Energie : les acteurs fourbissent leurs armes sur le marché des particuliers

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ekWateur lève 2 M€ pour développer son offre d'électricité verte
ekWateur lève 2 M€ pour développer son offre d'électricité verte (Crédits : fotolia.com © ptyszku)
Quelques mois après son arrivée sur un marché des particuliers qui commence tout juste à s’ouvrir, le fournisseur collaboratif d’énergie ekWateur boucle une levée de fonds de 2 millions d’euros.

« Même si depuis peu les ingrédients sont réunis pour que le marché français de l'énergie s'ouvre, il demeure encore quasi monopolistique, observe Jean-Marc Bally, qui dirige Aster Capital, un fonds d'investissement spécialiste de l'énergie et la mobilité. Il va désormais s'ouvrir plus rapidement, ce qui va permettre à de nouvelles marques de s'imposer, comme cela a été le cas avec les MVNO (Mobile Virtual Network Operator) sur le marché de la téléphonie mobile. » Dans ce contexte, Aster Capital mise sur la startup ekWateur, aux côtés de BNP Paribas Développement et Bouygues Telecom Initiatives dans le cadre d'une levée de fonds de deux millions d'euros que vient de boucler la startup.

« Nous avons surtout choisi un tandem de co-fondateurs très entreprenants, qui ont démontré leur capacité à s'adapter aux conditions de marché et créer un impact avec des moyens financiers sans commune mesure avec ceux des principaux concurrents », précise Jean-Marc Bally.

500 000 clients en cinq ans

Julien Tchernia et Jonathan Martelli, deux anciens du belge Lampiris (aujourd'hui propriété du pétrolier Total), ont fondé en novembre 2015 ce qui se veut le premier fournisseur alternatif collaboratif d'énergie aux particuliers. ekWateur, qui avait déjà levé plus de 240 000 euros via la plateforme de financement participatif Lumo, dispose désormais des fonds nécessaires à son développement. Son offre lancée le 13 septembre dernier a séduit 1.500 particuliers (dont un tiers via des comparateurs de coûts et deux-tiers directement via son site). Mais c'est grâce au contrat remporté auprès de la Direction des achats de l'Etat pour l'Ademe, Voies navigables de France, Meteofrance ou encore l'INA, représentant 2.800 compteurs, que la startup a nettement dépassé son objectif de compteurs installés à fin 2016. Elle en vise près de 50.000 à fin 2017, 200.000 fin 2018 et 500.000 en cinq ans.

Développer ces petits professionnels, professions libérales ou artisans,  est  l'un des projets qu'ekWateur va pouvoir mener à bien grâce à cette levée de fonds. Mais aussi, développer de nouveaux services. En plus de ceux déjà proposés en partenariat avec « In Sun we trust », comme le calcul de la capacité de production solaire et la réalisation gratuite d'un devis pour s'équiper, ekWateur pourra bientôt aider ses clients à valoriser leurs travaux d'efficacité énergétique sous la forme de certificats d'économie d'énergie (CEE) ou les faire profiter de conditions préférentielles pour les produits de certains partenaires. Les fonds levés doivent ainsi permettre le recrutement de nouveaux informaticiens et une accélération du commercial.

A chaque consommateur de faire sa propre transition énergétique

La structuration des tarifs proposés par ekWateur diffère ce celle des grands opérateurs, avec des abonnements plus coûteux et des kilowattheures moins chers, ce qui favorise les gros consommateurs. Pour le gaz, les prix diffèrent selon les régions, mais globalement, « pour 80% des clients, nous sommes moins chers que les tarifs régulés », affirme Julien Tchernia. L'offre de l'électricité est verte à 100%, celle de gaz l'étant par défaut à hauteur de 5%, libre à ceux qui le souhaitent de monter à 100% moyennant un surcoût. En effet, pour le biogaz, les garanties d'origine, qui permettent de prouver qu'au volume d'énergie vendue correspond par le fournisseur correspond un volume équivalent acquis auprès de producteurs d'énergie renouvelable, sont rares et donc onéreuses. En France, où le peu de biométhane aujourd'hui produit est essentiellement utilisé comme carburant, elles sont de surcroît préemptées par Engie et Air Liquide.

A l'inverse, dans l'électricité, les garanties d'origine se trouvent facilement et à bas coût sur le marché européen, et même en France, où seuls 1% des ménages ont aujourd'hui opté pour une offre verte, alors que l'énergie renouvelable (essentiellement hydraulique) représente 17% de la production. « Jusqu'ici, la politique du gouvernement a surtout consisté à accompagner l'offre d'électricité verte, mais rien n'a été fait côté demande, par exemple en favorisant les fournisseurs alternatifs », souligne Julien Tchernia. En Belgique, où entre 20 et 30% des consommateurs sont passés au vert, la compétition pour les garanties d'origine se fait plus vive, certains opérateurs mettant en avant leur origine nationale, voire plus locale encore. Un choix qu'ekWateur souhaite également pouvoir prochainement proposer à ses clients. « Entre les tarifs régulés et l'énergie de marché, nous proposons une troisième voie dans laquelle l'énergie est rendue au public, et qui permet à chacun de faire sa propre transition. »

Un marché très disputé où se côtoient grands groupes et startup

Pour faire la différence sur un marché en voie de structuration, la startup mise sur le caractère collaboratif de son projet (certains clients assurant même le service client moyennant rémunération), des tarifs compétitifs et une digitalisation permettant de s'abonner aussi facilement que sur un site de e-commerce. Face aux opérateurs historiques EDF et Engie, qui sont les principaux fournisseurs alternatifs l'un vis-à-vis de l'autre, respectivement en électricité et gaz, Total vient de faire irruption en rachetant les offres vertes en gaz et électricité du belge Lampiris. Et de remporter l'appel d'offres lancé par l'association de consommateurs UFC-Que Choisir pour son achat groupé. En rognant fortement sur ses marges, mais en acquérant ainsi une importante base de clients, quitte à réviser ses prix à la hausse à l'échéance du contrat d'un an. Engie a riposté avec son offre d'électricité verte. Quant à Enercoop, le pionnier français du secteur, le premier a avoir obtenu l'autorisation de racheter l'électricité verte directement aux producteurs, jusqu'alors réservée à EDF, il prévoit de proposer aussi d'ici à 2018 une offre de gaz vert. En plus de Direct Energie, le plus important d'entre eux, une dizaine d'autres fournisseurs alternatifs (notamment Energem, Alterna, Planète Oui), ont émergé ces derniers mois. La course est lancée, et, comme ce fut le cas des MVNO, ces opérateurs de téléphonie mobile qui ne possèdent pas leurs propres réseaux, seuls quelques-uns parviendront à imposer leur marque. ekWateur et ses actionnaires entendent bien être de ceux-là.

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Commentaires
a écrit le 08/01/2017 à 19:29 :
L'opération de Que Choisir avec plusieurs centaines de milliers de personnes a permis d'obtenir des contrats avec 28% de réduction par rapport aux prix régulés. La concurrence et donc importante car on voit qu'EDF comme Areva étaient très mal gérées. C'était pareil avec France Telecom et les prix ont nettement baissé depuis.
a écrit le 08/01/2017 à 8:11 :
L'énergie ne doit pas être soumise aux lois du marché. Le prix de l'énergie doit être comparée au cout du travail. C'est vraiment trop difficile à comprendre.
a écrit le 07/01/2017 à 23:11 :
Cette ouverture de marché est juste une immense connerie au seul bénéfices des actionnaires et financiers.

L’énergie est un bien commun précieux, qui n’a pas à être gérée par les vampires des marchés.

Le privé ne peut rien apporter de bon là dedans. Les problématiques énergétiques doivent être pensées et mises en œuvres par les citoyens, donc par le public.
Réponse de le 08/01/2017 à 19:31 :
On disait çà aussi des télécoms mais les prix du secteur ont nettement baissé. Pourquoi le privé contrôlé serait pire que le public ? Les sénateurs et députés sont publics et pourtant ils gèrent très mal et nous coûtent beaucoup trop par rapport à leurs résultats.
Réponse de le 08/01/2017 à 19:38 :
Certes, la mise en concurrence oblige les fournisseurs à investir en promotion et en commercial, tout autant qu'en infrastructures, mais l'ensemble de l’économie fonctionne suivant ce même principe et cela semble convenir à beaucoup d’économies (et de démocraties, puisqu’on a le choix).
A l'opposé, le système du "soviet suprême" n'a pas non plus fait ses preuves, loin de là.
On peut aussi bénéficier des avantages de la mise en concurrence tout en régulant le marché, pour éviter les dérives.
De toute manière, la France a été parmi les premières à vouloir l'ouverture du marché de l’énergie et c’était une stratégie logique, puisque nos opérateurs historiques avaient aussi comme ambition de se développer à l’étranger. Il est évident que cela ne pouvait se dérouler à sens unique et qu’il faut dans ce cas accepter la concurrence sur le marché national. On a tout de même vécu une période transitoire qui a perduré et pendant laquelle on a eu droit à des situations ubuesques : avec un marché ouvert à la concurrence mais avec des tarifs régulés, un operateur à la fois exploitant, producteur, fournisseur et servant occasionnellement de cagnotte pour renflouer les finances de l’état ou des secteurs en difficulté, et autres péripéties.
Sachant que l’Etat n’est pas toujours bon gestionnaire et que souvent il ne sait pas, ou ne peut pas réformer… Dans ce cas, il choisit parfois de laisser nos fleurons habitués au monopole et à une clientèle captive se confronter directement à la concurrence. Certes la méthode (si méthode il y a) peut parfois manquer de courage, de volonté et donc d’organisation. Mais l’évolution se fait et c’est déjà ça.
Le secteur de l’énergie va aussi être confronté à la révolution numérique, à la décentralisation, à la montée en puissance des énergies renouvelables et du véhicule électrique. Beaucoup de domaines où nous n’avons pas toujours le savoir faire et auxquels il va falloir s’adapter très vite et évoluer pour rester compétitifs.
a écrit le 07/01/2017 à 22:20 :
La magouille et l'escroquerie organisées. Lors de démarchages , il est impossible au commun des mortels de savoir à qui on a affaire: ils vous promettent tous la lune, mais gare à l'arrivée.
Réponse de le 08/01/2017 à 19:33 :
Il ne faut pas se laisser démarcher mais choisir soi-même son propre opérateur, il y a des comparateurs pour çà. Ensuite il faut lire les contrats en détail. C'est comme pour tout.
a écrit le 07/01/2017 à 11:58 :
CHAQUE PRODUCTION D ENERGIE NOUVELLE ECOLOGIQUE EST DIFERENTE SUIVENT L ENTRETIENT QU IL Y A DERRIERE ? MAIS NOUS Y AVONS TOUS A Y GAGNE SI NOUS RESPIRONS MIEUX ET SI NOUS NE SOMME PLUS DEPENDANT DES MONOPOLES PETROLIER QUI ONT ASSEZ FAIT DE DEGAT SUR TERRE POUR L OR NOIR// /DESTRUSCTION DE L ECOSYTEME DONT NOUS DEPENDONS PLUS TOUTE CES GUERRES POUR LE PETROLE QUE NOUS SUBISSONS DEPUIS DES ANNEES???/// C EST UNE CHOSSE DE SONGER QUE LA NATURE NOUS PARLE EST QUE LE GENRE HUMAIN N ECOUTE PAS///VICTOR HUGO///
a écrit le 06/01/2017 à 8:54 :
"En rognant fortement sur ses marges, mais en acquérant ainsi une importante base de clients, quitte à réviser ses prix à la hausse à l'échéance du contrat d'un an."

C'est ce que disent la plupart des clients des compagnies privées d'énergie, au début c'est moins cher mais trois à cinq ans après c'est systématiquement plus cher que chez EDF.

Encore et toujours le problème de la marge bénéficiaire.

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