Logement : comment lutter contre l'exclusion ?

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Depuis plusieurs décennies, il devient de plus en plus ardu d'obtenir un logement dans les zones à très forte demande. On comprend mieux pourquoi les ménages ayant obtenu un logement social y restent pour continuer à bénéficier d'un loyer modéré.
Depuis plusieurs décennies, il devient de plus en plus ardu d'obtenir un logement dans les zones à très forte demande. On comprend mieux pourquoi les ménages ayant obtenu un logement social y restent pour continuer à bénéficier d'un loyer modéré. (Crédits : © Youssef Boudlal / Reuters)
Inclure les populations dans les villes nécessite en premier lieu de leur donner accès aux logements qu'elles demandent. Mais dans les grandes villes françaises, les blocages sont nombreux.

Il ne peut y avoir de ville « inclusive » sans logements abordables pour ses habitants. Cela coule de source. Pourtant, dans les grandes villes, trop de familles sont prises à la gorge par le prix trop élevé de leur habitation. En 2013, les ménages français consacraient 27,1 % de leurs dépenses de consommation au logement (allocations comprises), contre 21 % en 1984, selon l'Insee. À titre de comparaison, c'est deux fois plus que la part allouée à l'alimentation ou aux transports. Et au sein de la « dépense logement », les loyers (réels et imputés) représentent près des trois quarts, contre 18 % pour l'énergie et l'eau, et 10 % pour les charges. Nombre de familles sont donc obligées d'accepter des conditions de logement insatisfaisantes, voire de s'installer en périphérie. Pire, dans certaines zones, les ménages ne peuvent plus faire face et se retrouvent en situation d'exclusion.

Au niveau national, on considère ainsi qu'il manque près de 900 000 habitations salubres à des prix abordables. Ce qui correspond, selon les données de la Fondation Abbé Pierre, au nombre de personnes qui se trouvent sans domicile fixe, qui vivent dans des habitations de fortune, qui sont en hébergement « contraint » chez des tiers et dont la résidence principale est une chambre d'hôtel. Plus globalement, 12,1 millions de personnes sont touchées à des degrés divers par la crise du logement, toujours selon les indications de la Fondation Abbé Pierre. Nos villes ont donc un lourd passif vis-à-vis des conditions de logement de leurs habitants. D'un point de vue pragmatique, il faudrait donc augmenter la construction de logements sociaux de qualité, afin de lutter au mieux contre les phénomènes d'exclusion, d'autant que 60 % des ménages français sont éligibles au logement social, selon le ministère du Logement et de l'Habitat durable.

Mais ce secteur dans lequel vivent 17,6 % des ménages est bloqué, et le parcours résidentiel des ménages avec. Le délai d'attente pour accéder à un logement social peut atteindre dix ans ! En effet, alors que près de 18 % des habitations du parc privé sont libérés chaque année, seuls 10 % des logements sociaux le sont. Pire, ce taux s'établit à 6 % en Île-de-France, et à 4,5 % à Paris ! En réalité, plus les zones sont tendues, plus le taux de rotation des appartements sociaux est faible. Il faut dire que sur ces territoires, les ménages ont subi la hausse des prix de l'immobilier par rapport à leurs revenus. Depuis 2000 à Paris, les tarifs ont augmenté deux fois et demie plus vite que les revenus des ménages. En Île-de-France, ils ont crû deux fois plus vite, et, sur le reste du territoire, la hausse est de 1,56, selon un rapport du Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD).

1,2 million de demandes en attente

En proportion de leurs revenus, ceux qui paient le plus fort tribut de cette folle augmentation des prix sont les locataires du secteur privé (20 % d'entre eux consacrent plus de 40 % de leurs revenus pour se loger), ainsi que les propriétaires accédants, ceux qui empruntent massivement pour acquérir, même s'ils peuvent toujours revendre leur bien en cas de pépin. Autre preuve que l'accès au logement est difficile : une récente étude de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme (IAU) montre que six étudiants sur dix en Île-de-France habitent toujours chez leurs parents ! Un taux nettement supérieur à celui observé dans les autres régions, notamment en raison du coût élevé des loyers dans la région.

Depuis plusieurs décennies, il devient de plus en plus ardu d'obtenir un logement dans les zones à très forte demande. On comprend mieux pourquoi les ménages ayant obtenu un logement social y restent pour continuer à bénéficier d'un loyer modéré. « Devant la flambée des prix du marché privé, le logement social est désormais envisagé à la fois comme un logement pérenne et comme un recours en cas d'accident de la vie », confirme l'Union sociale pour l'habitat. Mais de ce fait, la machine est grippée et la file d'attente pour accéder à ce type d'habitat devient immense et exige de se montrer patient : en 2014, quelque 1,2 million de personnes était en attente d'attribution, dont plus du tiers pour la seule région Île-de-France !

Pour remédier à cette situation, des solutions sont régulièrement avancées : durcir la politique des surloyers pour les ménages dont les revenus augmentent et dépassent les plafonds de ressources, limiter le nombre de logements « sousoccupés » par des ménages vieillissants qui n'ont plus leurs enfants à charge, ou encore remettre en question le principe de « maintien dans les lieux » des locataires HLM. Mais en cette forte période de crise, il serait politiquement dévastateur de détricoter des dispositifs qui protègent les ménages modestes des aléas de la vie. Charge donc aux bailleurs sociaux de mieux organiser la mobilité au sein de leur parc locatif.

L'une des solutions avancées pour fluidifier le marché du logement et réduire la pression sur les prix est d'accroître l'offre. De ce point de vue, l'optimisme est de mise, car les chiffres de la construction en France sont en forte hausse en 2016 : les mises en chantier grimpent de 8,1 % sur douze mois à 370 000 logements, et les permis de construire ont augmenté de 14,3 %, à 432 300 unités. De quoi converger progressivement vers la barre symbolique des 500000 logements mis en chantier.

L'accès à la propriété favorisé

Toutefois, considérer la politique du logement à travers le seul prisme de l'offre serait une erreur, surtout dans les zones tendues où les déséquilibres entre l'offre et la demande sont structurels. Une politique visant à soutenir la demande doit donc être aussi mise en oeuvre. Là aussi, le gouvernement a déjà pris des mesures allant dans ce sens afin notamment de favoriser l'accession à la propriété. L'élargissement du prêt à taux zéro dans le neuf et dans l'ancien depuis le 1er janvier dernier est en l'exemple le plus connu. Une autre possibilité innovante pour détendre les marchés immobiliers serait de proposer un plus grand nombre de biens locatifs à des loyers dits « intermédiaires » pour les classes moyennes, c'est-à-dire à des prix 15 à 20 % inférieurs à ceux du marché. La Ville de Paris expérimente ainsi deux dispositifs de ce type : d'une part, l'encadrement des loyers qui déplaît à certains mais qui, dans une zone aussi recherchée, pourrait redonner du pouvoir d'achat aux classes moyennes. D'autre part, afin de satisfaire davantage les propriétaires et les professionnels de l'immobilier, la capitale a instauré une mesure financièrement incitative nommée « Multiloc' » qui remet sur le marché locatif des biens vacants à des loyers 20 % inférieurs à ceux du marché, et sous conditions de revenus du locataire.

Enfin, la colocation et la cohabitation intergénérationnelle (un jeune logé par un senior) sont deux pratiques déjà anciennes qui se démocratisent de plus en plus. Elles restent néanmoins des solutions de fortune pour des personnes ne pouvant assumer seules le prix d'un loyer. Autant d'exemples qui pourraient, mis bout à bout, permettre à terme de déverrouiller les marchés les plus tendus et ainsi inclure davantage les foyers les plus modestes.

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a écrit le 16/12/2016 à 14:53 :
Votre intervention, ne prend pas en compte la modification de la structure du marché après la crise de 1996 et l'intégration verticale du marché avec sa composante de financement de la promotion qui implique que la mise en chantier ne se réalise que si la commercialisation est assurée.
Ceci implique que l'État finance indirectement deux fois via l'APL et via le placement locatif avec garantie de loyer.
Cfhttp://www.gestetic.org/article-les-risques-du-marche-immobilier-fran-ais-68362707.html
a écrit le 15/12/2016 à 7:57 :
Beneficier d'un HLM est une vrai opportunité dans la vie, un coup de pouce, qu'on laisse perdurer à des bénéficiaires qui pourraient basculer dans le privé, laissant la place à des gens plus nécessiteux.
1) Le bail HLM ne devrait pas être soumis au systeme 3x6x9 du privé, mais révocable à chaque changement de situation financière ou familiale (diminution de nombre d'occupants)
ainsi, il y aurait une rotation du parc
Je trouve surprenant de voir des retraités dans des f5...
Des actifs, logés en HLM, pouvant acheter des résidences secondaires..
2) Les structures familiales évoluant, il y a de plus en plus de célibataires, les HLM devrait construire davantage d'appartement plus petit, F1-F2, permettant le "coup de pouce" à des actifs modestes, ou le transfert de retraités habitant de grands appartements dans de plus petits.
Cela favoriserait une mixité, jeune senior, petite famille grande famille...
3) Les APL devraient être réservés à des logements décents, économes en énergie, et non pas à loger des cas sociaux dans des logements insalubres, faisant le profit des marchands de sommeil
4) Mettre des amendes aux profiteurs, travaillant au noir, qui officiellement montrent des feuilles d'impôts les rendant éligibles, mais qui dispose d'un très bon train de vie
a écrit le 14/12/2016 à 23:36 :
Est-ce réellement cohérent qu'autant de personnes habitent et travaillent sur une si petite surface qu'à Paris alors que des villes de province manquent de monde.
Sinon au lieu de bétonner des logements, il faudrait faire revenir des entreprises de production industrielles et agroalimentaires dans les centre villes pour donner du travail à la frange la plus pauvre de nos concitoyens.
Pour les logements, le jour ou l'état garantira le paiement des loyers et des destructions, il n'y aura plus besoin de construire des logements, il en sortira de partout.
Réponse de le 15/12/2016 à 0:08 :
Les régions de province ont un atout à gagner en favorisant l'implantation des entreprises en diminuant les charges et les taxes locales. La ville de Vitré l'a bien fait par exemple en Bretagne, ce qui a crée des milliers d'emplois.
a écrit le 14/12/2016 à 15:12 :
Arrêter de subventionner la politique nataliste tant que nous ne saurons pas gérer notre planète ni exporter dans l'univers nos excès de population est la meilleure option. Certains rêvent de rétablir l'esclavage et de pouvoir parquer les ouvriers/consommateurs comme le bétail de l'industrie agroalimentaire.
a écrit le 14/12/2016 à 14:38 :
Comment lutter contre l'exclusion?... En arrêtant de faire du turbo-socialisme. Non? Je demande c'est tout!
a écrit le 14/12/2016 à 9:59 :
A force de vouloir faire du social, les classes moyennes sont étouffées par le poids du logement qu' elle doivent payer y pour vivre alors que les "sociaux" qui ne payent pas d' impôts et recoivent moultes allocations occupent le terrain au frais du contribuable. chercher l' erreur.
ça me rappelle les retraités de la SNCF à 52 ans payées par ceux qui travaillent jusqu' à 62 ans.
Elle est belle la justice "sociale".
Réponse de le 14/12/2016 à 11:14 :
genre et la tva et les centaines de droits divers c'est quoi, c'est pas de l'impot, c'est du don ? le don c'est pas obligatoire, si la tva est un don qu'on fait à l'Etat alors j'arrête de la payer à chaque achats. C'est bien avec ce genre d'analyse id... qu'on se retrouve avec un des plus valus de pea taxées jusqu'à 65% quelque soit le revenu...
Réponse de le 15/12/2016 à 11:36 :
Ben ce qu'on oublie de dire (mon grand-père était cheminot), c'est qu'à la sncf ce sont de petites retraites, il a du travailler encore 10 ans dans le privé pour vivre correctement. (10 ans rapportaient plus que 25)
Par contre ce qui ne va pas du tout ce sont les fonctionnaires ayant commencé à 25 ans qui partent à taux plein avant 60 ans en n'ayant pas effectué leurs ~ 180 trimestres éxigés dans le privé, la c'est du vol pour la nation et une injustice pour ceux qui créent les richesses.
a écrit le 14/12/2016 à 9:59 :
Il y a aussi une autre option. Reprendre une politique dynamique et incitative fiscalement
de décentralisation des entreprises. Concentrer 12 millions de personnes en île de France
entraîne forcément un manque de logements. Une telle concentration nécessite des investissements dans les infrastructures , une pollution de moins en moins supportée par la population. Il existe dans notre pays, des régions complètement désertes ou le prix du M2 pour se loger est autour de 2000 euros contre 8000 en IDF.Des communes qui proposent des terrains à construire pour 1 euro symbolique. Avec les nouvelles technologies et des transports efficaces, décentraliser massivement est possible dans les années à venir.
Réponse de le 14/12/2016 à 11:45 :
ça demanderai de la stratégie et une vision long terme, ils n'ont déjà pas été capable de préserver une solution à l'industrie de l'armement léger alors qu'ils avaient eu 30 ans pour chercher, il faut pas espérer qu'il y'aura une stratégie de décentralisation, au mieux ce sera une décentralisation anarchique qui raboutira à une centralisation en disant: "vous voyez c'est pire"...
a écrit le 14/12/2016 à 9:41 :
il suffit d'augmenter les impots locaux,cela fait baisser le prix de l'immobilier ,donc cela permet a des gens avec peu de moyens d'obtenir un crédit raisonnable
Réponse de le 14/12/2016 à 15:53 :
C'est plutôt l'inverse.
a écrit le 14/12/2016 à 9:13 :
Au lieu de s'obstiner à essayer de faire baisser les prix dans une zone (la raison de la demande forte est majoritairement dû à la proximité de l'offre d'emploi), pourquoi ne pas "décentraliser" le travail. Les techno de communication le permettraient facilement aujourd'hui (télé travail, vidéoconf, etc.). Mais là on est confronté au conservatisme de nos dirigeants (état ou entreprise) pour qui l'Ile de France voir La Défense, est la seule voie, pourtant il y a une vraie demande des employés.
Réponse de le 14/12/2016 à 10:27 :
Vous avez parfaitement raison. Dans les années 60 (ça date) , il existait un organisme public, la Datar qui était chargé d'inciter les entreprises à quitter la région parisienne moyennant des avantages divers. Aujourd'hui, il semble que la décentralisation n'intéresse pas les politiciens, c'est dommage car comme vous le dites , les technologies actuelles permettent de travailler ou l'on veut.
a écrit le 14/12/2016 à 9:13 :
Au lieu de s'obstiner à essayer de faire baisser les prix dans une zone (la raison de la demande forte est majoritairement dû à la proximité de l'offre d'emploi), pourquoi ne pas "décentraliser" le travail. Les techno de communication le permettraient facilement aujourd'hui (télé travail, vidéoconf, etc.). Mais là on est confronté au conservatisme de nos dirigeants (état ou entreprise) pour qui l'Ile de France voir La Défense, est la seule voie, pourtant il y a une vraie demande des employés.
a écrit le 14/12/2016 à 8:34 :
y a quand meme contradiction a dire que les classes moyennes devraient avoir un loyer en dessous du marche, vu que c'est le gros du marche, precisemment!
moi je dirais plutot que les prix sont 25-30% trop chers ( ce qu'on sait depuis pas mal de temps, qque soit la methode de calcul)
les obligations energetiques, les normes de constructions debiles, et les politiques deplacees de la bce ne vont pas dans le sens que ca aille mieux
Réponse de le 15/12/2016 à 11:51 :
On a une chose en île de France et beaucoup de grandes villes soigneusement passée sous silence, ce sont les charges qui sont des sommes invraisemblables, visiblement il y a quelque chose d'opaque, sans doute des marges arrières ou autres car il n'y a visiblement pas de normes.
Dans les années 50 ça ne dépassait pas 5%, cette somme était largement suffisante à l'époque et l'est encore, ce qui dépasse entre dans des poches bien profondes au plus grand bonheur de quelques trop nombreux margoulins.

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