Sernam : quinze jours entre la vie et la liquidation

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Le tribunal de commerce de Nanterre a accordé un sursis de deux semaines au transporteur en redressement judiciaire. De quoi permettre à son unique candidat à la reprise, Geodis, d'être fixé sur la position de Bruxelles sur le remboursement d'une ancienne aide publique. Ce point conditionne l'offre de Geodis.

Bruxelles a entre ses mains l'avenir de Sernam... ou sa mort. En France, tout est fait pour sauver une partie des activités du transporteur en redressement judiciaire depuis janvier. Sernam, dont la société d'investissements Butler Capital Partners (BCP) détient 80,32 % du capital, a obtenu jeudi un sursis de deux semaines du tribunal de commerce de Nanterre. Une nouvelle audience est fixée au 10 avril. 

Un sursis qui permet à Geodis, la filiale de la SNCF prête à déposer une offre de reprise, d'attendre la position définitive de Bruxelles, qui exige le remboursement de 642 millions d'euros d'aides illégales versées... à l'ancienne filiale de la SNCF jusqu'à sa privatisation en 2005. Pour autant, "Geodis s'est donnée jusqu'au 6 avril au plus tard pour attendre une décision de Bruxelles et jusqu'au 4 avril pour peaufiner son offre, conformément aux délais imposés par la loi", a expliqué à l'AFP le mandataire judiciaire de Sernam, Christophe Basse.

Geodis seul candidat

Seul candidat à la reprise de Sernam, Geodis a décidé lundi soir à l'issue de son conseil d'administration de maintenir son offre. Le projet de Geodis prévoit une reprise partielle des activités de Sernam et d'environ la moitié de ses salariés (826 personnes sur 1.600). Il demeure conditionner au fait qu'il n'ait pas à supporter le remboursement des aides illégales versées.

Pendant ce temps, les salariés de Sernam se disent "lassés" et "inquiets". "Geodis a jusqu'au 4 avril pour améliorer son offre et dans ce délai nous mettrons tout en oeuvre pour que Geodis entende la voix des salariés et revoit son offre dans un sens plus favorable", ont indiqué le comité d'entreprise et des représentants des salariés dans un communiqué.

Lueur d'espoir dans un débat technique...

Bruxelles pourrait finalement donner un avis positif. Car selon une source proche du dossier interrogée par l'AFP, "les services techniques de la Commission européenne ont adressé lundi après-midi à la Sernam un avis dans lequel ils estiment qu'il y a bien "discontinuité de l'entreprise", condition indispensable à une éventuelle concession de l'exécutif européen. "Mais ils insistent sur le fait que cet avis n'engage en rien la Commission", a ajouté la même source. C'est ce que Geodis fait valoir puisque la reprise n'est que partielle et n'intègre pas, par exemple, les actifs immobiliers.

Pour autant, une issue positive avec Bruxelles ne garantit pas un sauvetage de Sernam. Sa situation se complique de jour en jour avec "une chute inquiétante du chiffre d'affaires depuis la décision de la Commission européenne d'imposer à l'Etat français de récupérer 642 millions d'euros d'aides illégales", a souligné lundi une source proche du dossier à l'AFP. D'autant que, selon Gérard Dutreuilh, représentant syndical CFDT (majoritaire à Sernam ), le délai accordé par le tribunal de commerce permet au PDG de Geodis, Pierre Blayau, de "continuer à piller notre chiffre d'affaires. C'est honteux, c'est un assassinat !"

... Le gouvernement se prépare au pire

A moins d'un mois du premier tour de l'élection présidentielle, une liquidation de Sernam viendrait au pire moment pour le gouvernement, qui s'est fortement impliqué dans ce dossier, potentiellement explosif sur le plan social. C'est d'ailleurs dans cet esprit que le ministère des Transports a tenu lundi une réunion pour "faciliter le reclassement" des salariés de Sernam aussi bien en cas de reprise partielle que de liquidation. Mais il n'en demeure pas moins que le scénario du pire trotte dans toutes les têtes. Ce que personne ne souhaite mais que le gouvernement prépare en douceur.

Ainsi, lors de cette réunion, des entreprises ont été identifiées pour reprendre les salariés laissés sur le carreau. "Des entreprises vont faire des recherches là où ils sont implantés et voir ce qui peut-être disponible en fonction du profil, des compétences, de l'expérience des salariés de Sernam. En deux jours, TLF (Ndlr, la fédération patronale des entreprises de transport et de logistique) a indiqué avoir 100 postes disponibles", a déclaré à l'AFP le secrétaire général de l'union fédérale route de la CFDT (majoritaire chez Sernam ), Maxime Dumont. Dans l'hypothèse d'une liquidation, également envisagée lors de cette réunion, Geodis pourrait proposer de reprendre 300 à 400 postes et la SNCF 400 autres, selon lui. "Aucune proposition n'a été faite de la part de la SNCF ou de La Poste", a commenté pour sa part Patrice Clos (fédération FO).

Une nouvelle réunion est prévue mercredi après-midi au ministère des Transports, en présence notamment d'un représentant de BCP. Les syndicats attendent une participation financière de Butler, notamment via le lancement d'un plan social abondé en cas de cession partielle des activités à Geodis.

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