Le patron de Mitsubishi s'explique sur son alliance avec Areva

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Le patron du géant japonais de l'industrie lourde Mitsubishi, Kazuo Tsukuda, s'explique sur son alliance avec le groupe français et détaille l'impact du désastre de Fukushima sur son activité.

Où en êtes-vous dans votre coopération avec le groupe français Areva ?

Notre "joint venture" avec Areva, Atmea, est presque établi. Actuellement nous nous efforçons d'obtenir des contrats de commande de réacteurs nucléaires en Jordanie mais aussi en Turquie, cette dernière semblant pencher dans notre direction. Nous prospectons donc ces clients potentiels pour remporter des appels d'offres.

Il était aussi question de votre entrée au capital d'Areva...

En effet. Mais à ce jour, une éventuelle prise de participation de notre part au capital d'Areva n'est pas à l'ordre du jour, du fait de la position française : ils ont moins besoin d'un apport de capital. Les discussions à ce sujet ont donc été suspendues. Mais nous avons dit dès le début, il y a deux ans, que nous serions prêts à tout moment à répondre positivement à une demande d'investissement.

Quel effet aura selon vous la triple catastrophe de mars dernier (tremblement de terre, tsunami et accident nucléaire à Fukushima-Daiichi) sur l'économie japonaise et ses choix énergétiques ?

Le tsunami et l'accident nucléaire ont été des désastres tragiques. Mais cela n'aura pas un effet durable sur l'économie japonaise, de mon point de vue. Le coût de cette catastrophe a été estimé à 20 trillions de yens (soit près de 190 milliards d'euros). Il ne faut pas surréagir à cet événement unique. L'opinion publique, moi inclus, est frappée par les événements immédiats mais elle n'a plus de vue d'ensemble. Au Japon, nous avons une réaction collective excessive à l'accident nucléaire. Nous devons la respecter mais en même temps réfléchir à plus long terme, par exemple en ayant à l'esprit les émissions de CO2. Il nous faut avoir en tête ce qui sera le meilleur mix énergétique pour le Japon. L'Allemagne a, elle, abandonné l'énergie nucléaire mais elle importera du coup plus de France... Le Japon ne peut se permettre de faire la même chose et doit aussi prendre en compte des facteurs géopolitiques. Nous devons constamment développer et améliorer la technologie et rendre l'énergie nucléaire plus sûre. Car nous croyons que cette énergie est nécessaire à l'humanité.

Quelles réactions ont été, selon vous, excessives ?

L'arrêt de la centrale nucléaire de Hamaoka en mai dernier par exemple. Le Premier ministre de l'époque, Naoto Kan, a donné des instructions pour suspendre les opérations. Or il y avait peu de raisons d'arrêter cette centrale immédiatement.

Le nouveau gouvernement semble favorable à une sortie progressive du nucléaire...

En tant qu'industriels et fabricants nous allons continuer à travailler pour améliorer la sécurité des sites. Quant à pérenniser ou pas l'énergie nucléaire, c'est à la population japonaise de le décider. Selon nous, l'énergie nucléaire est importante pour le Japon.

Pourriez-vous continuer à vendre des centrales nucléaires à l'étranger si le Japon renonçait à l'atome, un peu comme le groupe allemand Siemens ?

Siemens a justement renoncé à son activité nucléaire qui, de toute façon, ne représentait qu'une petite part de son activité. La décision politique des dirigeants allemands de sortir du nucléaire a pu en effet avoir un impact dans cet abandon. De notre côté, nous continuerons quoi qu'il advienne en regardant vers les marchés mondiaux. Certes, la décision du gouvernement japonais quant à l'avenir de l'énergie nucléaire aura un effet important sur notre activité. Mais regardez la situation aux États-Unis : aucun nouveau réacteur nucléaire n'a été installé depuis trente ans mais General Electric et Westinghouse ont continué quand même à faire des affaires dans le nucléaire à travers le monde. La même chose pourrait valoir pour notre activité. Nous devrions continuer sur cette voie car le monde a besoin de nous.

Les énergies renouvelables peuvent- elles être une alternative ?

Oui, mais elles ne doivent pas exclure d'autres formes d'énergie, notamment le nucléaire. Il faut avoir un bon mix. À Hambourg, en Allemagne, nous développons une technologie pour un parc d'éoliennes. Nous investissons surtout en Grande-Bretagne dans ce domaine car le Royaume-Uni bénéficie de meilleures conditions environnementales pour cela. Au Japon, il y a peu de lieux où le vent souffle de façon constante comme dans la mer du Nord.

Le nouveau gouvernement dirigé par Yoshihiko Noda sera-t-il à la hauteur ?

Le précédent Premier Ministre, Naoto Kan, n'était pas habile pour faire face aux événements. Son successeur, Yoshihiko Noda, dit qu'il est engagé en politique avec un sens aigu de la confiance, des politiques stables et en ayant les pieds sur terre. Chacun au Japon est d'avis que le débat entre politiques de court terme et celles de long terme est terminé : ce sont des actes dont nous avons désormais besoin. Il faut s'attaquer urgemment à la réforme de l'État providence et à celle du système fiscal et des comptes publics. D'ici au milieu des années 2020, la TVA doit être augmentée de 5 à 10 %. De plus, il faut une stratégie de croissance économique, notamment de politique énergétique, c'est-à-dire des mesures pour faire face à la poussée du yen, comme des interventions de court terme sur les marchés financiers, qui doivent être mises en oeuvre immédiatement.

Quel est justement l'impact de l'appréciation du yen face au dollar sur votre entreprise ?

Ces deux à trois dernières années, nous avons réalisé à l'étranger la majorité de nos investissements. La moitié de nos recettes sont générées à l'étranger et libellées en dollars. En revanche, la plupart de nos ressources, notamment humaines, sont ici au Japon. Nous pensons donc que nous devons investir plus à l'étranger. Nous investissons actuellement surtout en Inde, en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne.

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