Quand le "modèle Montebourg" relance une papeterie

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Alors qu'elle était fermée depuis près d'un an, la papeterie euroise d'Alizay a été rachetée mercredi par le thaïlandais Double A. L'opération a été rendue possible grâce au rachat temporaire des actifs par le département auprès de l'ancien propriétaire finlandais M-Real, après moult échecs pour trouver un repreneur.

"C'est en quelque sorte une micro-nationalisation temporaire." Arnaud Montebourg n'a pas boudé son plaisir, mercredi, lors de la signature officialisant le rachat de la papeterie d'Alizay par le groupe thaïlandais Double A. Après avoir brandi fin décembre la possibilité d'une nationalisation temporaire pour le site de Florange, le ministre du Redressement productif voit ici sa méthode validée sur le terrain. Lui qui, après avoir été désavoué par son Premier ministre Jean-Marc Ayrault concernant l'avenir du site sidérurgique mosellan, avait été proche de quitter ses fonctions. Car c'est bien une nationalisation temporaire qui a permis de sauver la papeterie d'Alizay. Ou plutôt... une "départementalisation temporaire".

Mercredi matin, le Conseil général de l'Eure a déboursé 22,2 millions d'euros pour racheter le site au groupe finlandais M-Real. Celui-ci comprend la papeterie, une ancienne usine de pâte à papier, une chaudière biomasse, et des dizaines d'hectares de terrain. Quelques heures plus tard, le Conseil général cédait pour 18 millions d'euros la papeterie et la chaudière au thaïlandais Double A. Celui-ci s'est engagé à reprendre un maximum des 300 salariés licenciés en mars dernier (90% des effectifs). Sachant que 200 embauches sont prévues à court terme. Quant aux terrains restants, ceux-ci doivent être cédés pour 4 millions d'euros à l'Etablissement public foncier de Normandie, et seront aménagés pour une commercialisation future.

M-Real veut se recentrer sur les cartons d'emballage

Derrière cet accord se cachent de longues et tumultueuses négociations impliquant M-Real, les syndicats, Double A et l'Etat. Depuis 2006, l'industrie papetière connaît une crise sans précédent. La consommation de papier dégringole, et le Vieux Continent essuie des problèmes de surcapacité de production. Résultat, les leaders du secteur -essentiellement suédois et finlandais- ferment des sites pour tenter de conserver leur rentabilité. M-Real ne fait pas exception. En mai 2011, le groupe finlandais -spécialisé dans différentes sortes de papier et de la pâte-, met en vente la papeterie d'Alizay dans le cadre d'un vaste plan de restructuration européen. Son objectif affiché: se transformer en une société "dédiée aux cartons d'emballage", un secteur jugé porteur.

Débute alors le bal des candidats à la reprise. D'après M-Real, 80 acheteurs potentiels ont été contactés, et cinq candidats ont déposé une offre. Deux sont retenues: celle du thaïlandais Double A -qui fabrique des ramettes de papier comme celles du site d'Alizay- et celle de Fin'active, un fonds d'investissement spécialisé dans la restructuration d'entreprises. Mais à la mi-octobre 2011, le couperet tombe. M-Real annonce que "malheureusement, ni l'un ni l'autre n'ont pu apporter les garanties suffisantes pour assurer la pérennité, même à court terme, du site d'Alizay et l'avenir des salariés concernés". Et affirme qu'il veut fermer la papeterie.

Une issue "inacceptable"

L'annonce fait l'effet d'une bombe. Le Président du Conseil général de l'Eure, Jean-Louis Destans dénonce alors une issue "inacceptable". Elu député de l'Eure en 2007 -fonction qu'il abandonne en décembre 2008, après sa nomination au secrétariat d'Etat aux Affaires européennes-, l'UMP Bruno Lemaire s'empare de la cause de la papeterie. Alors ministre de l'Agriculture, il milite pour "le maintien des emplois et des activités économiques" du site. Les syndicats sont évidemment mobilisés depuis longtemps. Et plus particulièrement depuis mai 2011. Représentant CFE-CGC de la papeterie, Eric Lardeur raconte: "A ce moment-là, M-Real venait de fermer l'usine de pâte à papier. Ils nous ont dit qu'ils se donnaient quatre mois pour fermer la papeterie. Nous, on a dit 'chiche'! Et on a suivi d'aussi près que possible les négociations pour trouver un repreneur. C'est l'offre de Double A qui apparaissait alors la plus sérieuse." Bruno Lemaire suit de près les discussions. Au mois de novembre, dans la foulée de l'annonce officielle d'une fermeture par M-Real, une réunion est organisée au ministère avec les dirigeants de Double A. A ce moment-là, la Thaïlande est paralysée par de graves inondations. Dans ce contexte, "les dirigeants de Double A avaient prévenu qu'ils ne souhaitaient pas se déplacer pour rien car leurs usines étaient sous les eaux", précise le syndicaliste. Mais les dirigeants thaïlandais se présentent tout de même au ministère.

La rencontre tourne au fiasco. D'après les syndicalistes, les dirigeants de M-Real jugent que leurs homologues de Double A ne sont pas "digne de confiance". "Les Thaïlandais sont repartis verts de rage", souligne Eric Lardeur, représentant CFE-CGC. Voyant leur principal repreneur potentiel s'évaporer, les syndicalistes se retrouvent dos au mur. Ils se disent que leurs jours sont comptés. Ils proposent alors un accord à M-Real: ils acceptent la fermeture de l'usine et les licenciements, mais en échange, ils demandent un délai de plusieurs mois pour tenter de trouver un repreneur de leur propre chef. En outre, ils veulent que 30 ouvriers restent sur le site pour conserver intact l'outil de production. En février 2012, un accord tripartite est signé entre les syndicats, M-Real et l'Etat, et une "cellule de réindustrialisation" est créée.

Des acheteurs en "rupture de négociations"

Les syndicalistes songent à relancer Double A. Ils se tournent alors vers le Conseil général. Jean-Louis Destans raconte: "En juin 2012, le constat était le suivant: d'un côté, on avait M-Real qui ne voulait pas vendre mais qui lâchait du lest, et de l'autre, on avait des acheteurs en 'rupture de négociations'", voire franchement braqués et échaudés... Le président du conseil général prend alors les choses en main, et se mue en négociateur. Il devient alors l'intermédiaire entre acheteurs et vendeurs. Les négociations reprennent avec Double A, mais de manière plus discrète pour ménager les acteurs. Et cette fois, le succès est au rendez-vous.

D'après les acteurs contactés par La Tribune, la présidentielle et les grands débats sur la désindustrialisation du pays ont pesé lourd dans la balance. Il y a un an, -"presque jour pour jour" comme l'a noté Arnaud Montebourg-, le candidat Hollande s'était ainsi rendu sur le site. Il avait alors évoqué pour la première fois la nécessité de légiférer sur la reprise des sites industriels rentables. Une proposition de loi en ce sens doit bientôt être discutée au Parlement.

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Commentaires
a écrit le 28/01/2013 à 21:44 :
Trop fort mr Montebourg!!!! Avec un salaire a + 10 000 par mois faire un jeu d'ecriture qu'un simple comptable à 2000 aurai fait!!!! Justifiez votre salaire avec des entreprises réellement en difficultés!!!! En etes vous capable au moins!!! NUL DE CHEZ NUL CETTE GAUCHE CAVIARE!!!!!
a écrit le 25/01/2013 à 23:21 :
Erreur de frappe: relance LA papeterie car selon l'adage, pendant que les français font des papiers, les allemands produisent. Et puis selon Clémenceau: La France est un pays très ubéreux, on y plante des impôts, il y pousse des fonctionnaires. C'est le TIGRE...
a écrit le 25/01/2013 à 21:20 :
Mettons ça vite sur les 20H
a écrit le 25/01/2013 à 18:53 :
Joli coup ! Bien préparé, avec un aller-retour rapide, qui est un jeu d'écriture puisque les opérations d'achat-vente se sont faites dans la foulée... Il est par contre à craindre que cet exemple réussi (à voir de plus près, sans doute) ouvre la porte à toutes sortes d'opérations foireuses aux frais de la princesse, sous couvert de sauver l'emploi... On connaît la fiabilité de la gestion des collectivités locales...
a écrit le 25/01/2013 à 18:37 :
reste à voir combien de temps cette papeterie tiendra la route. Est-ce que c'est à tous les échelons politiques (communes, départements, régions, europe..) de prendre des initiatives de ce genre avec le trop plein d'impôts, autrement dit l'argent du contribuable, sans aucune idée sur le retour sur investissement. NON. Pourquoi cette entreprise ne ferme-t-elle pas et dans un autre département une similaire n'aurait pas été rachetée ? Les Français ne sont pas libres et égaux en droits, après les zones franches, voici les rachats sauvages. N'importe quoi.
a écrit le 25/01/2013 à 18:24 :
la nuance c'est que Montebourg n'a jamais appliqué sa "méthode"
en bon avocat il est resté aux effets de manche !
Réponse de le 26/01/2013 à 9:26 :
C est vrai votre commentaire est judicieux, d'ailleurs dans notre entreprises la clim est tombée en panne qu'il vienne pour faire du vent comme il en a l'habitude

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