Chic camping sur l'île de Noirmoutier

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Un tipi revisité du Domaine des Moulins / Arnaud Briand
Un tipi revisité du Domaine des Moulins / Arnaud Briand
Noirmoutrin depuis son enfance, Alain-Dominique Perrin, l'ancien patron de Cartier, a lancé depuis 2008 des campings originaux en toile et bois sur l'île vendéenne. S'y pressent des citadins en mal de dépaysement acquis au développement durable en version 5 étoiles luxe.

Avant, on prévoyait au moins dix jours de vacances, on voyageait plus de dix heures dans un avion et, enfin, on pouvait jouer les Robinson Crusoé sur une plage de sable blanc dans un lodge en bois et toile du plus grand chic. C'était avant qu'Alain-Dominique Perrin, l'ex-patron de Cartier, n'ait l'idée de proposer le même dépaysement à trois heures de Paris, sur l'île de Noirmoutier, deuxième région de France la plus ensoleillée après le Var. Désormais, on peut jouer à Robinson et aux chefs sioux le temps d'un week-end ou plus, du 1er avril au 30 septembre. Le concept est séduisant et ne manque pas d'originalité : en lieu et place de l'ancien camping municipal de La Guérinière se dressent maintenant des tipis en bois et toile, des lodges et des tentes tout droit sortis de notre imaginaire d'enfant, mais pourvus du confort espéré par les citadins que nous sommes.

Du simple, mais raffiné

Sur cinq hectares, le domaine des Moulins offre, en bordure d'une des plus belles plages de l'île, 175 habitations écolo chic, version camping « new age » et éco-friendly dans un village sans voitures, avec Spa et restaurant gastronomique, mais où la végétation a repris ses droits. Les enfants y ont leurs lieux et leurs espaces, leurs animations et leurs goûters. Ici, pas de télévision. Les familles sont censées s'y retrouver, se parler et partager les joies simples du bord de mer pour être... ensemble, c'est tout. « Nos clients se sentent dans un cocon. Ils viennent ici pour se reposer et débrancher. Nous leur proposons une hôtellerie de plein air haut de gamme », explique Stéphane Dufils, le directeur général d'Original Camping.
Car c'est bien de camping qu'il s'agit, mais original, parce qu'ici on navigue entre l'originel, les origines et le déconcertant. Adieu Mimile en marcel et son mobile home tout plastique. Bienvenue aux bobos de tous bords, aux familles recomposées, aux écolos décroissants et aux Allemands et Néerlandais déjà conquis. Au domaine des Moulins on joue la carte de l'authentique, du simple raffiné. L'image du camping d'an-tan a été soigneusement gommée, les mobile-homes dégagés peu à peu. Au point qu'Alain-Dominique Perrin et Stéphane Dufils n'ont pu éviter, le premier été, les reproches des habitués estimant que « les riches leur piquaient leur camping ». « Je m'en fous », répond Alain-Dominique Perrin, avec son franc-parler habituel. « Je fais travailler des centaines de personnes sur l'île. Je n'ai pas de honte d'entreprendre et de faire travailler les autres. Et une clientèle plus aisée fait marcher le commerce local plus sûrement que ceux qui venaient avec leur congélateur plein pour les vacances. Il faut que le tourisme produise de la richesse sur l'île. Et il reste toujours d'autres emplacements à Noirmoutier pour ceux qui viennent avec leur caravane et leur tente ».Depuis qu'il a repris le camping municipal en délégation de service public (DSP) sur la proposition du maire de Noirmoutier, en 2008, Alain-Dominique Perrin s'est piqué au jeu. Des millions d'arbres ont été replantés. Petit à petit, les modèles d'habitation de 2 à 8 personnes se sont sophistiqués au point d'inaugurer, cet été, une gamme de tipis prestige et de lodge luxueux pourvus de terrasses privatives face à la mer avec Jacuzzi, aux intérieurs en bois clair, à la cuisine ouverte et à la décoration ultrasoignée... et surtout bien isolés des intempéries. Le restaurant « La Cabane » est en passe de devenir un haut lieu gastronomique de l'île. Alain-Dominique Perrin vient d'y installer Alex, un chef vénézuélien vivant à Madrid, qu'il a découvert lors d'une de ses chasses en Espagne, et Willy, un chef pâtissier... parlant espagnol ! D'ailleurs, les Noirmoutrins ne s'y trompent pas, qui viennent désormais en voisins profiter des soins du Spa et de l'excellente table du restaurant. Mais aussi de la carte des vins. Car on y sert exclusivement ceux du domaine de Lagrézette (Cahors), également propriété d'Alain- Dominique Perrin, qu'il cultive avec passion depuis trente-trois ans.
Le « gentleman campeur » a ainsi importé au domaine des Moulins tous les ingrédients du luxe, qu'il maîtrise à la perfection, et dans lequel il a fait toute sa carrière. L'ancien patron de Cartier qui, à 69 ans, préside encore au comité stratégique de Richemont et garde un regard acéré sur tous les produits du groupe, n'a pas son pareil pour traquer ici ou là le moindre détail qui porterait ombrage à la qualité de ses entreprises.

Quand « le patron » est là...

Cette aventure des campings, qu'il qualifie de « hasard très amusant », ce gros bosseur la mène comme tout ce qu'il a toujours entrepris : à fond ! Se baladant incognito en Solex, chapeau vissé sur les oreilles et lunettes noires, il passe au peigne fin toutes les trois semaines ses nouveaux terrains de jeux, note par exemple qu'il y manque des fleurs, et « pousse souvent son coup de gueule ». Les corps de métier reçoivent des SMS au moindre faux pas. Furieux contre son constructeur de tentes Cabanon, il s'apprête à le traîner devant la justice pour défaut majeur sur la qualité des toiles, dont beaucoup commencent à se déchirer. « Une tente s'amortit en sept ans. Celles-ci n'ont même pas trois ans. Je prends dix ans à chaque fois que je viens ici », tempête celui qui se bat contre ces gens du bâtiment trop approximatifs dans leurs délais et leur niveau de qualité. Mais quand le « patron » est là, ça file droit. Et les photos de lui enfant qui ornent les murs du restaurant sont là pour rappeler la légitimité de ce fils du pays. « Le plus petit employé a ici la fierté de travailler pour ce patron exigeant et charismatique », reconnaît Stéphane Dufils, copain de promo d'Alain- Dominique Perrin à l'Ecole des cadres.
Il règne dans ce lieu un esprit bon enfant, une franche camaraderie qui évite tout accent trop « bling-bling ». Le « dress code » est chic, marine et blanc, plutôt que rose et doré façon « Saint-Trop ». Copains d'enfance et membres de la famille Perrin se retrouvent à déjeuner le week-end à La Cabane, parmi les clients des Moulins. Stéphane Dufils et Régine Hammerer veillent à cultiver convivialité et humanisme, respect du cadre naturel. Les jeunes recrues viennent pour l'été des écoles de M. Perrin (Sup de Luxe, Ecole des dirigeants et créateurs d'entreprise), fils et filles de bonnes familles qui apportent une petite touche de « chez soi ». Le style Côté Ouest règne en maître.

Une franchise mondiale

Aujourd'hui, l'aventure se poursuit. Après les Moulins, Alain- Dominique Perrin a repris également la DSP du camping de la Barbâtre, rebaptisé « Domaine du Midi », et vient d'acquérir en bail commercial celui de la Bosse, bientôt rebaptisé « Domaine du Grand Large ». Ce dernier n'est encore qu'un sublime terrain boisé de chênes verts et vallonné, en bordure de mer. Stéphane Dufils projette d'y installer pour l'été 2013 des caravanes vintage dans la tradition hippie chic : « Chaque camping de l'île a sa signature. Les Moulins s'adressent à une clientèle très haut de gamme, celui du Midi aux plus sportifs, avec club de voile sur la plage, et celui des Bosses est le plus branché. » Au total, 30 hectares sur l'île vendéenne qui accueillent l'été près de 12 000 personnes. Perrin l'entrepreneur sexagénaire, qui ne dort que cinq heures par nuit, ne compte pas s'arrêter là. A Leucate, sur les bords de la Méditerranée, il ouvre cet été un même concept d'Original Camping de 3 hectares, axé sur les sports nautiques. Et des projets sont en cours dans le Lot, en lien avec les vignobles. « Je savais que je ferais un bon coup, mais je ne m'attendais pas à un tel succès. Je reçois un nombre incalculable de propositions de l'étranger dont, pas plus tard qu'hier, 300 hectares au Costa Rica. Mais j'envisage plutôt de développer une franchise mondiale avec un cahier des charges extrêmement détaillé. Et nous exigerons d'être les fournisseurs de tentes pour être garants de la qualité », précise Alain-Dominique Perrin, qui met un point d'honneur à faire fabriquer ses habitations en France, principalement en Vendée.

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a écrit le 19/08/2012 à 8:34 :
ADP est un groosier personnage (il n'en a rien à foutre) des campeurs qui le font vivre ou du moins ses campings. En plus c'est un sacré menteurt 1million d'arbres (il a reboisé Ramboulliet). Il se promenène dans ses campings en solex. iEn plusieurs mois de séjours je ne l'a jamais vu. Son solex était peut etre dans le coffre de sa BENTLEY bleu marine décapotable avec intérieur en cuir blanc. ADP vous devenez gateux vous ne savez plus ce que vous dites .
a écrit le 04/08/2012 à 13:12 :
C'est un article, ou une nouvelle pub pour Perrin ?
A Leucate, ce n'est pas parce qu'il a emporté la DSP du camping municipal de La Franqui qu'il arrivera forcément à faire décamper les habitué(e)s ; à Douarnenez, il a fini par renoncer alors que c'était déjà signé. Ce sont finalement ses concurrents lyonnais d'Huttopia qui ont raflé la mise. Hasard ? ce sont eux aussi eux qui ont racheté le fabricant de ses toiles qui se déchirent et à qu'il menace de procès... Chez nous, à Leucate, le vent souffle plus fort qu'à Noirmoutier ! http://coussoules.blogspot.fr/2011/08/roi-du-luxe-visionnaire-et.html
a écrit le 03/08/2012 à 9:27 :
Personne qui habite Noirmoutier veut travailler pour eux ...... heures supp non payés, travail 7/7 et smic pour tous en CDD Merci M Perrin mais ce gendre de travail n'est pas terrible et recevoir des engueulades à tour de rôle.
a écrit le 02/08/2012 à 7:54 :
Chère Sophie Péters
Croyez vous vraiment que des millions d'arbres ont été plantés ? A part cette erreur factuelle, votre article, tout comme ADP pue le mépris social (dress code, mimile)... Visiblement les journalistes de la tribune, journal en quasi faillite, gagnent trés bien leur vie puisqu'il aiment le lieux de vacances de 2 à 3000 euros la semaine. Au fait, pourriez vous dire à vos lecteurs que ce concept ne fonctionne pas (il reste des dispos à toutes les périodes du mois d'août) et ADP fait 15% de remise ! (et mes campings populaires, familiaux et de qualité vont bien merci)
Cordialement
Réponse de le 03/08/2012 à 12:41 :
C'est à dire que l'ambiance, avec de petits blancs becs recrutés parmi les fils de famille....

Réponse de le 08/08/2012 à 16:57 :
ou journaliste, j'ai aussi remarqué les millions d'arbres... mais ça doit bien tourner on ouvre une école de commerce on fait payer les parents le prix fort pour les plus riches et on endette les plus pauvres pour ensuite les coller en stage obligatoire dans les entreprises du patron.
a écrit le 01/08/2012 à 11:59 :
bonjour,
c'est combien, l'achat et le prix annuel du terrain: les "faux" impôts locaux"?

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