Et si Roland-Garros avait lieu à Madrid...

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Par Antoine Cotillon, avocat au barreau de Paris.

Même à Roland-Garros, les temps changent : le charme suranné des rencontres interrompues par la pluie et des visiteurs s'entassant dans des travées ressemblant aux ruelles du Mont-Saint-Michel un 15 août ne pourra plus longtemps correspondre aux standards d'un tournoi du Grand Chelem. Pour la Fédération français de tennis (FFT), l'enjeu est d'abord sportif. D'autres tournois pourraient détrôner Roland-Garros. Madrid est l'exemple même : des courts avec un toit rétractable, un engouement populaire, les meilleurs joueurs du monde, à trois semaines des internationaux de France.

Pour Paris, il n'est pas envisageable de perdre Roland-Garros et ses retombées économiques et médiatiques. L'investissement du maire de Paris et de sa première adjointe pour que le tournoi reste porte d'Auteuil en est la preuve incontestable.

Consciente du risque sportif, la fédération a développé un projet d'extension du site actuel, formalisé par un « schéma directeur paysagé » qui prévoit notamment de doter le court Philippe-Chatrier d'un toit rétractable et d'édifier un nouveau court au sein du Jardin des serres d'Auteuil. Ce projet, qui a été adoubé par le Conseil de Paris le 14 décembre 2010, suscite une vive opposition des écologistes qui craignent la dénaturation des serres d'Auteuil. Une pétition contre ce projet aurait déjà recueilli plus de 30.000 signatures et un Comité de soutien des serres d'Auteuil, présidé par l'artiste Françoise Hardy, a été créé.

Si la fédération retient le projet de Paris, il ne fait guère de doute que, au-delà des considérations politiques et économiques, l'enjeu sera aussi juridique. Les récents déboires de la Fondation Louis Vuitton au Jardin d'acclimatation, au coeur du bois de Boulogne, reflètent les risques d'enlisement d'un projet d'urbanisme sous l'action de recours en justice. À la requête d'un collectif d'associations de l'Ouest parisien, le tribunal administratif de Paris a annulé le permis de construire autorisant l'édification du bâtiment dessiné par l'architecte Frank Gehry. La bataille juridique pourrait durer plusieurs années et le projet rester à l'arrêt.

Cet exemple devrait donner des sueurs froides aux promoteurs de l'extension de Roland-Garros d'autant que ces Robins du bois de Boulogne se seraient saisis de ce dossier. La partie juridique pourrait se jouer en deux temps, sur les autorisations d'urbanisme et l'attribution de la concession pour l'occupation du stade. Le double formé de la paire Ville de Paris-Fédération pourrait gagner en deux sets. L'extension du site d'Auteuil ne sera possible qu'après une révision du plan local d'urbanisme que le Conseil de Paris s'est engagé à mener.

Le 24 novembre 2010, la commission départementale de la nature, des paysages et des sites de Paris a autorisé la Fédération française de tennis à poursuivre son projet pour l'extension du site actuel. Toutefois, il ne s'agit pas d'un blanc-seing. Les terrains concernés étant situés dans un site classé, cette même commission donnera un avis sur chaque autorisation d'urbanisme sollicitée. De plus, la proximité des travaux projetés avec les serres classées monuments historiques nécessitera l'accord de l'architecte des Bâtiments de France. Ce n'est qu'à l'issue de ces procédures semées d'embûches que les autorisations d'urbanisme seront délivrées et pourraient faire l'objet de recours. Soyons certains qu'un soin particulier sera apporté à leur élaboration et à leur délivrance.

Second enjeu juridique : le Conseil de Paris s'est engagé à consentir à la fédération une convention d'occupation domaniale pour la réalisation du projet d'extension.

Cécile Duflot, patronne d'Europe Ecologie-Les Verts, a ainsi critiqué la volonté d'attribuer la future convention sans mise en concurrence. Sur ce point, une aide inattendue pourrait venir d'une décision récente du Conseil d'Etat qui a jugé que la convention d'occupation domaniale pour la concession du stade Jean-Bouin à Paris n'avait pas à être attribuée après une mise en concurrence. Aucun obstacle juridique n'étant insurmontable, le choix de conserver Roland-Garros à Paris serait le prolongement naturel d'une union scellée depuis 1928 qui a contribué à faire de Roland-Garros le plus beau tournoi du monde.

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