OGM : le moratoire français a du plomb dans l'aile

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La Cour de justice européenne a demandé à Paris de revoir sa copie sur la suspension de la culture du maïs génétiquement modifié de Monsanto. La balle est dans le camp du Conseil d'Etat.

En demandant jeudi à Paris de revoir sa copie sur la suspension de la culture du maïs génétiquement modifié de Monsanto, la justice européenne a porté un coup au moratoire décrété par la France et six autres pays européens sur la culture de cet OGM controversé. La Cour de justice européenne n'a pas tranché pour déterminer si la décision prise par la France en 2008 d'interdire la culture de l'OGM MON 810 était légale ou non, mais elle a clairement indiqué que cette décision ne reposait pas en l'état sur une base juridique acceptable.

Avant d'interdire la culture de cet OGM, la France aurait dû informer préalablement la Commission européenne et établir l'existence d'une situation susceptible de présenter un risque important mettant en péril "de façon manifeste" la santé et l'environnement, a affirmé la Cour. Ce sera au Conseil d'Etat français, la plus haute juridiction administrative du pays, de décider si Paris a respecté le droit pour interdire la culture du MON 810 sur son territoire.

Si le Conseil d'Etat suit les recommandations de la Cour de Luxembourg et estime que les autorités françaises n'ont pas respecté la procédure d'interdiction alors "on risque de voir réapparaître les OGM dans nos champs dès le printemps prochain", a mis en garde Sylvain Tardy, directeur des campagnes de Greenpeace France.

Toutefois, au cas où la décision prise en février 2008 était annulée le gouvernement français prendrait "une nouvelle clause de sauvegarde" pour maintenir l'interdiction de la culture du MON 810 en France, a aussitôt prévenu la ministre française de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet.

Cela promet de vives discussions avec la Commission. Bruxelles demande en effet que la décision d'interdire la culture d'OGM soit motivée scientifiquement et validée par l'Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa). Or cette agence, accusée par des associations comme Greenpeace d'être "infiltrée" par les multinationales de l'agro- chimie , a toujours donné des avis favorables à l'autorisation d'OGM dans l'UE.

L'évaluation scientifique présentée par la France en 2008 pour justifier l'interdiction de la culture de l'OGM de Monsanto avait été jugée irrecevable par l'Efsa, a rappelé le porte-parole de la Commission pour la Santé et les consommateurs, Frédéric Vincent. Bruxelles, se basant sur l'avis de l'Efsa, avait demandé à Paris de revenir sur sa décision d'interdire la culture de cette variété de maïs, conçue pour résister à un papillon nuisible, la pyrale.

Le risque est grand que le même scénario se répète si Paris présente une nouvelle clause de sauvegarde, a confié une source européenne.

EuropaBio, l'association qui représente les intérêts de l'industrie biotechnologique au niveau européen, s'est félicité de l'arrêt de la Cour. "La Cour de justice européenne a rendu un verdict clair: les Etats de l'UE ne peuvent interdire la culture d'OGM en se basant sur des mythes et des oui-dire", a affirmé Carel du Marchie Sarvaas, directeur d'EuropaBio qui représente notamment les intérêts du géant américain Monsanto en Europe. "Les scientifiques européens ont montré encore et encore que la culture OGM ne représente aucun danger pour la santé et l'environnement", a-t-il dit.

Mais cet avis est loin de faire l'unanimité notamment en Europe. Six autre pays - Allemagne, Hongrie, Grèce, Luxembourg, Autriche et Bulgarie - ont comme la France suspendu la culture du maïs de Monsanto sur leur territoire. Seuls deux OGM sont cultivés dans l'UE : le maïs MON 810 en Espagne, au Portugal, en République tchèque et en Slovaquie, et la pomme de terre OGM Amflora développée par le groupe allemand BASF, en Allemagne et en Suède.

Des cultivateurs ont demandé quinze autres autorisations, concernant pour la plupart des maïs génétiquement modifiés.

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Commentaires
a écrit le 09/09/2011 à 17:45 :
Mais non: les OGM ne sont pas dangereux, pas plus que ne l'étaient l'amiante il y a 50 ans, le nucléaire il y a 30 ans, les farines animales il y a 20 ans, ni que les produits financiers innovants il y a encore 4 ans! Et j'en oublie.
a écrit le 09/09/2011 à 9:46 :
merci l'Europe qui n'écoute en définitve que les lobbies industriels et fait fi de l'avis des citoyens. et la prochaine fois on s'étonnera encore de voir les élections européennes boycottées par les électeurs. Avec l'Europe on atteint des sommets quant au décallage entre le citoyen et ses élus.
Réponse de le 09/09/2011 à 13:18 :
Quelle horreur !! Des graines qui ne se laisseront pas manger par les insectes ? On ne va plus pouvoir épandre des tonnes d' insecticide !! C' est insupportable !
Réponse de le 09/09/2011 à 16:00 :
si les graines ne se laisseront plus becqueter par les insectes, pour sûr que le maïs OGM ne sera pas bon pour nous également (NB : les insctes sont plus résistants que les hommes)

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