Le Danemark perce le secret de la consommation d’eau sans énergie

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Après des années de recherche, le Danemark réussi à rendre son cycle de l'eau énergétiquement neutre.
Après des années de recherche, le Danemark réussi à rendre son cycle de l'eau énergétiquement neutre. (Crédits : Shutterstock)
Grâce à ses politiques rigoureuses, le Danemark a réussi à dépasser le lien en apparence indissociable entre consommation d'eau et d'énergie. La mise en place du modèle danois au niveau européen ne s'annonce cependant pas facile. Un article de notre partenaire Euractiv.

En termes d'écologie, les pays scandinaves sont en général à la pointe, et la gestion de l'association eau-énergie ne fait pas exception à cette règle.

« L'histoire de la gestion de l'eau à la danoise est un vrai conte de fées », assure Katrine Rafn, directrice des ressources hydrauliques au ministère danois de l'Environnement. Ces trente dernières années, le Danemark a « réussi à percer le secret » de l'association entre croissance économique et gestion efficace de l'eau.

« Le secret est un mélange savant de développement de politiques, de réglementation intelligente et d'innovation technique » impliquant une coopération entre les autorités publiques, le secteur privé et les gestionnaires hydrauliques, a-t-elle expliqué lors d'un événement EurActiv.

« La gestion efficace de l'eau repose sur une gestion de tout le cycle hydraulique », a-t-elle continué. « Cela concerne la consommation, l'extraction et la distribution, mais aussi le transport des eaux usées et leur traitement. Cela concerne absolument tout. »

L'industrie utilise beaucoup d'eau, l'industrie de l'eau aussi

La production d'énergie peut être très gourmande en eau. L'eau est principalement utilisée pour refroidir les centrales thermiques et nucléaires, mais aussi dans la fabrication de biocarburants et le nettoyage des panneaux solaires dans les centrales photovoltaïques.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a récemment mis un coup de projecteur sur l'association eau-énergie. Dans son dernier rapport mondial, publié  le 16 novembre, l'association estime que presque toutes les faiblesses du système énergétique mondial, qu'elles soient liées à l'accès à l'énergie, à la sécurité énergétique ou à la lutte contre le changement climatique, pourraient être exacerbées par une modification de l'accès à l'eau.

« L'industrie de l'eau utilise beaucoup d'énergie, environ 4 % de l'électricité produite sur la planète », souligne Mads Warming, directeur de l'eau et des eaux usées chez Danfoss, une entreprise d'ingénierie danoise, qui a soutenu l'événement organisé en novembre par EurActiv.  Ce chiffre devrait cependant doubler d'ici 2040 si rien n'est fait pour le limiter, selon l'AIE.

La réussite danoise : passer au coût zéro

« Ce que nous avons montré, c'est qu'il est possible de faire passer ce chiffre à zéro », conclut Mads Warming.

Dès les années 1970, le Danemark a réalisé qu'il fallait rendre la gestion de l'eau moins gourmande en énergie. À l'époque, il y avait dans le pays un excès de prélèvement d'eau, les rivières et zones côtières étaient polluées aux eaux usées et la consommation d'eau était trop grande et inefficace, assure la représentante officielle.

Depuis, le pays a réussi à réduire l'utilisation d'eau à une moyenne de 107 litres par personne par jour. À Copenhague, la consommation a été réduite de 42 % depuis 1985.

Une tendance partagée par l'industrie, souligne Katrine Rafn. Au niveau industriel, les fuites ont été limitées à 8 % de moyenne dans tout le pays. Les nappes phréatiques desquelles l'eau est extraite ont été extensivement cartographiées, afin de permettre une « prise de contrôle sur les ressources ». « Nous savons où elles sont et combien elles sont, nous pouvons donc les protéger de la pollution et de la surexploitation », a expliqué la représentante du ministère.

Preuve du changement d'attitude, les eaux usées sont d'ailleurs aujourd'hui appelées  « ressources hydrauliques ».

Pourquoi le reste du monde ne copie-t-il pas la solution danoise ?

Résultat : le secteur de l'eau n'utilise plus au Danemark que 1,8 % de l'électricité consommée dans le pays. Et les technologies permettant de rendre le secteur neutre sont là, insiste la Danoise. La ville d'Aarhus, par exemple, entend rendre son cycle hydrologique énergétiquement neutre d'ici 2020, a annoncé Lars Schröder, PDG d'Aarhus Water. D'autres villes danoises lui ont emboîté le pas.

Alors pourquoi le reste du monde ne copie pas la solution danoise ? « On pense généralement que tout est cher au Danemark, y compris l'électricité », a expliqué Mads Warming, de Danfoss, mais les prix de l'électricité y sont moins élevés qu'au Royaume-Uni ou en Allemagne, et équivalent à la moitié des prix italiens, un peu comme au Brésil ou en Chine.

Tarifer l'eau avec un recouvrement des coûts complet

« Cela semble trop beau pour être vrai ? Eh bien ça peut être fait », confirme Katerine Rafn, qui estime que le moteur de la réussite danoise a été une tarification de l'eau avec un recouvrement de coûts complet. « Les prix de l'eau incluent tout le cycle hydrologique, y compris l'investissement dans les nouvelles technologies », a-t-elle poursuivi, indiquant que Copenhague avait introduit une pénalité fiscale pour pousser les infrastructures de gestion de l'eau à éviter de dépasser les 10% de fuite.

La législation européenne n'est toujours pas appliquée

Pavel Misiga, qui dirige l'unité sur l'eau potable du département environnement de la Commission, juge que les secteurs de l'eau et de l'énergie sont confrontés aux « mêmes problèmes » et aux « mêmes failles des marchés ». Il rappelle que les législateurs européens n'ont pas ignoré le secteur de l'eau, mentionnant la directive relative au traitement des eaux urbaines résiduaires, adoptée en 1991, et la directive-cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l'eau, de 2000, qui a introduit la tarification de l'eau comme outil politique au niveau européen.

Pourtant, « cette législation n'est toujours pas appliquée en Europe », a regretté le fonctionnaire, qui tient notamment pour responsable un manque d'investissement. Selon la Banque européenne d'investissement (BEI), il faudrait environ 90 milliards d'euros d'investissement pour que les mesures soient concrétisées. Ce manque d'investissement se traduit par la négligence des objectifs environnementaux et par des services aux citoyens laissant à désirer, a-t-il estimé.

L'eau « crée aussi des dettes publiques énormes »

L'eau « crée aussi des dettes publiques énormes », a poursuivi Pavel Misiga, qui indique que ces chiffres ne figurent cependant pas dans les comptes nationaux, « mais à l'avenir, ce problème doit être résolu ».

Katerine Rafn se montre plus optimiste quant au rôle potentiel de l'UE et appelle la Commission à mettre en place des objectifs ambitieux.

« Pourquoi ne pas instaurer une loi européenne commune fixant un maximum de 10% de perte pour le secteur de l'eau ? Je pense que c'est faisable, la technologie existe et nous avons de nombreux exemples de sa mise en pratique », a-t-elle plaidé.

Le Danemark teste actuellement une autre idée, de nouveaux indicateurs environnementaux complétant les marqueurs utilisés pour l'efficacité énergétique du secteur. « Je me demande donc pourquoi nous ne pourrions pas mettre cela en pratique au niveau européen, afin de pouvoir comparer les efforts des pays et que ceux-ci apprennent les uns des autres », précise la représentante danoise.

La Chine a déjà appris de l'expérience danoise et introduit un objectif limitant les pertes à 10 %, or « si les Chinois peuvent le faire, nous le pouvons aussi », a-t-elle fait remarquer.

    >Lire : Des doutes sur la directive-cadre sur l'eau

Révision de la directive-cadre sur l'eau

Pour Pavel Misiga, la révision de la directive-cadre sur l'eau en 2019 est l'occasion de considérer de nouveaux objectifs ou de nouvelles normes européennes. Il a néanmoins prévenu qu'il y aurait des « obstacles politiques » pour atteindre un accord à l'échelle européenne, sur la mise en avant d'« outils plus souples » comme un meilleur accès aux financements et sur l'élimination des risques d'investissements dans les technologies de gestion de l'eau.

« Le problème avec une norme ou un objectif universels, c'est qu'il y a des différences énormes en Europe », a souligné Pavel Misiga, qui a comparé des pays comme l'Allemagne et le Danemark où les pertes d'eau représentent seulement 6% à des villes en Roumanie où les pertes peuvent atteindre 40%.

« Nous risquons donc de ne pas réussir à nous mettre d'accord », a-t-il prévenu, soutenant une approche plus souple. « Et pour cela, nous n'avons pas besoin d'attendre une nouvelle loi », a-t-il déclaré, encourageant ainsi les villes à se servir du Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI) - le fameux plan Juncker - pour investir dans des projets liés à l'eau et à l'énergie.

Quoi qu'il en soit, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a souligné la nécessité d'aborder le lien entre eau et énergie, rappelant que le coût de l'inaction finirait par monter en flèche.

« Nous n'avons pas le temps d'attendre », a déclaré Kamel Ben Naceur, directeur des technologies et des perspectives à l'AIE :

« Si nous ne le faisons pas maintenant, le système pour le faire après-coup sera beaucoup plus couteux. Et si nous ne le faisons pas du tout, le coût d'adaptation sera astronomique. »

Tout en admettant que répliquer le modèle danois « serait quelque peu complexe » à cause des différences nationales, Kamel Ben Naceur a mis l'accent sur les énormes bénéfices économiques découlant de la collecte et du traitement des eaux usées dans les villes d'Europe.

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>CONTEXTE

La directive-cadre pour une politique communautaire dans le domaine de l'eau appelait les États membres à créer des encouragements concrets pour une consommation plus efficace de l'eau d'ici 2010. Il est toutefois difficile de déterminer si cela a eu un impact réel sur les politiques nationales, selon l'Agence européenne pour l'environnement (AEE).

La consommation d'eau par secteur varie entre les différents pays de l'Union européenne. L'agriculture est le secteur le plus gourmand en eau potable dans les régions les plus sèches, remplacé par les secteurs de l'énergie et de l'industrie dans les États plus humides.

Dans l'ensemble, les foyers, entreprises, hôpitaux et bureaux représentent 20% de la consommation totale, selon un rapport de 2012 de l'AEE. Les chasses d'eau à elles seules correspondent à près d'un tiers de ce chiffre, mais les fuites occasionnées par la vétusté des installations et tuyaux engendrent également des pertes importantes.

Les appels à davantage d'efficacité dans ce domaine se multiplient, et pas seulement au niveau législatif. Les industries grandes consommatrices d'eau, notamment les producteurs de boissons et d'aliments, prennent des mesures visant à améliorer leur efficacité, et ainsi à réduire leurs coûts, dans un contexte où la sécurité d'approvisionnement semble de moins en moins garantie.

Si la plupart de l'Europe n'a pas encore à s'en faire, les données indiquent que certaines parties de l'Espagne, de la France, de l'Italie, du Royaume-Uni, de la Belgique, des États baltes et de Chypre ont connu des crises d'approvisionnement en eau potable, avec une demande excédant l'offre.

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>PROCHAINES ETAPES

  • 2019 : Révision de la directive-cadre sur l'eau.

Plus d'information

Commission européenne

Agence internationale de l'énergie

ONU

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Par Frédéric Simon, EurActiv.com (traduit par Manon Flausch)

(Article publié le mercredi 1 févr. 2017 + mis à jour le 1 févr. 2017)

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Commentaires
a écrit le 06/02/2017 à 20:29 :
Les libéraux se moquent et rigolent des pays scandinaves, car les pays scandinaves font le contraire des USA : ils sont sociaux, ils redistribuent les richesses, ils sont très peu corrompus, ils protègent leurs citoyens des multinationales, ils adorent la nature et en prennent soin, ils aiment le respect et l'harmonie. Les USA et les libéraux, tout le contraire. Alors quel modèle choisissez-vous ?
a écrit le 06/02/2017 à 11:52 :
Je ne vois pas de miracles dans la gestion de l'eau par les Danois , comment neutralisent-ils les pesticides, les fongicides, les désherbant qui affluent tous la ans dans les nappes, les éléments des boues d'épurations qui ne sont en réalité pleine d'élément lourds et de produits chimiques , molécules de médicaments et bactéries en tout genre qui sont les principaux vecteurs de dangers sanitaires à long terme sur les populations. De simples taxes auraient un effet jouvence une nouvelle fois sur cette pollution des plus dangereuse pour l'avenir de nos enfants .
a écrit le 06/02/2017 à 3:32 :
"Si les chinois peuvent le faire, nous le pouvons aussi " !
Comment peut-on interpreter cet enonce ? Condescendant, voire a inferioriser le peuple de Chine. Lamentable. Le siecle qui s'annonce sera a l'Asie et pour longtemps.
Réponse de le 09/02/2017 à 8:59 :
Ou alors c'est juste que ce sont des être humains, comme nous, et donc qu'il n'y a pas de raison qu'on ne puisse pas le faire.
a écrit le 06/02/2017 à 1:14 :
Sans compter que si tous les français pour quelques euros mettaient des économiseurs d'eau de 1,2 litre/minute sur les robinets çà ne change pas le confort et économiserait des milliards de litres d'eau, beaucoup d'argent et l'énergie de 4 réacteurs nucléaires en France. Voir http://www.savinga.fr/aerateurs-pour-lavabo/25-aerateur-economique-deau-neoperl-spray-12-lmin.html
a écrit le 06/02/2017 à 0:17 :
Ce serait mauvais pour véolia, ça...
a écrit le 05/02/2017 à 21:45 :
"les foyers, entreprises, hôpitaux et bureaux représentent 20% de la consommation totale", et le fuites entre 10 et 40%. Ceux qui distribuent l'eau considèrent que la ressource n'a aucune valeur, seule l'eau consommée et facturée en a. Pas très écologique n'est-ce pas.
a écrit le 05/02/2017 à 17:52 :
On se doute que l'UE ne va pas se précipiter sur une mesure progressiste qui pourrait être favorable à tout le monde, pour elle seuls les intérêts des actionnaires milliardaires sont importants.

Alors que nous constatons que la gestion de l'eau par les seuls acteurs privés c'est un échec.
a écrit le 05/02/2017 à 12:14 :
"...éviter de dépasser 10% de fuites" dans les réseaux : tout est dit. Le reste relève surtout du baratin et de la gestion de la "pénurie".
a écrit le 05/02/2017 à 11:37 :
Plutôt que de palabrer à la TV, les politiques devraient étudier les dossiers et travailler.
En France, il y a du boulot dans tous les domaines de l’économie. Un exemple, nous avons le deuxième patrimoine marin du monde, on ne l'exploite pas , pire , nous avons quelques bateaux pour surveiller 500 000 Km 2. L'Afrique avec sa démographie galopante fera que la français sera la 3 ème langue parlée dans le monde. Que font nos politiques pour la francophonie , les partenariats universitaires , rien. Au contraire, nos politiques peuvent provoquer des dégâts. Ex , le diesel, cela fait 40 ans que l'on sait qu'il émet des particules fines , qu'ont-ils fait, le contraire, ils l'ont favorisé. Idem pour le nucléaire, on passe à coté du renouvelable tellement EDF a des dettes. On pourrait continuer la liste longtemps.
Réponse de le 05/02/2017 à 18:43 :
On ne peut qu'être d'accord avec vous surtout pour ce qu'ils touchent et le grand nombre d'élus. Mais ma foi, sans doivent-ilsl d'abord apprendre les ficelles du métier comme le plus jeune maire de France, élu UMP en 2014
A tout juste 22 ans, Stéphane Sieczkowki-Samier était devenu lors des élections municipales, il y a trois ans, plus jeune maire de France lors du deuxième tour de scrutin à Hesdin, dans le Pas-de-Calais. Il a été mis en examen vendredi pour une fausse délibération du conseil municipal au profit de sa mère.
Décidément les affaires familliales ont le vent en poupe à l'UMP (on peut plus écrire républicains)
a écrit le 05/02/2017 à 11:36 :
Bizarre de mettre sur le même plan la consommation d'eau d'une centrale, les eaux de lavage des panneaux solaires ou les eaux usées des individus. L'eau consommée pour le refroidissement d'une centrale provient d'une rivière ou de la mer (en général), et ressort aussi propre qu'à l'entrée (et même plus...) mais à température plus élevée... Parle t on de l'eau évaporée dans les aéros ? Mystère ! Les eau usées en ville proviennent souvent de nappes phréatiques et sont rejetées après traitement ( dans les pays développés) en rivière. Il y a donc des cas très différents qui ne peuvent pas faire l'objet d'un même raisonnement !
Réponse de le 05/02/2017 à 17:48 :
L'approche Danoise est systémique.
il ne s'agit pas de tout mettre au même plan mais de gérer l'eau dans toutes ses composantes.

Cet article (qui fait un peu pub) montre surtout que d'avoir des politiques publiques peut servir à quelque chose et être créateur de valeur.

Il est claire qu'avec des politiciens et des fonctionnaires moins corrompus on pourrait avancer dans cette voie mais cela demande une volonté et une discipline de fer.

L'important est de comprendre que les contraintes écologiques vont faire peser des coûts exorbitants sur les sociétés et apparemment la société Danoise est bien préparée.

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