Proglio réclame des indemnités pour Fessenheim

En cas de fermeture de Fessenheim, promise pour 2017 par François Hollande, le PDG d'EDF a l'intention de réclamer des indemnités, y compris pour les actionnaires suisses et allemand de la centrale nucléaire.
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Le PDG d'EDF a précisé jeudi qu?une fermeture de la centrale de Fessenheim, promise par François Hollande pour 2017, devra s'accompagner d'indemnités financières pour ses actionnaires. Fessenheim est détenue à 32,5 % par des électriciens allemand (EnBW) et suisses (Alpiq, Axpo et BKW). Une fermeture anticipée du site "serait inévitablement associée à une discussion financière avec les pouvoirs publics", a-t-il estimé, s?exprimant devant ses actionnaires réunis en Assemblée générale. "A la fin de la négociation, l'ensemble des actionnaires devrait en sortir indemne", a précisé Henri Proglio.

Devant une salle comble du Carrousel du Louvre, la question de son salaire, elle a été abordée ... sous forme de boutade. Pour se conformer au v?u du nouveau gouvernement de limiter de 1 à 20 l'échelle des salaires dans les entreprises publiques (ce qui obligerait Henri Proglio à accepter une rémunération divisée par trois, au minimum), un actionnaire lui a suggéré d'augmenter les salaires. "Bonne idée", s'est amusé le patron d'EDF, "je vais faire voter une résolution en assemblée générale extraordinaire instituant une augmentation générale des salaires afin de préserver ma rémunération". Plus sérieusement, il a rappelé qu'il "n'avait pas, et de loin, la meilleure rémunération du groupe".


"L'électricité nucléaire française, une des moins chères du monde"
Le PDG d?EDF s?est par ailleurs lancé dans une longue et vigoureuse défense du parc nucléaire français. Qu?il a conclue en affirmant : "La situation énergétique actuelle de la France est une chance. Elle permet d'étudier quel est le mix le plus approprié pour l'avenir ». Ce qui met l'électricien public dans la position idéale d?attente par rapport aux projets énergétiques de François Hollande. Le gouvernement doit organiser à la rentrée un débat national sur la transition énergétique afin d?étudier comment la France fera passer de 75% à 50% la part du nucléaire dans sa production électrique d?ici 2025.

"Avec son âge moyen de 26 ans, le parc français produit une des électricités les moins chères du monde, 40 % moins cher que la moyenne en Europe. Ce qui fait économiser 300 euros par an à nos clients particuliers et constitue un formidable atout compétitif pour les entreprises", a déclaré Henri Proglio lors d'une longue intervention sans note. "Avec un coût moyen complet de 49,5 euros le mégawattheure (MWh), qui peut faire mieux en France ? dans l'immédiat c'est impossible", a-t-il ajouté.

Le charbon et le gaz produisent de l'électricité qui revient à 70/75 euros le MWh. "On pourra gagner 3 à 5 euros, en particulier pour le gaz, grâce à des évolutions technologiques mais la hausse prévisible du prix du gaz et du CO2 vont aboutir à un coût de production compris entre 70 et 100 euros le MWh", estime le PDG d'EDF. "Le nouveau nucléaire est compétitif par rapport aux centrales thermiques mais néanmoins plus cher que le parc existant", a-t-il souligné. Quant aux énergies renouvelables, il a rappelé les tarifs de rachat pour l'électricité d'origine éolienne (85 euros le MWh), solaire (entre 250 et 400 euros) en précisant que la majorité des contrats d'électricité photovoltaïque actuels, conclus avant le moratoire, fixait ce tarif de rachat à 600 euros le MWh.

Un pas vers les énergies renouvelables
"Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas évoluer", a cependant enchaîné Henri Proglio, en faisant un pas vers la volonté du PS de développer les énergies alternatives. "Les énergies renouvelables sont et resteront un élément essentiel de notre avenir énergétique. Il faut les promouvoir partout où cela est compatible, c'est-à-dire où les conditions de vent et de soleil le permettent et où elles sont compétitives avec les autres moyens de production", a ajouté le patron d'EDF en introduisant cependant deux restrictions de taille.

Après un couplet sur l'indépendance énergétique de la France dans un contexte de troisième choc pétrolier, la sécurité d'approvisionnement et "la sécurité économique du pays face à la volatilité des prix des matières premières", assurées par le nucléaire, il a rappelé que la "dimension politique de l'énergie était partout dans le monde cruciale". Enfin, Henri Proglio a souligné que "le récent accord conclu entre EDF et Areva sur la fourniture d'uranium rendait le partenariat stratégique entre les deux groupes complet et opérationnel". Une manière de répondre aux v?ux... du précédent président de la République, qui avait appelé à plusieurs reprises à une meilleure coopération entre les deux acteurs français du nucléaire.