Malgré leurs superprofits, les pétroliers américains veulent conserver leurs niches fiscales

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Les démocrates souhaitent suspendre les avantages fiscaux accordés à l'industrie pétrolière, dont les profits ont bondi en début d'année grâce à la flambée des cours du brut.

Sur la sellette, les grands pétroliers ont défendu ce jeudi leurs avantages fiscaux au Sénat américain. Les supprimer serait "contreproductif", a ainsi fait valoir Rex Tillerson, le PDG d'Exxon Mobil, la première compagnie pétrolière mondiale, au cours d'une audition devant le Commission des finances, à laquelle étaient également convoqués ses homologues de Chevron, de ConocoPhillips, de BP et de Shell.

"Augmenter les impôts des compagnies pétrolières discriminerait certains salariés américains, nous rendrait moins compétitifs face à la concurrence et découragerait les investissements futurs", a-t-il poursuivi. "Nous payons déjà notre juste part en termes d'impôts", a renchéri John Watson, le patron de Chevron, le deuxième pétrolier américain.

"Vous payez des impôts élevés c'est vrai. Mais c'est aussi vrai que lorsque les prix mondiaux augmentent, les bénéfices de vos compagnies augmentent de façon significative, a répondu Max Baucus, le président démocrate de la Commission. Nous devrions faire meilleur usage de cet argent, pour réduire le déficit et promouvoir le développement des énergies propres".

Au premier trimestre, les trois majors américaines (Exxon, Chevron et Conoco) ont fait état d'un bond de leurs profits, en raison de la flambée des cours du brut. Sur l'ensemble de l'exercice, leurs bénéfices cumulés sont attendus à 77 milliards de dollars par les analystes. 26% de plus qu'en 2010 mais moins que les 85,6 milliards engrangés il y a trois ans, lorsque le baril avait touché pendant l'été son plus haut niveau historique, à plus de 147 dollars.

La publication de ces profits élevés intervient au moment où le prix de l'essence à la pompe suscite inquiétudes et polémiques outre-Atlantique. Depuis le début de l'année, il a progressé de plus de 50 cents par gallon (3,79 litres). Et il ne devrait plus tarder à dépasser, en moyenne, la barre symbolique des 4 dollars. Dans certaines grandes villes américaines, il a déjà touché les 5 dollars.

En difficulté dans les sondages, Barack Obama avait décidé fin avril de passer à l'offensive, en réclamant la suppression immédiate de tous les avantages fiscaux "injustifiés" accordés aux grands groupes pétroliers. Les démocrates ont déposé la semaine dernière un projet dans ce sens. Il permettrait de dégager 21 milliards de dollars au cours des dix prochaines années.

Cette volonté devrait toutefois être contrariée par les républicains, majoritaires à la Chambre des représentants, qui estiment que cette décision déboucherait in fine sur une nouvelle hausse des prix à la pompe. Selon le Congressional Research Service cependant, une suspension de ces niches fiscales ne devrait pas avoir d'impact sur les prix.

"Cette mesure constituerait un précédent inquiétant pour des futures augmentations d'impôts", a par ailleurs jugé le sénateur républicain Orrin Hatch. Il milite au contraire pour l'autorisation de nouveaux forages en eaux profondes - gelés suite à la marée noire ayant touché le Golfe du Mexique -, afin de renforcer la production nationale et de réduire la dépendance énergétique des États-Unis. Une mesure réclamée à cor et à cri depuis des mois par l'industrie pétrolière.

"98,5 % du capital des groupes pétroliers américains est détenu par des actionnaires américains", rappelle Rayola Dougher de l'American Petroleum Institute, une association regroupant près de 500 compagnies pétrolières et gazières. "Au final, leurs bénéfices profitent à des dizaines de millions d'Américains." Un message difficile à faire admettre et à défendre quand 70 % de la population estime que la hausse des prix de l'essence la place en difficultés financières.

 

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Commentaires
a écrit le 13/05/2011 à 17:17 :
Ils veulent le beurre et l'argent du beurre : ils auront le beurre et l'argent du beurre sans nul doute car les riches c'est fait pour être riche.
a écrit le 13/05/2011 à 12:10 :
C'est un problème interne. Pour bénéficier de la manne pétrolière, comme au poker, il faut être assis à la table! Concrètement ce sont ceux qui jouent (qui consomment) dont les sociétés progressent. C'est bien souvent l'équation mal comprise par nombre de producteurs : le pétrole n'a de valeur que celle que le consommateur lui donne. Les USA considèrent que leur pays peut être une réserve en dernier ressort. Ainsi des avantages fiscaux sont donnés aux producteurs pour ... qu'ils ne pompent sur le territoire américain que 2 jours par semaine. Le territoire et son pétrole enfoui faisant office de tanker. Comme les autres, les sociétés pétrolières nombreuses, l'article le souligne, parfois réserves uniquement capitalistiques, vont devoir faire face à la concentration nécessaire à la croissance des plus grandes. Juste ?
a écrit le 12/05/2011 à 19:04 :
$4 pour 1 gallon : ce qui fait moitié prix que chez nous
Réponse de le 13/05/2011 à 13:22 :
encore moins 1gallon c est 3,79 litres selon l article donc ramene au litre 4/3.79= 1 dollars 55, ca fait vraiment pas cher le litre

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