Des climatologues à la rescousse du nucléaire français

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50 académiques pro-nucléaires appellent Emmanuel Macron à préserver le nucléaire français
50 académiques pro-nucléaires appellent Emmanuel Macron à préserver le nucléaire français (Crédits : Reuters/Morris MacMatzen)
Près de 50 signataires, se revendiquant climatologues, écologistes et scientifiques pro-nucléaires, dont l’ancien de la NASA James Hansen, adressent une lettre ouverte à Emmanuel Macron pour l’exhorter à soutenir l’ensemble des énergies propres « dont l’énergie nucléaire ». Et à renier sa promesse de mettre en œuvre la loi de transition énergétique.

Peut-être craignent-ils que les récents déboires des EPR de Flamanville et de Hinkley Point C puissent susciter des interrogations sur la capacité de la filière nucléaire française à construire des centrales capables de produire une électricité compétitive, et pèsent dans la balance au moment de dessiner son avenir. Loi de transition énergétique oblige, et alors qu'une vingtaine des centrales françaises seront atteintes par la limite d'âge de 40 ans initialement prévue sous son quinquennat, le président français devra dans tous les cas prendre des décisions sur ce sujet sensible.

Tout en le félicitant pour sa victoire et sa politique en faveur d'une taxe carbone, près de 50 professionnels liés à l'industrie nucléaire s'adressent au président français pour lui faire part de leur « inquiétude » devant sa « décision d'éloigner la France d'une production nucléaire propre ». Ce sont essentiellement des Américains membres de « Energy for humanity », « American nuclear society », « Environmentalists for nuclear energy », ou, pour le Français Claude Jeandron, « Save the Climate ».

L'Allemagne pointée du doigt

L'essentiel de leur argumentation tient dans une comparaison entre la France, « un des pays développés dont les émissions de dioxyde de carbone par habitant sont les plus faibles », et l'Allemagne, qui a vu ses émissions  augmenter « tant en 2015 qu'en 2016 à cause des fermetures de centrales nucléaires ». En réalité, après avoir fortement chuté grâce au développement des énergies renouvelables et à la crise financière de 2008, elles ont essentiellement augmenté entre 2009 et 2013 avant de rebaisser puis de se stabiliser. En 25 ans, elles ont diminué de 24%.

Autre argument brandi par les signataires : « La France a une électricité parmi les moins chères et les plus propres d'Europe, celle de l'Allemagne est une des plus chères et plus sales. »

Des prix bas, pour combien de temps ?

Malheureusement, rien ne garantit que les prix bas durent encore longtemps en France. D'une part, les études se multiplient pour démontrer que les prix ne reflètent pas l'intégralité du coût de l'électricité nucléaire, et par ailleurs la fin des tarifs réglementés de vente (TRV), inscrite dans la directive européenne, ôtera au gouvernement le pouvoir de fixer les prix.

Et de conclure « l'Allemagne n'atteindra pas ses objectifs de réduction d'émissions de 2020, et de loin ? ». Rien en revanche sur le risque, tout aussi réel, que la France n'atteigne pas les siens en matière d'énergies renouvelables. Avec un peu moins de 16% du mix énergétique à fin 2016, il faudrait accélérer assez nettement leur développement des renouvelables pour espérer atteindre les 23% prévus pour 2020. En outre, lorsqu'ils comparent les 46% d'électricité allemande issus d'énergies propres aux 93% français, c'est sans préciser que le nucléaire en représente aujourd'hui 78%.

Une menace pour l'export ?

Reconnaissant que « les renouvelables peuvent contribuer à une électrification plus poussée des transports », ils pointent les conséquences négatives qu'engendrerait un « remplacement du nucléaire par des combustibles fossiles et des renouvelables » : une augmentation des prix de l'électricité pour les ménages et l'industrie ; la fin des exportations lucratives d'électricité et - peut-être le plus important - la destruction de la filière nucléaire française à l'export.

Tout en demeurant légèrement positives, les exportations françaises d'électricité ont chuté de près de 37% en 2016, notamment en raison des arrêts de réacteurs demandés par l'autorité de sûreté nucléaire (ASN) pour contrôle et maintenance, et qui ont conduit le pays au bord du blackout lorsque les températures ont chuté.

« Les pays qui cherchent à construire de nouvelles centrales nucléaires veulent, avec raison, savoir que le produit que la France leur vend est un produit dont la France elle-même profite », indiquent-ils. Cet argument semble bien fragile alors que la France reste de très loin le pays le plus nucléarisé et que le président n'a jamais fait part d'une quelconque vision, même à long terme, de « sortir du nucléaire ». Quant aux pays intéressés par l'EPR, gageons qu'ils sont plus inquiets des déboires observés sur les chantiers français, finlandais et maintenant britannique, que par l'avenir de notre parc historique.

Par ailleurs, les signataires redoutent « une augmentation des coûts et une réduction des revenus » dans le cas où le parc nucléaire français serait « contraint de fonctionner avec un facteur de charge réduit ». Ce qui, en période de consommation plate, revient a minima à s'opposer à réduire la part du nucléaire dans le mix électrique, donc à la mise en œuvre de la loi de transition énergétique pourtant promise par le candidat Macron et ré-affirmée par le président.

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Commentaires
a écrit le 05/07/2017 à 19:28 :
Pas très objectif.
1- L'Allemagne a certes baissé ses émissions, mais dans les années 90, en fermant de vieilles usines en RDA...
2- Il y en a marre de nous bassiner avec le retard français dans les énergies renouvelables: celles-ci ne se justifient vraiment que si elles réduisent les émission de GES.
3- Il n'est pas idiot d'avoir une sur-capacité en nucléaire; on oublie vite les craintes proches de la panique l'hiver dernier.
a écrit le 05/07/2017 à 14:07 :
Oui, mais les MINI-centrales au thorium plus sûres, et celles sur barges flottantes au large, pas des monstres ruineux comme l'EPR, les démantèlements et enfouissements de déchets avec...(enfouis en zones de subduction océaniques), c'est pour quand ?
Car les surconsommations d’électricité approchent, solaire, éolien ou pas !
Tant qu'on refuse de manière suicidaire de réguler à fond les naissances, d'abord en pays arides ou déjà surpeuplés, si mal éduqués !
Réponse de le 06/07/2017 à 8:54 :
Vous dites que l'EPR est un monstre ruineux, mais vous n'avez aucune preuve, à part les dépassements budgétaires qui étaient prévisibles... Au contraire, peut-etre que l'EPR fera des économie d'échelles : au lieu de faire des dizaines de centrales, il y en aura une seule à gérer , bien sécurisée, bien entretenue, et qui dure beaucoup plus longtemps qu'une petite centrale.
Ensuite, vous partez sur les naissances, totalement hors-sujet. Alors que dire des pays comme : Niger, Mali, Ouganda, Sierra Leone, Burkina Faso, etc. qui ont des taux de natalité de 50 / mille ? Tandis que la France a un taux de natalité de 10 / mille. Allez dire ça à ces pays africains d'abord.
a écrit le 05/07/2017 à 13:16 :
La lettre ouverte au Président de la République française Emmanuel Macron se trouve ici:
http://energyforhumanity.ch/fr/sonstiges-fr/des-climatologues-interpellent-emmanuel-macron/
a écrit le 05/07/2017 à 12:42 :
Pour avoir 10% d'électricité intermittente éolienne, il faudrait couvrir quasiment toutes les Cévennes, la Bretagne et la Normandie.Cela donne une petite idée de l'environnement que l'on nous prépare.
http://hurlevent.over-blog.com/article-20836680.html
Réponse de le 06/07/2017 à 8:57 :
Et alors ? Une grande partie de la bretagne intérieure est un désert inhabité, c'est quoi qui vous dérange ? Vous préférez les centrales à charbon ou nucléaires ?
Réponse de le 11/07/2017 à 15:29 :
Tedo > Vous préférez les centrales à charbon ou nucléaires ?

Deux-trois centrales nucléaires suffiraient à produire l'électricité bretonne, en prenant beaucoup moins de place, ecoutant beaucoup moins cher et en étant beaucoup moins moche.

En attendant, la Bretagne ne produit que 10% de l'électricité qu'elle utilise.
a écrit le 05/07/2017 à 11:14 :
Sortons de l'idéologie : l'objectif premier est bien d'arrêter les émissions de GES et de polluants atmosphériques, non ?
La remarque du journaliste sur les 93% d'électricité propre de notre pays "mais 78% de nucléaire" est donc déplacée, le nucléaire étant une énergie propre car elle n'émet ni GES ni polluants.
De même, le journaliste oppose la non-atteinte de l'objectif allemand de réduction des émissions de GES en 2020, à la non-atteinte des objectifs français de développement des énergies renouvelables à la même date : on s'en fout un peu, non ? car ces énergies n'apportent aucun gain puisque notre électricité est quasiment totalement exempte de carbone.
Soyons fiers de nos choix énergétiques, et arrêtons le "nuclear bashing", pardon le dénigrement perpétuel du nucléaire...
a écrit le 05/07/2017 à 11:13 :
Je me pose des questionssur l'intégrité journalistique de l'auteur.

Vu que nous sommes dans un article et non une tribune, il ne devrait y avoir que très peu de sentiments personnels hors cet article en est plein.
Si vous pouviez arrêter de critiquer le Nucléaire sans fournir de vrais preuves de son remplacement par des éoliennes et des panneaux solaires (preuves qui à mon avis n'existe tous simplement pas) ca serait un bon début pour élever le débat au dessus de votre seul opinion
a écrit le 05/07/2017 à 10:16 :
Tout d'abord un grand merci à l'auteur d'avoir diffusé cette information absente d'autres média. Il aurait quand même été utile de citer précisément la source, que chacun puisse se faire une opinion sans filtre.
Merci à l'auteur de rappeler « La France a une électricité parmi les moins chères et les plus propres d'Europe, celle de l'Allemagne est une des plus chères et plus sales. » et de ne pas démentir ce fait, de même que « l'Allemagne n'atteindra pas ses objectifs de réduction d'émissions de 2020, et de loin ».
Les spéculations sur l'avenir ne sont que des spéculations
a écrit le 05/07/2017 à 9:12 :
Merci beaucoup pour cet article vraiment intéressant étant donné que nous pouvons le mettre en perspective avec les deux articles des pseudos scientifiques défendant l'agro-industrie et souligner ainsi ce que je vous disais sur les stratégies de communication et de propagande communes utilisées par les protagonistes du nucléaire et ceux du chimique (quelque part nous sommes également dans des domaines scientifiques similaires dans lesquels l'intérêt de ceux-ci ne peut qu'être commun).

Ces deux domaines d'activité étant des escroqueries d'une telle ampleur que la seule façon de nous les faire oublier c'est que nous nous disions que c'est vraiment trop moche mieux vaut ne pas y penser, donc des déclarations de pseudos scientifiques font largement l'affaire.

Parce que à l'époque de Fukushima nous dire qu'il vaut mieux le nucléaire aux énergies renouvelables non dangereuses, au large de fukushima il y a une cinquantaine d'éoliennes maritimes dont une seule a été détruite par le tsunami, c'est quand même énorme.

"Plus c'est gros plus ça passe" Jo Lembrouille.
Réponse de le 05/07/2017 à 11:24 :
Prenez de la hauteur, arrêtez de sortir le mot "Fukushima" sans savoir ce qu'il contient.
L''éolien (comme le solaire) ne peuvent assurer nos besoins en électricité en raison de leur intermittence, leurs coûts sont masqués par des subventions et leur développement détruit notre environnement.
Le charbon est très dangereux tant pour notre santé (particules fines) que pour notre planète (réchauffement du climat) ; mais sans charbon les énergies solaires et éoliennes ne peuvent exister, l'Allemagne en apporte la preuve incontestable.
Il n'y a donc pas d'alternative crédible au nucléaire ; évidemment, il ne faut pas imiter les japonais, qui payent cher leur inconscience et leur non transparence. Espérons que la leçon sera comprise, mais on ne change pas facilement deux millénaires de culture, même avec un accident aussi traumatisant.
Réponse de le 05/07/2017 à 12:00 :
A votre avis, il faut combien d'éolienne marine pour remplacer un réacteur nucléaire ?
Quelques chiffres, le plus grand parc européen, au large de l'Angleterre (175 éoliennes sur 100 km2) produit en gros 3 TWh/an, mais de manière discontinue. Le rendement du stockage de l'électricité est très faible, on va dire 30% et c'est optimiste. Donc c'est 3 TWh représente en vrai "en continue sur l"année", 2 TWh. (Car nos sociétés ne peuvent pas fonctionner avec de l'électricité seulement les jours venteux...)
le nucléaire français produit dans les 450 TWh.
Donc, c'est une grande maille, il faudrait qu'on est 225 parcs éoliens marines de 175 éoliennes chacun pour compenser le nucléaire. Et investir dans des solutions de stockagfe électrique qui restent à inventer...
a écrit le 05/07/2017 à 6:18 :
Tchernobyl...Fukushima...

Etant donné notre parc Nucléaire, nous sommes les prochains

Pour le "confort", et pour l'enrichissement de quelques uns, c'est le futur de l'Umanité qui sont mis en danger "grave et imminent"

Et avec ceci ? Je vous l'emballe ou c'est pour consommer sur place ?
Réponse de le 05/07/2017 à 10:09 :
Tchernobyl comme Fukushima ont l'un comme l'autre pour origine des manquements graves aux règles de sûreté par leurs exploitants.

J'aurai tendance à penser que si ce type d'accident ne s'est pas produit en France pour l'instant malgré la taille de son parc, ça n'est pas par hasard.
Réponse de le 05/07/2017 à 12:04 :
A vous de voir si vous préférez le réchauffement climatique certain qui va pourrir toute la planète ou l'accident nucléaire incertain dont les conséquences restent malgré tout limitées.
Les 2 plus gros accidents nucléaires ont eu lieu à Hiroshima et Nagasaki, cela a été terrible, mais la planète a continuer à fonctionner... Je n'en dirai pas autant si on se prend 4 °...
a écrit le 04/07/2017 à 23:00 :
En 25 ans, les émissions de CO2 par habitant ont fortement diminué en Allemagne... mais à peu près dans les mêmes proportions qu'en France. Alors que nous partions de 40% plus bas. Et que les allemands ont mis de l'ordre de 300 milliards d'euros dans les ENR sur la période, visiblement sans effets.

Leur électricité est aujourd'hui deux fois plus chère que la nôtre et dix fois plus émettrice de CO2.

L'auteur de cet article fait référence à des études soulignant des coûts du nucléaire sous-estimés. Plus de détails auraient été utiles, alors que les "coûts cachés du nucléaire" sont une vieille lune écologiste conduisant à une commission d'enquête parlementaire toutes les x années, rendant à chaque fois à peu près les mêmes conclusions :

Il y a des incertitudes sur l'avenir, mais les chiffres fournis par la filière sont honnêtes.

L'Europe commence à être confrontée à un choix :

Elle ne pourra pas avoir plus de 30-40% d'ENR intermittentes dans son mix électrique, pour des raisons techniques et économiques. On fait quoi pour le reste ?
a écrit le 04/07/2017 à 22:12 :
Transition énergetique !!!!!Ca laisse supposer dans l'esprit de certains que l'on abandonne tout ce qui est carboné et nucléaire pour ne faire que du renouvelable .Rien n'est plus faux .Le consensus français c'est d'arriver à avoir 30 % de renouvelable dans le mix énergetique ce qui serrait deja beaucoup .Il est dommageable que l'auteur de l'article semble faire passer ses opinions personnelles avant '''''d'informer ''''objectivement ses lecteurs ,mais c'est ainsi certains (nes ) profitent de leur métier pour faire de la propagande personnelle ce qui finira immanquablement à se retourner contre leur journal .....
Réponse de le 11/07/2017 à 15:34 :
Attention à ne pas confondre "mix électrique" et "mix énergétique", le premier étant un sous-ensemble du second.

Avec 98% du transport dans le monde propulsé par du pétrole, le problème dépasse de loin la simple production électrique.
a écrit le 04/07/2017 à 20:05 :
Il faudrait tout de même préciser que la baisse de 25% de GES de l'Allemagne depuis 1990 s'est réalisée dans le contexte de la réunification de la Rda et la Rfa: https://rge.revues.org/978 "la forte diminution des émissions de gaz à effet de serre en Allemagne s’explique en majeure partie par la diminution drastique de la production de lignite en ex-RDA, passée en quelques années de 300 à environ 85 millions de tonnes par an et par l’effondrement des industries, notamment les plus polluantes comme la chimie et la fermeture de nombreuses centrales thermiques. C’est d’ailleurs un processus comparable, quoique moins rapide, qu’ont connu les pays d’Europe centrale nouvellement entrés dans l’Union européenne, puisqu’ils dépassent tous largement l’objectif qui leur est assigné de réduire de 8 % leurs émissions de gaz à effet de serre."
a écrit le 04/07/2017 à 19:51 :
Les membres de ce lobby pro-nucléaire "filière uranium" qui ont également avec eux notamment les frères Koch (c'est l'axe charbon, énergies fossiles, nucléaire uranium en bref du non renouvelable et centralisé qui correspond aussi à quelques pays producteurs, pollueurs et qui veulent des marchés "captifs") du secteur charbon et par ailleurs le Kremlin avec les groupes d'Etat Gazprom et Rosatom pour tenter de faire revenir à plus d'énergies fossiles et nucléaire et qui ont également soutenu le Brexit et les séparatistes, ont été "scannés" de toutes parts ! et il a été largement démontré qu'ils ont présenté à maintes reprises des données erronées et falsifiées et qu'ils s'intègrent dans une offensive de plus grande ampleur avec financement à l'appui et effacement de données scientifiques climatiques etc. Quand c'était plus subtil çà a été également démenti point par point par des équipes universitaires en pointe et avec des arguments et démonstrations précises et vérifiées. On a a un aperçu de plus dans le texte suivant qui était l'une des nombreuses réponses qui leur ont été faites avec autant que nécessaires les références en complément : https://www.ecowatch.com/pnas-jacobson-renewable-energy-2444465393.html

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