Comment Thales mise sur le pactole du transport urbain en Chine

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(Crédits : Capa)
Thales, qui présente ses résultats semestriels vendredi avant bourse, est solidement ancré en Chine, notamment dans les transports urbains. Décryptage d'un succès.

Pour Thales, la Chine est un bon moteur de croissance sans être pour autant un eldorado. C'est notamment le cas dans les transports urbains où le groupe d'électronique appuyé par ses partenaires chinois propose aux municipalités des grandes villes des systèmes de signalisation, de supervision et de billettique. Au standard occidental, tous ces équipements permettent de doter ou de moderniser les lignes de métro et de tramway de villes en Chine qui ne cessent de s'étendre.

Le marché semble gigantesque en Chine. Car toutes les villes de plus de trois millions d'habitants (soit 25 au total) peuvent prétendre à un métro, selon les directives de Pékin. En 2014, 23 villes avaient déjà des métros disposant d'une couverture de 2.735 kilomètres et construisaient dans le même temps 2.853 kilomètres de lignes supplémentaires. Dans ce contexte démesuré à l'échelle de ce pays, le métro de Pékin transporte 8,7 millions de passagers tandis que celui de Shanghai 8,4 millions (contre 4,2 millions à Paris ou 5,6 à New York). Deux métros déjà équipés par des systèmes de Thales.

Une activité stratégique pour Thales

Le développement de l'activité transport urbain en Chine s'inscrit parfaitement dans la stratégie de Thales, qui est complètement absent du réseau des transi à grande vitesse. Dans une interview accordée à "La Tribune" en juin 2015, son PDG Patrice Caine avait été très clair sur l'importance au sein du groupe du développement de l'activité transport : "nous voulons aller dans les émergents et ces pays ont des besoins considérables en infrastructures. Nous voulons poursuivre le développement de notre chiffre d'affaires vers le civil et le transport, qui représente déjà 15% de notre chiffre d'affaires, est une activité 100% civile".

En dépit de quelques dérapages dans l'exécution de projets à l'international en voie de résolution (Edmonton au Canada, Hyderabad en Inde, Singapour), l'activité transport a réussi une belle année en 2015. L'an dernier, le groupe a enregistré un chiffre d'affaires de 1,5 milliard d'euros et engrangé 2,8 milliards de commandes (dont 1 milliard environ pour la modernisation d'une partie du métro de Londres). Cette activité devrait d'ailleurs aller de mieux en mieux, les difficultés ayant été pus rapidement résolues, explique-t-on à La Tribune.

L'activité transport représente entre 25% et 30% du chiffre d'affaires réalisé en Chine (plus de 500 millions d'euros) par Thales, qui emploie 1.200 salariés au total (transports, sécurité, aéronautique). En dépit d'une croissance qui s'est nettement ralentie ces deux dernières années passant de 10% à 3%/5% environ par an, le marché chinois reste encore dynamique. Le treizième plan quinquennal chinois prévoit ainsi la construction "de 25 lignes de métro environ par an", assure le vice-président des activités de systèmes de transport terrestre chez Thales, Christian Grégoire.

En valeur, un kilomètre de signalisation de métro représente environ un million d'euros. Soit une trentaine de millions d'euros par ligne en moyenne. Moitié moins pour la signalisation d'un tramway (entre 10 et 15 millions d'euros par ligne).

Thales équipe plus de 900 km de lignes de métros en Chine

La co-entreprise chinoise Thales SAIC Transportation System (TST) formée en 2011 par le groupe électronique (49,9%) et deux partenaires locaux, Shanghai Electric Corporation (SEC) et Shanghai Automation Instrumentation Co (SAIC), s'est fait une belle place au soleil sur le marché du transport urbain. TST y a remporté plusieurs contrats récents pour équiper de nouvelles lignes de métro (Qingdao, Nanchang, Wuhan et Shijiazhuang)

Au total, le système de contrôle ferroviaire SelTrac CBTC (Communication Based Train Control solution) proposée par TST, via un transfert de technologies (ToT), va équiper près de 910 km de lignes de métros en Chine, dont 495 km ont déjà été mises en service (24 lignes au total). Les prises de commandes prévoient un plan de charge à TST jusqu'en 2019 (avec la fin du contrat du métro de Wuhan). "TST est agile, les coûts salariaux sont intéressants", estime-t-on chez Thales. Et depuis sa création, la coentreprise a gagné "15 projets", précise Georg Koepfler, le PDG de TST, qui emploie 514 salariés (contre 217 en 2012).

Le patron de TST souhaite "maintenir sa part de marché en Chine" tout en assurant "une croissance à deux chiffres". Pour l'heure, le marché est dominé par Alstom et son partenaire chinois CRSC, réunis dans la coentreprise CASCO. Ils détiennent 25% du marché chinois. Georg Koepfler peut également compter sur l'expertise de Thales dans la sécurisation des infrastructures critiques pour grignoter des parts de marché en Chine. Le groupe devrait réaliser entre 100 et 150 millions d'euros par an de chiffre d'affaires dans les transports en Chine dans les cinq à dix ans. Mais ce qui intéresse beaucoup plus Thales, c'est la capacité de la Chine à innover. Et cela n'a pas de prix pour le groupe...

Un marché attractif

Les équipes de TST, qui ont bénéficié d'un ToT commencé en 2007 et achevé en 2013, sont en train de développer un nouveau CBTC "Made in China", baptisé TSTCBTC actuellement en période d'essai. Pour autant, on estime au sein du groupe d'électronique que les partenaires chinois n'ont pas l'ambition de devenir un concurrent dans le domaine de la signalisation et la supervision des systèmes ferroviaires. Contrairement au partenaire chinois d'Alstom, qui participe face à son partenaire français, aux appels d'offres lancés par les municipalités. Car le marché chinois, qui représente 40% du marché mondial (2,5 milliards d'euros dans le monde), intéresse de plus en plus les groupes chinois. Mais pas que... Tous les groupes internationaux, comme Ansaldo (Italie), Siemens (Allemagne), veulent aussi avoir leur part du gâteau.

Enfin, et contrairement à d'autres chantiers dans le monde, Thales et ses partenaires locaux maîtrisent bien l'exécution des contrats gagnés en Chine. La ligne de métro de l'aéroport de Nanjing a été réalisée par exemple en moins de deux ans. "En moyenne, nous devons tenir des délais de trois à quatre ans pour la réalisation d'une ligne de métro, explique Christian Grégoire. Nous avons un track-record parfait en Chine où nous proposons des solutions stabilisée". Et surtout standardisée. Une telle réussite n'est pas passée inaperçue. Thales est en train de mener une étude pour comprendre les clés de ce succès et les reproduire sur d'autres chantiers.

Pour Thales, le marché du tramway chinois est également un marché d'avenir. Le groupe y est ambitieux après avoir gagné certains contrats pour celui de Shanghai, qui prévoit un réseau de 1.000 kilomètres. Le groupe souhaite accompagner le développement du tram dans les municipalités chinoises même si les montants des contrats sont plus faibles que ceux pour les métros. Thales a d'ailleurs signé un ToT pour le système de contrôle de tramway TC&MS en septembre 2015.

Un hub à Hong Kong

A côté de TST, Thales a également installé son hub transport à Hong Kong, qui rayonne sur toute la région Asie-Pacifique, de l'Inde à l'Australie. Le groupe y est l'un des leaders sur le marché de la signalisation, dans les communications (60% de parts de marché) et 50% dans la bilettique. À Hong-Kong, MTR Corporation, l'opérateur du métro, a d'ailleurs attribué en janvier 2015 à Thales Hong Kong (340 salariés, dont 290 dédiés aux transports) et à Alstom un contrat de 330 millions d'euros portant sur la modernisation de sept lignes (120 km) qui seront équipées de la technologie CBTC de Thales.

Ce système permettra d'accroître la capacité avec des trains toutes les deux minutes, d'améliorer la fiabilité et de faciliter l'entretien du système et des infrastructures existants. A raison de deux heures de travaux par jour, la première ligne ne sera mise en service qu'en 2018 et la dernière en 2028. Thales va aussi fournir la signalisation, les communications et le centre de contrôle de la ligne de tramway de Danhai à Taïwan.

En Asie, le groupe d'électronique est solidement enraciné. Il y prépare les succès de demain car cette région va créer et moderniser la plupart de ces infrastructures de transports. Et le marché est très vaste.

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Commentaires
a écrit le 21/07/2016 à 10:31 :
THALES a beaucoup divergé de sa trajectoire, quand on sait son implication primordiale dans les dispositifs militaires...........Dorénavant ce sont les équipements publiques qui dominent > le métro > Les Entreprises se dirigent vers des opportunités immédiates> le vélo électrique sera bientôt son objectif premier
La science militaire, qui était la sienne, 'Le guidage avionique', a été délaissé, faute d'investissement à concevoir l'interception et la défense, digne des meilleurs outils Américains !
> L'Etat régresse, faute d'une participation essentielle
Thales se doit de concevoir 'des missiles patriotes' capables de nous prévenir, de façon autonome!
[Pour ses ingénieurs spécialistes, un investissement court, si l'on se réfère à leur moyen de 1990- Les drônes, sous toute utilisation, ont aussi été abandonnés]

> Un fleuron industriel, qui fait maintenant de la monnaie, dans du bien publique, à pas cher !!!
a écrit le 20/07/2016 à 9:28 :
Que les victoires de nos multinationales ont un goût amer.
Réponse de le 21/07/2016 à 10:57 :
Merci
Réponse de le 21/07/2016 à 11:44 :
Qu'est-ce qu'il y a d'amer à travailler pour les métros chinois ? Ne serait-ce pas raciste comme commentaire ?

Je suis partie prenante sur ces projets avec la Chine au sein de Thales (France) depuis de nombreuses années et j'ai même été embauché pour cela alors je peux garantir que nos clients chinois chaque année font travailler un certain nombre d'européens de la R&D à l'usine.
Réponse de le 21/07/2016 à 12:26 :
Oui je voilà je suis raciste, c'est évident, cela découle de ma remarque...

Si vous ne comprenez pas ce que je dis demandez le moi, ce n'est pas une preuve de bêtise ou de faiblesse bien au contraire, plutôt que de l'interpréter à votre façon et de démontrer sans aucun doute que vous ne l'avez pas compris.

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