ExxonMobil accusé d'avoir semé le doute sur le changement climatique

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D'après les chercheurs, ExxonMobil savait depuis les années 80 que le changement climatique était bien réel et causé par des activités humaines.
D'après les chercheurs, ExxonMobil savait depuis les années 80 que le changement climatique était bien réel et causé par des activités humaines. (Crédits : © Sebastien Pirlet / Reuters)
Deux chercheurs de l'université de Harvard ont expliqué dans un article universitaire que le géant pétrolier ExxonMobil avait entretenu un double discours sur l'impact des activités humaines sur le changement climatique pendant près de 40 ans.

Selon une étude publiée ce mercredi 23 août dans la revue Environmental Research Letters, la société ExxonMobil "a trompé" ses actionnaires et les citoyens en semant le doute sur le rôle des activités humaines sur le changement climatique. Les auteurs Geoffey Supran et Naomi Oreskes ont expliqué avoir travaillé sur 187 documents publiés par la firme américaine entre 1977 et 2014. Il s'agit de publications scientifiques, documents internes ou des tribunes publiées dans le New York Times.

Un double discours

Les deux chercheurs ont déclaré s'être lancé dans ce travail académique après les démentis opposés par la firme pétrolière à des articles de journaux l'accusant d'avoir occulté des informations sur le réchauffement de la planète. En travaillant sur ce corpus de documents, les deux universitaires ont ainsi remarqué que le géant pétrolier tenait un double discours. "Nous avons identifié une contradiction systématique entre ce qu'Exxon disait du changement climatique dans des cercles privés ou académiques et ce que l'entreprise disait au public dans le New York Times", a déclaré à l'AFP Geoffrey Supran. Les auteurs ont ensuite expliqué avoir utilisé des tribunes car elles "sont une forme de communication destinée à avoir un impact sur l'opinion publique", alors que les revues scientifiques sont plus confidentielles.

Au terme de leur recherche, ils ont conclu que 83% des articles scientifiques et 80% des documents internes admettent que le changement climatique est bien réel et causé par les activités humaines. A l'inverse, 81% des tribunes parues dans la presse ont exprimé des doutes sur le rôle de l'homme dans le changement climatique. "Nous concluons qu'ExxonMobil a contribué à faire avancer la science climatique par le biais de publications académiques, mais a promu le doute dans ses tribunes. Etant donné cette contradiction, nous concluons qu'ExxonMobil a trompé le public".

Des actionnaires inquiets

Pendant longtemps, la firme pétrolière a refusé d'évaluer l'impact financier des politiques pour limiter le changement climatique. Mais en mai dernier, les actionnaires du géant ont contrait la direction du groupe, par le biais d'une motion, à faire plus de transparence sur les conséquences économiques des politiques environnementales. Cette motion, adoptée par 62,3% des actionnaires lors d'une assemblée générale à Dallas, marque ainsi un véritable changement de cap au sein du groupe. Interrogée par l'AFPNatasha Lamb du fonds Arjuna Capital, l'un des actionnaires à l'origine de la motion a indiqué "qu'ExxonMobil a cherché à semer le doute sur la cause et l'ampleur du changement climatique" et "ce seront les investisseurs qui vont payer la note si l'entreprise ne se prépare pas à un futur sans émissions de CO2".

ExxonMobil dans le collimateur de la justice

Ce n'est pas la première fois que la compagnie pétrolière intéresse les scientifiques ou les enquêteurs et la justice ces derniers mois. A la fin du mois de juillet dernier, le département américain du Trésor a infligé une amende de deux millions de dollars à ExxonMobil pour avoir enfreint en 2014 les sanctions commerciales contre la Russie imposées par les Etats-Unis. Le groupe pétrolier était alors dirigé par l'actuel secrétaire d'Etat Rex Tillerson en charge des relations diplomatiques.

> Lire aussi : ExxonMobil pénalisé pour avoir enfreint les sanctions contre Moscou

Par ailleurs, les pratiques comptables d'ExxonMobil sont dans le collimateur de la justice new-yorkaise. Le Procureur général de l'Etat de New York, Eric Schneiderman, s'intéresse notamment au financement par ExxonMobil de recherches climato-sceptiques et cherche à déterminer si l'entreprise a caché des études montrant le rôle néfaste des énergies fossiles dans le changement climatique.

> Lire aussi : Climato-scepticisme : ExxonMobil dans le collimateur de la justice américaine

En outre, le gendarme de la Bourse américain, la SEC s'interroge sur les pratiques comptables d'ExxonMobil. Selon le Wall Street Journal, elle a demandé en août 2016 des documents confidentiels à l'entreprise et à la société chargée de l'auditer, le cabinet PwC. La SEC s'intéresse tout particulièrement à la manière dont le groupe valorise ses gisements pétroliers, dans un contexte de baisse des prix du baril et d'intensification de la lutte contre le réchauffement climatique. ExxonMobil s'est borné à indiquer qu'il avait "répondu intégralement aux demandes d'information de la SEC" et était "confiant dans le fait que nos résultats financiers satisfont à toutes les exigences légales et comptables".

Enfin, ExxonMobil, condamné début octobre 2016 par le tribunal de grande instance de N'Djamena à verser une somme de près de 44.700 milliards de Fcfa (73,44 milliards de dollars américains) à l'Etat tchadien, a réussi à trouver un arrangement avec le gouvernement. Accusé de ne pas avoir respecté ses obligations fiscales, le tribunal a demandé au pétrolier de s'acquitter de 819 millions de dollars en redevance.

> Lire aussi : Tchad : Exxon évite de justesse une amende de 74 milliards de dollars

(Avec agences)

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Commentaires
a écrit le 24/08/2017 à 17:02 :
Les pétroliers sèmeraient le doute ? allons donc....
a écrit le 24/08/2017 à 14:16 :
Rien de surprenant à moins d'être naïf.

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