Air France-KLM : Bercy dénonce "une forme de duplicité" de l'Etat hollandais

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(Crédits : Reuters)
Après l'annonce du gouvernement néerlandais de l'achat en catimini de 12,68% du capital du groupe aérien pour peser sur les décisions du groupe, Bercy a dénoncé une opération surprenante, inamicale, mais aussi une "forme de duplicité" dans la mesure où un protocole d'accord avait été finalisé entre la direction du groupe et l'État hollandais qui garantissait les intérêts hollandais.

L'annonce ce mardi du gouvernement néerlandais de l'achat en catimini sur le marché de 12,68% du capital d'Air France-KLM avec la volonté de porter cette participation au niveau de celle de la France, afin de peser sur les décisions du groupe, crée de fortes tensions entre la France et les Pays-Bas. A Bercy, on ne comprend pas cette "opération surprenante et inamicale", ni sur le fond ni sur la forme, qui plus est, "destructrice de valeur pour les actionnaires". Le cours de Bourse a en effet perdu jusqu'à plus de 10% ce matin.

"Bruno Le Maire a été informé hier à 19 heures par le ministre des Finances hollandais, Wopke Hoekstra, juste avant la date limite pour déclarer les franchissements de seuil à l'autorité des marchés financiers (AMF). Cette façon de faire, qui ressemble à un raid d'un fond activiste, est surprenante et inamicale à l'égard du conseil d'administration d'Air France-KLM et des autres actionnaires comme Delta et China Eastern (8,7% chacun, Ndlr) qui, à l'instar de l'État français, n'ont pas été informés", explique-t-on à Bercy.

D'autant plus que, selon le ministère de l'Économie et des Finances, un protocole d'accord avait été négocié entre la direction d'Air France-KLM et l'État hollandais pour réaffirmer les intérêts hollandais, notamment la place de l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol au sein du groupe. Ce protocole d'accord était finalisé et devait être distribué hier aux administrateurs pour approbation.

"Il y a une forme de duplicité du gouvernement hollandais de discuter d'un côté d'un protocole d'accord et de se comporter dans le même temps comme un fond activiste", déplore-t-on à Bercy

"Pieter Elbers aurait pu être le directeur général d'Air France-KLM"

Ce dernier réfute par ailleurs l'argument des Hollandais d'un manque de prise en compte des intérêts néerlandais.

"S'il l'avait souhaité, Pieter Elbers, le président du directoire de KLM, aurait été directeur général d'Air France-KLM", rappelle-t-on à Bercy. "Après la démission de Jean-Marc Janaillac en mai 2018 et après le refus du choix du directeur financier de Veolia à l'époque (Philippe Capron, Ndlr), nous avons proposé à Pieter Elbers, le président du directoire de KLM de devenir le directeur général d'Air France-KLM, ce qu'il a refusé", ajoute-t-on.

En effet, selon nos sources, Pieter Elbers ne voulait pas quitter la présidence de KLM.

 Sur le fond, Bercy ne comprend pas dans quelle mesure la stratégie de Ben Smith remet en cause les intérêts néerlandais. "S'il y a un sujet sur la stratégie, ils devront être très clairs. Car ils disent agir pour défendre l'intérêt des Pays-Bas; nous, nous défendons celui du groupe."

Trois représentants de KLM au conseil d'Air France-KLM? "Illégitime" (Bercy)

En attendant, le bras de fer ne fait que commencer. Alors que certaines voix aux Pays Bas demandent que trois sièges soient attribués à KLM au conseil d'administration du groupe, Bercy juge une telle revendication "illégitime", dans la mesure dit-on, où il y a déjà plus d'administrateurs hollandais (quatre, dont un nommé par le gouvernement néerlandais) que d'administrateurs nommés par l'État (trois)".

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a écrit le 28/02/2019 à 20:10 :
Depuis trop longtemps AF est entre les mains du SNPL tout puissant sur rémunéré ayant recours ou menaçant du recours à la grève depuis 20 ans.Et pourtant l'accident du vol Rio CDG a montré le degré d'irresponsabilité et d'incompétence de ces "seigneurs"...
L'Etat ne doit pas se mêler de la gouvernance et de la gestion d'AF;qu'il cède sa participation et laisse les actionnaires choisir qui doit diriger.
Comme pour la SNCF l'Etat a trop longtemps digéré les pertes.
a écrit le 28/02/2019 à 7:46 :
A quand une OPA de l'Europe sur la France? Il y aurait des Gilets Jaunes dans le monde politique maintenant?
a écrit le 28/02/2019 à 6:49 :
En France l'état attend que la situation soit catastrophique avant de bouger, brasser du vent et repartir la queue entre les jambes. Au Pays Bas ils ont décidé d'agir avant que cela devienne irréversible.
Je ne suis pas sur que la vison d'énarques soit la meilleure.
a écrit le 27/02/2019 à 22:06 :
Si l'action a perdu jusqu'à 10%, c'est le moment ou jamais que l'Etat Français achète des titres à bon prix, au lieu de bavarder avec une dignité désemparée. Mais ce qu'il a été incapable de faire pour Renault et Nissan, l'Etat ne saura pas le faire pour Air France/KLM... C'est toujours le principe suicidaire de "Messieurs les Anglais, tirez les premiers !"...et donc tuez nous.
a écrit le 27/02/2019 à 18:37 :
Le contribuable français est, depuis des lustres, au capital de notre Aeroflot sans la moindre raison, mais le contribuable hollandais se voit refuser le droit de faire un investissement aussi calamiteux par nos grands gestionnaires...
Qui disait qu'il n'y avait plus de grands comiques en France ?
a écrit le 27/02/2019 à 16:24 :
Vive l'Europe!!!
Réponse de le 27/02/2019 à 16:50 :
il ne faut jamais avoir confiance envers les bataves

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