Air France, va-t-on vers une grève des pilotes du SNPL ?

Le SNPL a refusé de signer la proposition d'accord de la direction sur de nouvelles mesures d'économies. Le conseil du syndicat a voté une motion permettant de déposer un préavis de grève si la direction faisait appliquer la décision de justice lui permettant d'exiger des pilotes qu'ils réalisent les efforts non réalisés dans le plan d'économies précédent. Un scénario à ne pas exclure.
Fabrice Gliszczynski
Le refus du projet d'accord par le SNPL pourrait pousser la direction à vouloir solder le plan Transform 2015.
Le refus du projet d'accord par le SNPL pourrait pousser la direction à vouloir solder le plan Transform 2015. (Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)

Sans surprise, le SNPL Air France a rejeté le projet d'accord de la direction pour diminuer les coûts des pilotes. Réuni ce mercredi le conseil du principal syndicat de pilotes a voté à l'unanimité contre ce projet qui était soumis à signature jusqu'au 2 mai.

600 embauches

La direction proposait une hausse de productivité de 5 à 10% selon le type d'avion utilisé, des mesures de flexibilité pour faire travailler davantage les pilotes en période de pointe en contrepartie d'une croissance en sièges kilomètres de 2 à 3% par an d'ici à 2020 et l'embauche de 600 pilotes au cours de cette période. Pour éviter que la hausse des cadences ne fasse exploser la rémunération des pilotes par le jeu des heures supplémentaires, le projet de la direction comprenait une baisse de la rémunération à l'heure de vol.

"Certaines mesures baissent la rémunération, mais, comme les heures de vol augmentent, la rémunération ne baisse pas", expliquait le 11 avril Gilles Gateau, le directeur général adjoint en charge des ressources humaines et de la politique sociale de la compagnie.

Lire ici Cet accord est-il suffisant?

Inacceptable pour le SNPL

"Ce projet était inacceptable", a dénoncé  à l'AFP Véronique Damon, secrétaire générale du SNPL. Pour elle, le projet de la direction demandait "beaucoup d'efforts en termes de rémunération, de qualité de vie et de densification de l'activité" qui auraient porté "plus loin que la plupart des compagnies européennes et américaines le niveau de fatigue".

Et de pointer le cas des pilotes de B777 qui, étant "déjà aux limites" des heures maximales de vol, n'auraient pu voler davantage pour compenser la baisse du salaire horaire et auraient perdu 8 à 9% de salaire.

L'hypothèse d'une garantie de rémunération pour ces pilotes a été écartée par la direction pour ne pas dénaturer un texte jugé un peu "light" par les autres catégories de personnel.

Quant aux 600 embauches, "il ne s'agit ni plus ni moins que le remplacement de 380 départs en retraite et de 240 recrutements pour gérer les besoins de Transavia France" explique un pilote à La Tribune.

Hausse de 65% du salaire d'Alexandre de Juniac

De manière ironique, Véronique Damon a mis sur le tapis la hausse de 65% de la rémunération du Pdg démissionnaire d'Air France-KLM, Alexandre de Juniac, à 1,062 million d'euros. Cette hausse provient de la part variable de la rémunération indexée sur les résultats financiers, selon le document de référence du groupe envoyé aux actionnaires avant l'assemblée générale du 19 mai.

Pour Véronique Damon, il y a fondamentalement une "contradiction" à "juger la situation économique de l'entreprise suffisamment bonne pour justifier une augmentation de 65% de la rémunération d'Alexandre de Juniac (Pdg du groupe AF-KLM) et nous dire en même temps que la situation est assez mauvaise pour imposer une baisse de rémunération aux pilotes".

Cependant, le SNPL se tient "toujours prêt à une vraie négociation, nous n'avons pas fermé la porte", a-t-elle précisé à La Tribune. Ce que ne croient pas certains pilotes.

"En fait, le SNPL ne veut signer aucun effort. Il est convaincu que tôt ou tard, la direction accèdera à ses demandes", analyse l'un d'eux.

Le nouveau refus des pilotes va avoir des conséquences sur le contenu de la renégociation de l'accord collectif du personnel navigant commercial (PNC), qui court jusqu'à fin octobre. Les syndicats PNC ont en effet déjà prévenu qu'ils ne feraient aucune concession si les pilotes n'en faisaient pas.

Risque de conflit social

Il porte également les germes d'un conflit social. En effet, selon nos sources, le conseil du SNPL a également voté une motion mandatant le bureau du SNPL de "s'opposer par tous les moyens, y compris la grève, à toute modification unilatérale par la direction des conditions de travail ou de rémunération des pilotes, ou de non respect du périmètre actuel".

Autrement dit, le SNPL prend les devants si d'aventure la direction exécutait la décision de justice lui permettant de demander aux pilotes d'effectuer les mesures d'économies du plan de restructuration précédent (Transform 2015, lequel est censé s'être achevé fin 2014) qu'ils n'ont pas réalisées.

Contrairement aux autres catégories de personnel qui avaient rendu la copie, les pilotes n'ont réalisé que 12% des 20% des mesures d'économies sur lesquelles ils s'étaient engagés.

Présentées l'an dernier par la direction comme un préalable à de nouvelles mesures d'économies, les négociations sur le solde de Transform ont traîné en longueur pendant les 9 premiers mois de l'année 2015 sans aboutir.

Portant l'affaire en justice, la direction a eu gain de cause en octobre dernier, mais s'est gardée d'utiliser cette arme alors qu'elle négociait des nouvelles mesures d'économies. Dans le projet d'accord proposé aux pilotes le 10 avril dernier, la direction s'était en effet engagée à ne pas demander aux pilotes de solder Transform.

Fermeté

Avec le refus du SNPL, cet engagement tombe. La direction d'Air France va-t-elle désormais exiger l'exécution de ces mesures ? Pour plusieurs observateurs, Frédéric Gagey, le Pdg d'Air France n'a pas le choix.

"Beaucoup au sein des autres catégories de personnel ne comprendraient pas que la direction ne fasse rien", explique l'un d'eux.

La décision est compliquée car elle intervient en plein processus de recherche du successeur d'Alexandre de Juniac à la tête d'Air France-KLM. Si plusieurs noms circulent en externe, Frédéric Gagey est, avec Lionel Guérin, le directeur général délégué en charge de Hop, l'un des deux noms évoqués en interne.

"Frédéric Gagey a plutôt intérêt à demander le solde de Transform pour réaffirmer sa fermeté face aux pilotes", explique un autre observateur, sachant qu'il est associé à l'échec des négociations depuis un an.

Mais l'arme est à double tranchant.

"Un conflit important peut aussi compromettre ses chances", fait valoir un autre. Or, avec l'Euro de football qui se déroulera en France en juin ou les vacances d'été, les opportunités de semer une pagaille ne manquent pas. Reste à savoir comment la base des pilotes réagirait à un éventuel préavis de grève.

En fait, tout dépendra du timing de l'annonce éventuelle de l'exécution du solde de Transform. Il semble en effet préférable que toute annonce de ce type soit prise une fois choisi le successeur d'Alexandre de Juniac à la tête d'Air France afin que celui-ci n'hérite pas d'une situation qu'il n'a pas décidée. Sauf si Frédéric Gagey, considéré par certains observateurs comme le favori, est choisi.

Un conseil d'administration est prévu le 3 mai, le lendemain de la date limite initiale donnée aux pilotes pour signer l'accord.

S'ils avaient encore des doutes sur la difficulté du poste, les candidats externes à la succession d'Alexandre de Juniac en ont la confirmation.

Lire ici : Choix du futur Pdg d'Air France-KLM : les têtes de série tombent

Fabrice Gliszczynski

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Commentaires 16
à écrit le 22/04/2016 à 10:19
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Mais où va la compagnie ? Dans quel monde vit le SNPL pour etre aussi loin des réalités ? Ils vont faire fuir tous les potentiels PDG les plus efficaces, ils vont faire capoter tout projet de développement du groupe en Europe (AirEuropa, Transavia E...

à écrit le 22/04/2016 à 8:50
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AF au mieux végète au pire décline face à la concurrence depuis des années, valse des présidents et des plans,interventions de l'État ,élections..... À la fin comme suissair , sabena iberia ou Alitalia les 15% d'actions détenu par les pnt n'empêch...

à écrit le 22/04/2016 à 1:19
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Il n'y a qu'une solution pour un nouveau PDG s'en sorte: 1/ vendre les avions et les louer en leasing 2/ augmenter les pilotes de 25% et en mettre un maximum sur chaque vol 3/ attendre la faillite inevitable 4/ recommencer a 0 avec une nouvelle ...

à écrit le 21/04/2016 à 17:23
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Réquisition des pilotes, gendarme derriere !!!!

à écrit le 21/04/2016 à 17:14
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moiu c'est simple je voyage depuis longtemps sur Lufthansa ou des autres compagnies étrangères Non merci SNAFc'est pour les socialauds

à écrit le 21/04/2016 à 14:28
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Effectivement le départ du pdg après s'être largement augmenté à de quoi surprendre. Ce qui a augmenté c'est le bonus pour objectifs atteints . Objectifs qu'il se fixe lui même naturellement ... Son départ est il lié aux événement désastreux du mois...

à écrit le 21/04/2016 à 14:16
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Le bateau va couler et n'a pas encore sombré grâce au caisson étanche que représente malgré tout la miraculeuse baisse du pétrole combinée à un inespéré retour au bénéfices. Mais le départ de l'entreprise de son PDG est un très mauvais signal pour la...

à écrit le 21/04/2016 à 14:13
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Le problème d'Air France est lié au mode de financement des retraites par un prélèvement sur les salaires, ce qui augmente le cout du travail. Il concerne aussi d'autres entreprises.

à écrit le 21/04/2016 à 14:03
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je les croise quelque fois dans la navette à CDG les pilotes AF. Ils sont pontifiants pour ne pas dire p...ts.Ils vous toisent du regard. Ils se prennent pour des diva Ils vont atterrir bientôt, ils s'accrochent, ces nantis à leur privilèges et ce q...

à écrit le 21/04/2016 à 13:33
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Je m'apprête à prendre des billets d'avion pour aller au States. Je vais éviter AF dans ce cas.... Cette compagne est fichue! Ils devraient fermer les lignes non rentables et les transférer à KLM à Amsterdam.

à écrit le 21/04/2016 à 13:04
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Une bande de mandarins décalés ... la troupe des employés doivent les recaler sans ménagement .

à écrit le 21/04/2016 à 11:56
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Il n'est pas étonnant que monsieur Alexandre de Juniac se soit barré... Cordialement

le 21/04/2016 à 13:17
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Ca va etre dur de lui trouver un remplaçant , sauf à chercher des masos .

le 21/04/2016 à 17:16
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entièrement d'accord avec vous Bernado +1

le 21/04/2016 à 21:08
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Barré avec une partie de la caisse apparemment...

le 21/04/2016 à 22:07
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pauv inconcient ta vu comment il gavé avant de partir ce pdg? faut arreter de prendre tous le monde pour des pigeons...vous avez raison battez vous braves gens car vous n'en n'avez surement pas encore vu la fin....ceux qu'ils veulent c est un retour ...

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