Electricité et nucléaire : "Londres a accepté toutes les demandes d'EDF"

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Le secrétaire d'Etat à l'énergie explique la réforme de l'électricité britannique, dont la période de consultation se clôture ce jeudi.

Vous êtes en train de lancer la plus grande réforme de l'électricité en Grande-Bretagne depuis la privatisation du secteur il y a vingt ans. Pourquoi ?

Le marché actuel ne fonctionnait pas. Le tiers de nos centrales à charbon va fermer d'ici à 2015, l'essentiel des autres centrales à charbon fera de même d'ici la fin de la décennie et toutes nos centrales nucléaires vont fermer, sauf une, d'ici à douze ans. Or, pour l'instant, il n'y a pas assez d'investissements pour les remplacer. Dans la décennie à venir, le niveau d'investissement doit être le double de ce qu'il était la décennie passée, avec environ 130 milliards d'euros rien que dans l'électricité, voire 220 milliards en comptant tout le secteur de l'énergie.

Est-ce un échec de la privatisation de l'électricité ?

Nous nous sommes trop concentrés sur le prix de l'électricité, mais pas assez sur la façon de s'assurer qu'il y aura assez d'investissement pour le long terme. Le régulateur, l'Ofgem, avait jusqu'à très récemment comme attribution de défendre les consommateurs aujourd'hui. Cela a récemment été changé pour qu'il défende aussi à l'intérêt des consommateurs pour l'avenir.

Le Royaume-Uni peut-il réussir à relever ce défi électrique, d'autant qu'il faut en même temps quadrupler la part de l'électricité renouvelable (de 7% aujourd'hui à 30% en 2020) ?

Oui. L'éolien sera le secteur qui contribuera le plus à nos besoins. Nous sommes déjà les premiers au monde dans l'éolien en mer, avec 1,3 gigawatt installé. Beaucoup d'autres centrales éoliennes en mer sont en cours de préparation. L'éolien terrestre sera aussi important.

L'éolien en mer est cependant un saut dans l'inconnu, puisque cela n'existe actuellement presque pas...

L'objectif est d'installer 14 gigawatts "off shore" d'ici 2020 (dix fois plus qu'actuellement, Ndlr). C'est pour cela que nous avons un programme pour aider les ports à développer leurs infrastructures (pour recevoir les énormes pales et piliers des éoliennes en mer, Ndlr). Nous avons déjà des entreprises au Royaume-Uni qui testent les plus grandes turbines au monde, de 7,5 mégawatts. Nous avons aussi l'usine de test de pales d'éoliennes la plus grande au monde, permettant de tester des pales de 100 mètres.

Comptez-vous aussi sur le nucléaire ?

Le nucléaire est très important, à condition qu'il ne touche pas d'aides publiques. Les centrales nucléaires doivent être responsables de leur coût de construction, de leur fonctionnement, de leur démontage et de la gestion des déchets de long terme.

N'y a-t-il pas un risque que les centrales nucléaires ne tiennent pas leurs promesses de payer pour les déchets, d'autant que la longévité des centrales actuelles est de 50 ans, bien au-delà de la longévité des gouvernements ?

Non. Toutes nos discussions précisent que les garanties devront êtres claires et que suffisamment d'argent doit être mis de côté pour financer la gestion des déchets dès le premier jour. EDF comprend cela parfaitement.

Vous vous engagez à mettre en place un prix plancher du CO2, pour aider les investissements dans l'énergie renouvelable. Le nucléaire va aussi en profiter. N'est-ce pas une forme de subvention ?

Le prix plancher du CO2 n'est pas une aide de l'Etat. Ca donne un degré de stabilité aux investisseurs.

EDF et la plupart des entreprises d'électricité affirment qu'ils ont besoin du prix plancher du CO2 pour prendre leur décision d'investissement. Mais cela fait des années qu'ils attendent, le gouvernement précédent promettant la même chose.

Notre travail n'a commencé qu'en mai (après les élections législatives, Ndlr) et nous terminons déjà notre consultation sur une révision complète du marché. Surtout, regardez la liste des demandes faites par d'EDF et les autres entreprises : nous avons tout accepté. Elles voulaient une justification des nouveaux réacteurs nucléaires au niveau réglementaire ; nous l'avons fait. Elles veulent que l'approbation du design des centrales nucléaires soit terminé rapidement, et ce sera fini en juin comme promis ; elles s'inquiétait de ce que le nouveau régime des permis de construire ne ralentisse le processus, mais nous avons passé un nouveau mécanisme pour être sûr qu'il n'y ait pas de retard. Là où il y avait des doutes, nous avons répondu et apporter des certitudes. Nous voulons faire du Royaume-Uni l'un des pays plus attractifs pour l'investissement dans l'énergie.

Néanmoins, quand est-ce que la loi sera passée ?

Le livre blanc sera publié au printemps. Ensuite, il y aura une loi, qui passera de façon réaliste en 2012. Cela prendra encore un peu de temps, mais tout le monde connaît nos objectifs.

Cela ne sera signé par la reine qu'en 2013 ?

Cela peut être 2012, de façon réaliste. C'est la plus grande réforme depuis trente ans. La plupart des gens dans l'industrie disent : faites cette réforme correctement plutôt que de vous tromper.

D'ici là, les investissements ne risquent-ils pas d'aller ailleurs ?

Je préférerais que nous soyons plus avancés que ce qui est le cas actuellement. Mais il y a une limite physique à ce que nous pouvons faire : il faut passer devant le parlement, les périodes de consultation sont obligatoires d'un point de vue légal, et doivent être de trois mois, et nous devons prouver que nous avons tenu compte de toutes les consultations. Objectivement, nous sommes allés plus vite que la plupart des gens s'y attendaient.

Comme fonctionnera le prix plancher du CO2 ?

C'est le Trésor qui s'en occupe, parce que c'est un impôt. Ce sera un prix minimum garanti, déterminé chaque année par le Trésor. L'une des questions est de savoir la vitesse à laquelle le prix augmentera. Mais ce qui compte, par exemple pour EDF, est le niveau de prix en 2018, quand la centrale deviendra opérationnelle.

Ces investissements permettront-ils la naissance d'une économie verte en Grande-Bretagne ?

Le nucléaire pourrait représenter 30.000 emplois d'ici 2025, dont la moitié pour des personnes qui n'ont pas de diplôme universitaire. Pour le secteur éolien off-shore, ça pourrait être des dizaines de milliers de personnes.

Pour l'éolien, il y a encore beaucoup de doutes...

Absolument, et nous devons le faire devenir réalité. Pour la construction de London Array, la plus grande centrale éolienne en mer déjà en place, 90% des emplois sont allés vers l'Europe ou l'Extrême-Orient. Beaucoup d'acier, notamment les tours, venaient d'Asie. Mais avec l'augmentation du volume de travail à venir, il va devenir de plus en plus intéressant pour les entreprises de travailler localement en Grande-Bretagne. Pour des turbines ou des pales plus grandes, il vaut peut-être mieux ne pas les transporter d'Asie. Notre projet d'aide aux ports, et la décision de Siemens d'investir ici (pour une entreprise de turbines éoliennes, Ndlr), transforme cela. Cela fait du Royaume-Uni un pays qui ne peut pas être délaissé des entreprises éoliennes. C'est une partie intéressante de notre reprise économique, particulièrement parce que cela apporte des emplois dans des régions qui ont été en déclin depuis longtemps.

Dans l'ensemble, le Royaume-Uni n'est-il pas en retard dans l'énergie renouvelable ?

Sans aucun doute. Nous sommes seulement devant le Luxembourg et Malte dans les classements d'énergie renouvelable. Ce n'est pas brillant. La raison est que quand la France développait du nucléaire, nous découvrions du gaz en mer du Nord. C'était donc compréhensible de choisir cette voie. Mais désormais, nous devons renouveler notre parc de centrales quoi qu'il en soit, et nous avons une chance unique de le faire avec de faibles émissions de CO2. Nous pouvons utiliser nos ressources naturelles : nous avons 40% du vent d'Europe, nous avons les plus grandes marées d'Europe... Nous visons une position de leadership.

Que se passe-t-il quand il n'y pas de vent ?

Les techniques de stockage d'électricité, dans l'hydrogène, le stockage à pompe, les batteries, avancent. Mais nous nous intéressons aussi à des connecteurs stratégiques : vers la Norvège pour utiliser l'hydroélectricité, peut-être vers Flamanville via les îles anglo-normandes où il y a un potentiel pour de l'énergie marémotrice. Entre les marées, la production de la centrale française pourrait être utilisée. A long terme, tout cela peut créer un grand réseau européen.

Ce serait un squelette pour le fameux "supergrid" ?

Oui. Mais mon inquiétude est que si on parle trop longtemps de comment construire un "supergrid" parfait, nous ne le construirons jamais. Mettre en place les colonnes vertébrales doit être le début.

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Commentaires
a écrit le 27/05/2012 à 13:11 :
Un commentaire : c'est tres bien d'exiger que les entreprises du nucleaire de provisionner le cout de stockage des dechets (et a fortiori du demantellement), mais comment comptent-ils s'y prendre sachant qu'un dechet nuke comme le Plutonium doit se stocker et surveiller durant 4 fois ou 5 fois sa demi-vie de 24 000 ans ? Je suis curieux qu'on m'eclaire sur l'evaluation de ce cout et la facon de le securiser ...

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