actuelles. (Crédits : Enedis)
La rénovation énergétique des bâtiments est une priorité affichée par le gouvernement. Mais qu'en est-il deux mois après le plan lancé par Nicolas Hulot ? La CDC sera mobilisée avec 3 milliards d'euros de prêts aux collectivités.

C'était il y a presque deux semaines : lors du conseil des ministres du 4 juillet dernier, le ministre de la Transition écologique et solidaire fêtait le premier anniversaire de son plan Climat, et notamment son plan de rénovation énergétique des bâtiments lancé le 26 avril. Celui-ci prévoit « un volet important en direction des ménages précaires qui prévoit des aides financières via le crédit d'impôt transition énergétique, le doublement des certificats d'économie d'énergie, les prêts bonifiés aux bailleurs sociaux et la création d'un fonds de garantie pour faciliter les prêts aux copropriétés et aux ménages aux revenus modestes », a listé Nicolas Hulot.

Un énième plan, après toutes les actions prises tous azimuts depuis dix ans par le ministère de la Cohésion des territoires et par le ministère de la Transition écologique et solidaire à l'origine pilotées par le ministère commun de l'Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement ? « Il y avait une déperdition par des politiques pas nécessairement accordées. Aujourd'hui, au contraire, on ressent un vrai niveau de maturité dans la compréhension des enjeux, analyse la présidente d'Économie d'énergie Myriam Maestroni. Là, on devient plus précis dans les besoins et on assure des travaux dans l'ensemble du parc immobilier français. »

Trois milliards d'euros de prêts aux territoires

Pour la première fois, en effet, l'exécutif a mis sur la table des objectifs chiffrés pour le secteur public : un quart des bâtiments de l'État rénové et jusqu'à trois milliards d'euros de prêts aux collectivités locales via la Caisse des dépôts. Nicolas Hulot a même prévu la création d'un observatoire d'évaluation sur l'impact de ces mesures et leur suivi statistique.

« L'argent public est fléché en priorité vers les crèches, écoles, collèges et lycées. C'est subtil car cela permet d'avoir un rôle auprès de nos enfants », ajoute encore Myriam Maestroni. Elle-même dispose de 84 plateformes numériques permettant de répondre à ces enjeux : quels travaux ? Quand dois-je commencer ? Puis-je inclure des certificats d'économie d'énergie (CEE) ?

Le nombre de CEE devrait justement doubler selon le ministre d'État. Leur utilisation ne date pas d'hier cependant. « En dix ans, il y a eu une explosion du dispositif de massification ce qui a fait gagner beaucoup d'argent à de nombreux utilisateurs par leur non-consommation d'énergie », avance Benoît Ferres de Cameo Energy.

Concrètement, ce dirigeant fait une proposition commerciale avec un devis de travaux au directeur technique d'un bailleur, le met en relation avec un fournisseur d'énergie, sécurise le prix le temps des travaux et une fois ceux-ci terminés, édite un procès-verbal de réception. « Entre les énergéticiens, les installateurs, les fabricants et les consommateurs, nous avons créé un standard d'intermédiation, et grâce à la prime CEE, les travaux coûtent parfois zéro euro », assure ainsi Benoît Ferres.

Capteurs ou sobriété énergétique ?

Car il y a urgence. 15 millions de foyers français auraient, en effet, une consommation d'énergie 6 à 9 fois supérieure aux normes actuelles définies par la réglementation thermique 2012 (RT2012). Sans parler des 31% d'émissions de gaz à effet de serre générées par ce secteur. Or, des bâtiments de mauvaise qualité entraînent des maladies mentales (anxiété, dépression...) voire des maladies respiratoires et cardiovasculaires.

Des professionnels prennent, eux, le virage de la révolution numérique pour traiter le mal à la racine sans nécessairement passer par la case chantier. La société Oze-Energies relève les données de ses capteurs en temps réel, les traite avec de l'intelligence artificielle, avant de formuler des recommandations avec des listes d'actions à suivre. « C'est une erreur commune de croire que l'optimisation énergétique passe uniquement par des travaux, explique son fondateur Gilles Nozière. Nos capteurs communicants relèvent la température des lieux, l'humidité, la qualité de l'air ou encore la luminosité. Les mesures objectives sont consultables sur une interface tous écrans et les occupants peuvent signaler leur ressenti en flashant un QR code, répondre à un bref questionnaire et contribuer à optimiser le confort des locaux. »

Docteur en énergie, Yamina Saheb considère, au contraire, « qu'il n'y a pas plus smart que l'être humain : les gadgets ne pourront jouer un rôle que si l'on y met de la sobriété (capacité à baisser la demande) et de l'efficacité (à réduire la consommation ». L'ingénieure se méfie également d'un plan gouvernemental « assez décevant », estimant que « le marché de la rénovation énergétique est un marché artificiel créé par l'argent public ».

Un labyrinthe d'aides publiques

Ce ne doit pas être l'avis de la jeune pousse Archionline qui propose aux visiteurs de son site Internet de lui soumettre un projet, une surface et une localité. Puis, son logiciel scanne les mots-clés et envoie des alertes en interne aux spécialistes de l'architecture et du bâtiment. Ces derniers rappellent ensuite ces prospects et leur proposent un plan de financement selon des critères de ressources.

« On propose un programme, on aide à remplir le dossier en y renseignant les aspects techniques du projet, raconte son directeur général Grégoire Leveque, de même qu'on leur fournit un tableau d'amortissement qui indique les économies futures sur leurs factures d'énergie. La valeur d'un patrimoine rénové peut rapidement croître de 5%. »

Le startupper met également gratuitement à disposition sur son portail un article recensant l'ensemble des dispositifs pour s'y retrouver dans ce labyrinthe : crédit d'impôt à la transition énergétique, éco prêt à taux zéro, aides de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), prime énergie et certificats d'économie d'énergie, pacte énergie solidarité et les aides locales. Au lendemain des annonces de Nicolas Hulot, cette page aurait été consultée 800% fois plus en mai 2018 qu'en mai 2017, avance Grégoire Lévêque.

En revanche, le décret instaurant le carnet numérique de suivi et d'entretien du logement, créé par la loi sur la transition énergétique et la croissance verte (loi Royal) de 2015 et mentionnant l'ensemble des informations utiles « à la bonne utilisation, à l'entretien et à l'amélioration progressive de la performance énergétique »  du logement, se fait toujours attendre. Il devait être obligatoire pour le neuf dès le 1er janvier 2017 et pour l'ancien à la vente au 1er janvier 2025.