Applications mobiles santé : les pièges à éviter

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Sur l'Apple Store, les applications de m-santé pullulent.
Sur l'Apple Store, les applications de m-santé pullulent. (Crédits : Capture d'écran dmd santé)
Intrusion dans les données personnelles, efficacité médicale non prouvée... l'offre d'applications mobiles dédiées à la santé connaît un déchet important: 80% de ces nombreuses applications (100.000 dans le monde) ne sont pas recommandées par DMD Santé, une startup qui propose une approche collaborative de l'évaluation des productions.

Alors qu'en France, il n'existe aucune structure rattachée au ministère de la Santé pour évaluer et labelliser les applications mobiles dédiées à la santé ("m-santé"), plusieurs acteurs s'attachent à trier le bon grain de l'ivraie. Medappcare, par exemple, est une société européenne évalauant des applications de m-santé à destination des industriels et praticiens.

Mais le pionnier de la notation des utilitaires e-santé en France est DMD Santé. Cette startup créée par deux médecins et un ingénieur en technologies de l'information et de la communication, teste et sélectionne depuis trois ans les applis utiles, et ce, de façon collaborative. "Un réseau de plus de 1.000 personnes (associations de patients et 1/4 professionnels de la santé notamment) contribuent à les tester et les noter", explique Guillaume Marchand, président de DMD Santé.

80% des applications sont jugées peu utiles

Education à la santé, suivi d'une pathologie, prévention.... les applis de m-santé pour les patients font florès (60% du marché leur est dédié), pas facile de s'y retrouver. Au total, seules 20,4% des applications testées sont recommandées par DMD. Les autres "sont trop chères, n'ont pas de design correct [pas suffisamment bien réalisées, Ndlr] ou sans aucun intérêt. Par exemple, on trouve beaucoup de quiz santé à l'issue desquels l'on reçoit une note, mais sans intérêt médical avéré", relève Guillaume Marchand. Alors que des "pans entiers de la médecine ne disposent d'aucune offre sur ce type de plateforme".

20,4% d'applis recommandées, cela semble peu. Mais la qualité des productions va en s'améliorant. "Il y a un peu plus d'un an, nous recommandions seulement 14% du marché. Mais celui-ci est ultra-dynamique: 1% du marché est mis à jour quotidiennement."

Les critères pour bien choisir

Du déchet, mais pas de danger pour autant. Seules trois productions parmi les centaines passées au scanner par la startup ont réellement posé problème. "Un suivi pour la contraception qui ne comptait que 30 jours par mois, un guide oubliant de rappeler que, pour un accident cardio-vasculaire cérébral, l'homéopathie ne remplaçait pas un traitement classique", énumère notamment le président de DMD Santé. Pour le reste des applications, il faut être attentif aux points suivants:

  • Le secret médical qui peut être bafoué

Si 75% des applis santé grand public sont gratuites, elles comportent bien souvent une contrepartie gênante: la publicité. "Les bandeaux publicitaire en bas des applis lancées implique que l'on fouille votre téléphone à votre insu. On s'est penché sur la violation du secret médical. Par exemple, si je suis séropositif et que j'utilise une application en lien avec le sida, ai-je envie qu'une régie publicitaire le sache et se renseigne sur mon mail, mes autres applications, mon carnet d'adresses?", s'interroge le président de DMD Santé.

  • Des éditeurs plus reconnus que d'autres

Le choix de l'éditeur importe également. Il est important de savoir s'il a conçu des applications auparavant. "De grands éditeurs médicaux comme Masson,  Elsevier font souvent de la qualité, je n'ai jamais eu de retour négatif, assure Guillaume Marchand. Ils ne se plantent pas, c'est leur cœur de métier."

Le médecin conseille également les productions des laboratoires, mutuelles et  assurances pour le contenu. S'il concède que cela peut sembler "ironique après avoir évoqué les problèmes d'accès aux données personnelles", il souligne " les contraintes juridiques et réglementaires de ces grands groupes, et leur volonté de préserver une image de marque telle que leurs applis sont lues, relues, validées par des comités scientifiques - étant donné qu'elles en ont les moyens financiers par ailleurs".

  • Des avis nombreux et une valeur médicale sourcée

Autre règle: un service payant n'implique pas un critère qualité (prix médian des applications payantes: 2, 55 euros). Il faut "se fier aux avis sur les stores lorqu'il y a 400 - 500 avis au moins. Quand il n'y en a que 6, c'est délicat. Nous avons remarqué que des productions posaient problème dans la véracité des informations délivrées: elles avaient 4 étoiles, mais très peu d'avis".

La "valeur médicale" passe également par un produit bien sourcé. "Comme la santé en général, la médecine mobile doit être fondée sur des preuves et citer des sources médicales."

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