Avec quelle énergie fonctionne un aéroport ?

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Coupure d’électricité interdite pour le balisage des pistes. / DR
Coupure d’électricité interdite pour le balisage des pistes. / DR (Crédits : DR)
Tableaux d'affichage, tapis à bagages, portiques de sécurité... Dans un aéroport, l'électricité est omniprésente et constitue un poste de dépenses conséquent. Pas le droit à l'erreur : le black-out ne doit pas arriver.

Paris, Nice, Lyon, Bordeaux, Toulouse... Les aéroports ont tous un point commun : ils sont sillonnés par des milliers de kilomètres de câbles électriques. Et qui dit équipement maximal, dit facture maximale !

À Bordeaux-Mérignac, on préfère rester discret sur le montant en invoquant la confidentialité des contrats passés. Mais Jean-Michel Vernhes, président du directoire de l'aéroport de Toulouse-Blagnac, n'y va pas par quatre chemins : « Notre consommation électrique nous coûte annuellement 2 millions d'euros.» Soit 1,7% du chiffre d'affaires de la plateforme aéroportuaire.

« L'électricité pèse pour 85 % dans notre mix énergétique, poursuit Jean-Michel Vernhes. Nous consommons environ 30 GWh par an. Les 15 % restant sont répartis entre le gaz naturel, que nous utilisons pour chauffer nos installations, et le fuel pour les véhicules qui ne sont ni électriques, ni hybrides. »

Aéroports de Paris, qui gère les plateformes de Charles-de-Gaulle, d'Orly et du Bourget, a acheté 488.427 MWh en 2013.

Sécurité renforcée

L'alimentation en énergie d'un aéroport entraîne un coût important. C'est aussi un véritable casse-tête à gérer : tout « black-out » est strictement interdit. Imaginez une tour de contrôle soudainement privée de courant alors que des avions sont en approche... Les derniers gros problèmes rencontrés par un aéroport français ont à peine plus d'un an. Du 25 au 27 mars 2013, le fonctionnement des installations commerciales de l'aéroport de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, avait été gravement perturbé par trois pannes successives du réseau haute tension interne. Le rapport de la mission d'évaluation, constituée à l'issue de l'incident, avait conclu que « les défaillances ont été la conséquence d'une maintenance depuis longtemps inappropriée ».

Ce cas mis à part, les aéroports ont adopté des systèmes de sécurité renforcés. ERDF livre ainsi du 20.000 volts à l'aérogare de Toulouse-Blagnac, distribué sur tout le site grâce à une douzaine de postes de transformation haute/ basse tension. Deux circuits de distribution ont été mis en place : si le premier tombe en panne, le second prend le relais. Si les deux s'arrêtent, des groupes électrogènes sont mis en route. Les installations les plus sensibles, qui n'ont pas droit aux microcoupures, bénéficient de mesures spécifiques : onduleurs et batteries tampons. La sécurité des passagers vaut bien quelques investissements...

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PARIS :
ADP a reçu en novembre dernier la Marianne d'or du développement durable lors du Salon des maires de France, venant récompenser sa politique environnementale.

Divers équipements ont été mis en place ces derniers mois à Paris-Charles de Gaulle, notamment une centrale biomasse de 14 MW, fournissant 25% de la production totale de chaleur nécessaire au fonctionnement de l'aéroport, et une centrale solaire livrée en juin 2013. Mais aussi une centrale géothermique de 10 MW à Paris-Orly, qui va puiser une eau à 74°C à 1.800 m de profondeur.

Mise en service début 2011, elle doit produire à terme 100 % de la chaleur nécessaire au chauffage des aérogares et du quartier d'affaires Coeur d'Orly.

TOULOUSE :
L'aéroport compte mettre en place une chaudière au bois qui pourrait alimenter son système de chauffage. Deux autres projets, photovoltaïques cette fois, sont dans les cartons : sur un parking couvert et sur les ombrières d'un parc de stationnement.

NICE :
L'aérogare, qui accueille chaque année 11 millions de passagers, travaille sur la création d'un futur bâtiment à énergie positive, qui serait une vraie première.

LYON :
Le futur terminal, d'une surface de 70 000 m2 sur trois niveaux et dont les travaux démarreront à l'automne, a bénéficié d'un soin tout particulier afin d'être peu énergivore. Il vise la certification Haute qualité environnementale (HQE) grâce notamment à son enveloppe performante.

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>> FOCUS Faire plus vert et moins cher !

Trois concepts guident les aéroports français : sobriété, efficacité, énergies renouvelables.

Une ferme solaire en bord de piste ? Séduisante, l'idée serait difficile à mettre en pratique compte tenu des exigences du transport aérien. Le premier réflexe des gestionnaires d'aéroports est donc de se tourner, tout simplement, vers l'existant. Toulouse-Blagnac a ainsi engagé un vaste programme de rénovation de ses bâtiments et dispose d'un système de gestion centralisé qui contrôle les équipements électriques. L'intensité de la lumière diffusée par les luminaires est ainsi décidée selon une programmation horaire et évolue en fonction de la luminosité extérieure.

Bordeaux-Mérignac fait lui aussi la chasse au gaspi et éteint les lumières quand elles ne sont pas nécessaires. Des gestes qui lui ont permis de voir sa consommation électrique baisser malgré un trafic en forte hausse et un terminal supplémentaire, dédié au low cost. Même chose à Nice-Côte d'Azur, deuxième aéroport de France dont la consommation électrique annuelle s'élève à 45 GWh, soit l'équivalent d'une ville de 30.000 habitants. Depuis 2003, la facture a baissé de 5 GWh grâce une démarche de maîtrise des énergies.

Clause spéciale

Les infrastructures sont aussi attentives à l'origine de l'électricité consommée. Certains aéroports ont mis sur pied des clauses spéciales avec leur fournisseur.

« Notre contrat avec EDF nous garantit qu'au moins 50% de l'électricité que nous consommons provient d'énergies renouvelables », précise Jean-Michel Vernhes, patron de l'aéroport de Toulouse-Blagnac.

Aéroports de Paris a souscrit une offre de fourniture d'électricité par laquelle son fournisseur GDF Suez s'engage à ce que 30% du courant fourni en 2013 soit d'origine renouvelable et française.

L'aérogare de Bordeaux-Mérignac a fixé ce seuil à 25%. Elle se fait accompagner par un consultant qui étudie avec elle les projets qui pourraient être mis en place en matière de géothermie, de biomasse, de photovoltaïque...

« Le transport aérien a pris des engagements à l'issue du Grenelle de l'environnement », rappelle Jean-Michel Vernhes.

Aéroports de Paris s'est ainsi fixé deux objectifs majeurs : réduire de 38% les consommations énergétiques des bâtiments en 2020 par rapport à 2005, et atteindre au minimum 23% d'énergies renouvelables en 2020 dans la consommation énergétique finale. Sur ce dernier point, le groupe en est aujourd'hui à 15%.

 

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