La première bouteille en plastique bio-recyclé voit le jour

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L'incorporation dans de nouveaux produits du plastique issu du recyclage mécanique reste encore infime, en raison d'un prix plus élevé pour des
caractéristiques techniques inférieures par rapport à celui vierge.
L'incorporation dans de nouveaux produits du plastique issu du recyclage mécanique reste encore infime, en raison d'un prix plus élevé pour des caractéristiques techniques inférieures par rapport à celui vierge. (Crédits : Reuters)
L'entreprise française Carbios est parvenue à fabriquer une bouteille entièrement issue du biorecyclage enzymatique de plastiques usagés. L'objectif est de trouver une alternative au recyclage mécanique utilisé aujourd'hui, et notamment à la dégradation de la matière qu'il implique.

C'est une étape majeure dans la recherche de solutions au fléau des déchets en plastique. Carbios, entreprise française de biochimie, est parvenue à fabriquer une bouteille entièrement issue du biorecyclage enzymatique de plastiques usagés, répondant aux exigences techniques et sanitaires des emballages destinés aux boissons.

Première mondiale, cette réussite « nous rapproche de la mise
sur le marché de notre technologie », observe Jean-Claude Lumaret, directeur général de l'entreprise, qui entend « jouer un rôle de premier plan en tant que bailleur de licences pour le biorecyclage des plastiques et fibres en PET (polymère pétrosourcé, Ndlr) ».

Une alternative au recyclage mécanique

Créée en 2011, la société a développé deux procédés industriels utilisant des enzymes pour décomposer divers types de polymères en monomères. L'un des deux concerne justement le PET d'emballage. L'objectif est de trouver une alternative au recyclage mécanique utilisé aujourd'hui, et notamment à la dégradation de la matière qu'il implique, faisant obstacle à de nombreuses réutilisations de la matière recyclée.

Lire aussi : Carbios décompose le plastique grâce aux enzymes

L'entreprise avait déjà réussi à convertir 97% de déchets plastiques PET de toutes sortes (clairs, colorés, opaques, complexes) en leurs constituants de base en 16 heures. Elle avait ensuite aussi pu démontrer la possibilité de reproduire du PET à partir des monomères résultant de la décomposition enzymatique. Elle vient enfin de valider l'aptitude de ce matériau à répondre aux demandes des industriels.

Un démonstrateur industriel dès cette année

Le marché est très prometteur. D'une part la production de PET, utilisé pour fabriquer des emballages, notamment les bouteilles des boissons, ainsi que des fibres textiles, devrait encore croître de 4,8% chaque année d'ici 2025, selon les chiffres de Carbios. D'autre part le plastique, à l'origine d'une grave pollution des terres et des mers, fait de plus en plus l'objet de mesures publiques d'interdiction, ainsi que d'un rejet de la part de l'opinion publique. Enfin, l'incorporation dans de nouveaux produits du plastique issu du recyclage mécanique reste encore infime, en raison d'un prix plus élevé pour des
caractéristiques techniques inférieures par rapport à celui vierge.

Lire aussi : Plastique : l'UE s'accorde sur l'interdiction de nombreux produits à usage unique

L'entreprise compte commencer dès cette année la construction d'un démonstrateur industriel, qui devrait être prêt en 2021. Elle peut notamment s'appuyer sur un financement de 7,5 millions obtenu en janvier avec son partenaire Toulouse White Biotechnology (TWB), via le programme d'investissement d'avenir opéré par l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Carbios touchera 4,1 millions sur une période de 39 mois. Une partie de ce financement servira aussi à développer une technologie destinée en particulier aux fibres textiles, elles aussi en PET mais nécessitant des enzymes spécifiques.

Des solutions pour des industriels majeurs du secteur

Le deuxième procédé développé par Carbios consiste dans la fabrication de PLA (un plastique utilisable dans l'emballage alimentaire et la vaisselle jetable) biodégradable, grâce à l'introduction des « ciseaux » biologiques dans le polymère lui-même. Lorsqu'il est composté, voire jeté dans la nature, il s'autodétruit sans laisser aucun résidu, puisque les monomères sont digérés par les micro-organismes du sol, selon Carbios. En 2016, la société a créé une coentreprise, Carbiolice, avec Limagrain Céréales Ingrédients et le fonds SPI opéré par Bpifrance, afin justement d'exploiter cette technologie en commercialisant des granules de PLA.

C'est en effet sur des concessions de licences ou des joint-ventures que Carbios mise pour proposer ses solutions (produits, technologies, procédés) à des « industriels majeurs des secteurs concernés » par ses innovations.

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Commentaires
a écrit le 07/03/2019 à 9:16 :
Un vrai progrès pour enrayer la prolifération de ces cochonneries.
L'autre solution étant de boire l'eau du robinet.
Qui n'a jamais tué personne.
En France en tous cas.

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