Les pionniers du green (3/8) : Vancouver, première ville d'Amérique du Nord à se chauffer grâce aux égouts

[ Série d'été ] Le projet pilote mené dans le quartier de Southeast False Creek permet de réchauffer l'eau et les habitations de 10.000 habitants, en réduisant de plus de 60% les émissions de gaz à effet de serre. Vancouver s'est inspirée d'Oslo et Tokyo, qui avaient déjà adopté cette solution.
Giulietta Gamberini

6 mn

L'architecture de l'installation a été conçue de manière à jouer un rôle pédagogique. Les cinq conduits d'évacuation en forme de main qui se dressent en dehors de la station changent de couleur, du bleu au rouge, en fonction de la quantité d'énergie consommée à chaque moment par le quartier.
L'architecture de l'installation a été conçue de manière à jouer un rôle pédagogique. Les cinq conduits d'évacuation en forme de main qui se dressent en dehors de la station changent de couleur, du bleu au rouge, en fonction de la quantité d'énergie consommée à chaque moment par le quartier. (Crédits : DR)

En économie circulaire, tout déchet est une ressource. Y compris les égouts, que certaines villes commencent à utiliser pour chauffer des quartiers entiers. C'est le cas notamment de la ville de Vancouver, sur la côte ouest du Canada, qui expérimente cette solution depuis 2010 dans le cadre de son plan municipal pour devenir "la ville la plus verte du monde" en 2020 notamment par l'utilisation locale d'énergie renouvelable.

Le projet pilote, dont l'objectif explicite est d'explorer l'une des voies permettant de réduire les émissions urbaines de gaz à effet de serre, est mené dans le quartier de Southeast False Creek, siège du village olympique des jeux d'hiver de 2010 et reconverti depuis en quartier "modèle" de développement durable. Dans son centre, sous le Cambie Street Bridge, une pompe à chaleur récupère les calories des eaux usées, réchauffant en échange de l'eau propre qui est renvoyée par un réseau de tuyaux aux bâtiments environnants. Ces derniers, dotés de stations de transfert -et soumis à de rigoureux critères d'efficacité énergétique-, l'utilisent pour réchauffer leur eau et leurs espaces d'habitation. La chaleur de l'eau qu'ils rejettent sera à son tour réutilisée.

Réseaux Southeast False Creek

Un échangeur de chaleur comme dans un frigo

"Pour se laver, faire leur lessive et leur vaisselle, les ménages utilisent essentiellement de l'eau chaude. La température de l'eau des égouts tourne ainsi normalement autour des 25°C. Mais cette chaleur est d'habitude inexploitée. La capter comme nous le faisons à Southeast False Creek permet de réduire de plus de 60% les émissions de gaz à effet de serre qui seraient produites en chauffant l'eau de manière traditionnelle", expliquait en mars à La Tribune Brian Crowe, à la tête des services de l'eau, des égouts et de l'énergie de la ville de Vancouver. En décrivant le fonctionnement de la station, l'ingénieur précisait:

"Le mécanisme d'échange de chaleur est très proche de celui utilisé dans tout frigo. La technologie utilisée est la même que dans les stations de géothermie."

Pompe à chaleur

Si Vancouver est dans ce domaine pionnier en Amérique du Nord, la ville n'a toutefois pas été la première du monde à tester une telle application de l'économie circulaire. Oslo, qui a partagé son expérience avec la métropole canadienne, s'en sert depuis 15 ans, et comptait deux stations en 2010. A cette époque, il en existait déjà une autre aussi à Tokyo.

L'apport du gaz naturel réduit à 30% du total

Le centre de production d'énergie de Southeast False Creek réchauffe ainsi aujourd'hui 10.000 personnes, et a la capacité de servir 10.000 habitants de plus. L'installation d'une deuxième pompe, déjà prévue, permettrait au total de couvrir les besoins de 35.000 personnes. Le gaz naturel, auquel on a recours les jours les plus froids afin d'assurer la continuité du service, ne fournit désormais que 30% de l'énergie totale.

Pour gagner la confiance des citoyens, la population a été associée au projet, et l'architecture de l'installation a été conçue de manière non seulement à s'intégrer au paysage, mais aussi à jouer un rôle pédagogique. Les cinq conduits d'évacuation en forme de main qui se dressent en dehors de station changent de couleur, du bleu au rouge, en fonction de la quantité d'énergie consommée à chaque moment par le quartier. Des fenêtres transparentes permettent en outre aux riverains de voir l'intérieur.

Les contribuables remboursés

Dernier atout du projet, la ville de Vancouver n'a fait que prêter les 30 millions de dollars canadiens (20,7 millions d'euros) nécessaires pour construire la station et le réseau dans le quartier. Les contribuables seront remboursés, avec retour sur investissement, par les consommateurs, qui bénéficient par ailleurs de tarifs "abordables", affirme la ville.

"La chaleur que nous produisons est un peu plus chère que celle issue de l'utilisation de gaz naturel, mais tout à fait compétitive par rapport à celle produite en utilisant l'électricité", précise Brian Crowe.

"En raison de la taille de l'installation, elle est par ailleurs moins chère que si nous avions opté pour d'autres sources d'énergies renouvelables", ajoute-il.

Un argument de plus qui explique l'intérêt d'autres municipalités. Après Vancouver, nombre de villes ont suivi l'exemple: en Europe, la solution est testée en Allemagne, en Autriche et en Suisse.

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Giulietta Gamberini

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Commentaires 9
à écrit le 25/08/2016 à 13:49
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quid de la France, Paris, par exemple, avec sa maire très au fait des énergies renouvelables...? J'avais oublié qu'il y a le nucléaire

à écrit le 12/08/2016 à 17:47
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Citoyen blasé (que j'ai compris ;o) tout comme Gépé ont raison. On peut d'ailleurs le démontrer entre autres par la création d'emplois nets pérennes et locaux avec ces méthodes renouvelables. A noter que la récupération de la chaleur des eaux usées e...

à écrit le 12/08/2016 à 14:38
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La seule alternative, il n'yen a pas deux, mais une seule, c'est de Taxer l'énergie.

le 12/08/2016 à 16:35
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Vous pouvez poser votre affirmation sous tous les articles, ça ne la rend pas plus convaincante, mais au contraire encourage à l'ignorer.

à écrit le 12/08/2016 à 9:08
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Bravo à eux et merci beaucoup pour cette formidable info, comme quoi quand on veut on peut. Les néolibéraux qui affirment adorer les chiffres positifs s'extasient avec des augmentations du PIB de 0.3%, dans le domaine des nouvelles énergies à sav...

le 12/08/2016 à 11:08
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Pas compris votre remarque?

le 12/08/2016 à 14:15
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Les néolibéraux aiment les chiffres et ne se reposent que sur eux pour nous imposer leur dogme, plus c'est positif plus ça augmente et plus ils aiment, ok ? Or au sein de l'économie actuelle les chiffres sont désastreux mais ils s'enthousiasment ...

le 12/08/2016 à 14:36
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RIEN COMPRIS.

le 12/08/2016 à 15:27
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Votre incompréhension vient elle de mon premier commentaire ou bien de mon second je vous prie ?

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