Déchets électroniques : comment Eco-systemes aide l'industrie à relever le défi

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Contrairement aux apparences, les déchets électriques et électroniques ne peuvent pas tous être traités de la même manière, ce qui impose des investissements industriels spécifiques, parfois peu rentables en raison du coût du traitement indispensable des polluants, souligne Véronique Poirier, directrice du service au consommateur d'Eco-systèmes. Parmi les gros électroménagers, les réfrigérateurs doivent par exemple être préalablement libérés des gaz frigorigènes.
"Contrairement aux apparences, les déchets électriques et électroniques ne peuvent pas tous être traités de la même manière, ce qui impose des investissements industriels spécifiques, parfois peu rentables en raison du coût du traitement indispensable des polluants", souligne Véronique Poirier, directrice du service au consommateur d'Eco-systèmes. Parmi les gros électroménagers, les réfrigérateurs doivent par exemple être préalablement libérés des gaz frigorigènes. (Crédits : C-Djama Fotolia)
Depuis 2006, l'éco-organisme soutient les collectivités locales, les distributeurs et les acteurs de l'économie sociale et solidaire qui collectent les appareils usagés. Il encourage également les investissements des recycleurs, confrontés à la baisse du prix des matières premières, qui pénalise les matières recyclées.

En dix ans, le bilan est plutôt encourageant: lancée seulement en 2006, la filière des déchets d'équipements électriques et électroniques des particuliers (DEEE, hors lampes et panneaux photovoltaïques) a permis de recycler quelque 318 millions d'appareils, en multipliant par quatre le nombre de kilos annuels collectés par Français. Chef d'orchestre, l'organisme agréé Eco-systèmes, créé par 33 fabricants et distributeurs et qui aujourd'hui fédère plus de 1.800 producteurs, couvre presque 80% des mises sur le marché. Financé par l'éco-participation, à savoir le "coût" ajouté au prix de vente des appareils, l'éco-organisme a récolté, en 2015, 112 millions d'euros. 20% ont été destinés à soutenir la collecte des déchets DEEE et deux tiers à leur transport et recyclage.

Fabricants, distributeurs, collectivités et ESS : piliers de la filière

Eco-systèmes soutient notamment les quelque 8.000 magasins et 4.000 déchetteries où les particuliers peuvent déposer leurs appareils usagés. S'il n'a pas de pouvoir de contrôle ni de sanction vis-à-vis des distributeurs, auxquels la loi demande de proposer une solution pour se débarrasser des anciens équipements, l'organisme se targue néanmoins d'avoir impulsé, depuis 2011, le déploiement d'environ 6.000 meubles verts destinés aux piles et aux petits DEEE.

Une partie du soutien est également destinée aux réseaux solidaires qui contribuent à la collecte (Envie et Emmaüs) en assurant notamment la réparation et le reconditionnement d'une partie des DEEE. "La force d'Eco-systèmes, depuis sa création, réside justement dans l'association des quatre piliers de la filière: fabricants, distributeurs, collectivités et acteurs de l'économie sociale et solidaire", estime Véronique Poirier, directrice du service au consommateur de l'organisme. Ainsi, non seulement le taux de collecte 2016 -à savoir le rapport entre le tonnage collecté et la moyenne des mises sur le marché des trois années précédentes- (de 49,2%) a dépassé celui exigé par le droit européen (de 45%). Aussi, 1.500 des 7.000 emplois équivalent temps plein de la filière relèvent de la réinsertion.

Les investissements des recycleurs encouragés

En plus de prendre en charge les coûts du transport des déchets, Eco-systèmes finance ensuite les prestations des centres de traitement. "Contrairement aux apparences, les déchets électriques et électroniques ne peuvent pas tous être traités de la même manière, ce qui impose des investissements industriels spécifiques, parfois peu rentables en raison du coût du traitement indispensable des polluants", souligne Véronique Poirier, directrice du service au consommateur d'Eco-systèmes. Parmi les gros électroménagers, les réfrigérateurs doivent, par exemple, être préalablement libérés des gaz frigorigènes. Les anciens écrans cathodiques, qui contiennent une poudre électroluminescente dangereuse pour l'environnement, doivent également être recyclés dans le cadre d'un flux séparé.

Dans ces conditions, "on ne peut pas attendre que l'impulsion vienne seulement du marché", souligne Véronique Poirier.  Eco-systèmes promeut alors cette industrie en s'engageant sur des volumes minimaux et en signant des contrats de longue durée. Les centres dédiés aux gros électroménagers du froid ont ainsi pu passer dans la décennie d'un seul à plus d'une dizaine. Au total, les DEEE français sont aujourd'hui traités dans quelque 90 sites industriels.

Un logiciel pour promouvoir l'éco-conception

Eco-systèmes aide aussi les recycleurs de "petits appareils en mélange" (PAM), dont les difficultés viennent plutôt de la baisse du prix des matières premières, qui pénalise les matières recyclées. Afin d'augmenter le taux de valorisation et de faciliter la revente de la vingtaine de plastiques différents composant les DEEE, l'organisme a par exemple établi un partenariat avec Veolia  et SEB, qui a permis d'affiner les processus de reconnaissance optique des polymères ainsi que d'adapter les cahiers des charges du fabricant à l'utilisation de plastique recyclé, explique Véronique Poirier.

Dans la même perspective, une trentaine d'adhérents de l'organisme se sert d'ailleurs de Reecyc'lab, un logiciel d'éco-conception permettant de calculer la recyclabilité de tout produit, en fonction des matériaux et polluants qui le composent, de leur assemblage et des techniques employées par les recycleurs. Une information qui peut influencer les achats des distributeurs, et inciter les fabricants à produire mieux, parie Eco-systèmes, pour qui l'objectif principal d'ici 2019 est toutefois de réduire le "gisement dormant": à savoir les appareils entassés dans les tiroirs, les placards et les garages des consommateurs, invités à les apporter aux points de collecte.

"Même s'il est difficile d'en connaître la quantité exacte (en moyenne 8 appareils inutilisés par Français), une chose est sûre: leur récupération permettrait, non seulement, de limiter la spoliation des ressources fossiles, mais aussi d'augmenter sensiblement les volumes traités, au bénéfice de la filière agrée", souligne Véronique Poirier.

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Commentaires
a écrit le 31/03/2017 à 9:40 :
Un énième problème du greenwashing, à savoir de l'écologie business, comme les matières premières baissent à cause de la crise mondiale de ce fait cela ne vaut plus le coup financièrement de recycler et nous nous retrouvons ainsi de suite dans une impasse.

C'est bien beau d'éradiquer les services publics mais ils ont leur utilité hein, parce que faire confiance au secteur marchand dans ce domaine c'est démontrer une compromission aigu.

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