EDF va récupérer un "commissaire du gouvernement"

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EDF va à nouveau être doté d'un commissaire du gouvernement dans son conseil d'administration. Le directeur au ministère de l'énergie, Pierre-Marie Abadie, aura pour mission de veiller à la défense des intérêts publics. Areva a également accueilli en décembre un "commissaire" dans son conseil.

Voilà une des rares mesures du précédent gouvernement qui sera passée assez largement inaperçue. L'Etat a décidé de renforcer sa représentation au sein des conseils des deux plus importantes entreprises publiques dans l'énergie. Le directeur de l'énergie au ministère de l'Energie, Pierre-Marie Abadie, est en train d'être nommé "commissaire du gouvernement" au sein du conseil d'administration d'EDF. Il siégeait au conseil de l'électricien en tant que représentant de l'Etat, aux côtés de cinq de ses pairs. Un décret signé le signé le 7 mai 2012 nomme, à sa place au conseil la directrice de l'Inspection générale des Finances, Marie-Christine Lepetit.

A quoi sert ce "commissaire du gouvernement" dans le conseil d'administration d'entreprises où l'Etat est déjà très largement représenté en tant qu'actionnaire ? A exprimer justement la voix, non pas de l'actionnaire, mais de l'intérêt général ou plus prosaïquement, de veiller à ce que la politique du gouvernement (industrielle, aménagement du territoire, transports, ...) soit bien appliquée. Il n'y a pas de texte qui définit cette fonction, son contenu dépend donc d'une entreprise à l'autre. En règle générale, le commissaire du gouvernement ne dispose pas du droit de vote au conseil mais d'une voix consultative. A la SNCF, il y en a deux, qui disposent d'un droit de veto.

"Proglio déteste" Pierre-Marie Abadie

Chez EDF, qui réunit ce jeudi ses actionnaires en assemblée générale, confier cette mission à Pierre-Marie Abadie va permettre à ce haut fonctionnaire de clarifier sa position au sein du conseil. Sa double appartenance au ministère de tutelle et au conseil d'EDF lui a valu des moments de fortes tensions avec le PDG de l'électricien, Henri Proglio. En 2009 et 2010, par exemple, en tant que directeur de l'énergie, il rédigeait la loi Nome, qui devait obliger EDF à vendre à ses concurrents une partie de sa production nucléaire à un prix proche du coût de revient. Et il siégeait au conseil d'EDF où Henri Proglio pourfendait cette future loi, l'accusant de spolier l'électricien.

Autre moment délicat : "Pierre-Marie Abadie a eu une sévère prise de bec avec Henri Proglio lorsque celui-ci a présenté au conseil sa stratégie nucléaire en Chine", se souvient un membre du conseil. "Abadie avait pris la parole pour demander qu'Areva ne soit pas laissée pour compte". "Henri Proglio le déteste", tranche un autre administrateur. Désormais, il aura les coudées plus franches pour rappeler la politique générale de l'Etat, mais sans droit de vote. "Je n'ai jamais vu un représentant de l'Etat voter contre une décision en conseil", précise un administrateur.

Des commissaires du gouvernement dans tous les groupes publics

En fait, chez EDF comme chez Areva, l'Etat vient de rétablir des "boulettes". Cette fonction existe dans tous les groupes publics, y compris chez EADS où l'Etat ne détient que 15 % du capital. Chez GDF Suez (où l'Etat possède 35 % du capital), il existe aussi un "commissaire du gouvernement" hérité de l'ancien opérateur public Gaz de France. Chez EDF (85 % public), le commissaire du gouvernement avait disparu à l'occasion de l'ouverture du capital et de sa mise en Bourse en 2004. Sa dernière titulaire, Michèle Rousseau, s'était d'ailleurs fait remarquer par une liberté de parole assez rare.

Chez Areva, détenu à 83 % par l'Etat, cette fonction était restée pendant dix ans logée au niveau d'une filiale, ex-Cogema. Elle a été "remontée" au niveau du groupe par un décret du 15 décembre dernier. C'est le patron de la Direction Générale de l'énergie et du climat (DGEC) au ministère de l'Energie, Pierre-Franck Chevet, qui a quitté ses fonctions de représentant de l'Etat au sein du conseil de surveillance d'Areva pour devenir "commissaire du gouvernement".

 

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Commentaires
a écrit le 24/05/2012 à 18:53 :
Heureusement que cette fonction n'a pas été créée par l'actuel gouvernement: la droite libérale crierait à la soviétisation!
A quand néanmoins un commissaire du gouvernement dans les grandes banques?
a écrit le 24/05/2012 à 16:25 :
Une bonne explication entre honnêtes gens, même musclée, doit au moins permettre l'atteinte d'un bon compromis??? Celà a fait le succès de la CGT à EDF pendant ses 50 premières années...

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