Comment la baisse du cours de l'acier a chamboulé les plans d'ArcelorMittal

De 2003 à 2008, la tonne d'acier passe de 250 à 1.000 dollars, tirée par la croissance des pays émergent. Mais avec la crise, la demande chute, et cette même tonne d'acier se négocie maintenant autour de 600 dollars. ArcelorMittal, qui avait tout misé sur la flambée des prix mondiaux, se retrouve ainsi dos au mur. Le numéro un mondial de la sidérurgie fait dorénavant son possible pour se séparer des hauts-fourneaux qu'il promettait de sauver en 2006.
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Il faut le rappeler : à l'époque d'Arcelor, les jours de Florange étaient comptés. En 2003 déjà, le site figurait parmi la liste des actifs dont le groupe souhaitait se séparer. Quelques années plus tard, en 2006, un mastodonte indien nommé Mittal Steel s'invite sur l'échiquier sidérurgique européen. Il s'offre Arcelor, et se pose en "sauveur", promettant notamment de conserver les hauts fourneaux classiques, qui essuyaient les mêmes problèmes que maintenant : un coût du travail élevé couplé une faible productivité.

La stratégie de Mittal est effectivement bien différente de celle d'Arcelor. "Le premier souhaitait uniquement surfer sur la flambée des prix mondiaux", rappelle Philippe Chalmin, économiste à Paris-Dauphine et spécialiste des matières premières. Tandis qu'à contrario, Arcelor "misait sur des aciers haut-de-gamme, mais souffraient notamment de clauses contractuelles sur ses prix". Après son OPA sur Arcelor, la conjoncture fait un temps les affaires de Mittal : soutenus par la fringale des pays émergents - la Chine en tête - les cours de l'acier atteignent des sommets. En 2003, elle est à 250 dollars la tonne. Au printemps 2008, cette même tonne passe la barre des 1.000 dollars.

Un reprise en trompe-l'oeil

Pourtant la crise couve. ArcelorMittal n'est pas dupe. Début 2008, la flamme des hauts-fourneaux de Florange est éteinte par Mittal. Le groupe promet alors leur remise en fonction dès que le marché repartira. Le secteur tourne un temps au ralenti, puisque des secteurs comme le bâtiment et l'automobile - qui pèsent 65% de la demande mondiale - sont touchés de plein fouet par la morosité économique. Le plan de relance chinois d'un montant de 586 milliards de dollars permet en août 2008 de réouvrir un des deux hauts-fourneaux de Florange, offrant un peu de répit à ses salariés.

Mais il s'agit d'une reprise en trompe-l'?il. A partir de 2009, le secteur accuse le coup. La demande ralentit provoquant la dégringolade de la tonne d'acier. Elle flirte maintenant avec les 600 dollars. En juin 2010, Lakshmi Mittal, le PDG du groupe, constate laconiquement que "les consommateurs européens sont dans une phase d'attente". "Le logement est encore visiblement faible. L'automobile est encore robuste. Le marché des biens d'équipements commence à s'améliorer et l'ingénierie s'améliore", poursuit-il. Avant d'espérer que la demande retrouvera son niveau d'avant-crise en 2012. Raté. Deux ans plus tard, le groupe ferme définitivement ses hauts-fourneaux de Liège. Et le gouvernement se débat pour empêcher à Florange de connaître le même sort.

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Commentaires 3
à écrit le 27/11/2012 à 21:26
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Quand la bulle immobilière chinoise va éclater incessamment sous peu, je ne donne pas cher d'arcelor mittal.

à écrit le 27/11/2012 à 16:01
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Oui, mais ils vont avoir un nouveau bien pensant spécialiste de l'acier : "le sieur Montebourg". Avec lui, vous allez voir ce que vous allez voir. (le contribuable aussi, c'est lui qui va payer les délires )

le 27/11/2012 à 18:08
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Il va faire chauffer les haut fourneaux avec des paquets d'euros ? S'ils produisent sur place, ça fera un haut fourneau à fermer à Dunkerque, y a pas de miracle, tant que la demande n'est pas suffisante....

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