Grèves du contrôle aérien français  : Air France et les compagnies européennes veulent une loi pour en limiter l’impact

Excédée par les grèves à répétition des contrôleurs aériens français, l'association des compagnies aériennes européennes, "Airlines for Europe", demande que soit connu en amont des grèves le nombre de grévistes réels. L'objectif est d'avoir une visibilité sur l'ampleur de la mobilisation et d'éviter des situations aberrantes où elles se voient imposer d'annuler la moitié de leur leur vol alors que peu (voire aucun) de contrôleurs n'ont suivi le préavis de grève.
Fabrice Gliszczynski
(Crédits : © Christian Hartmann / Reuters)

Les compagnies aériennes européennes n'en peuvent plus des grèves des contrôleurs aériens français qui pénalisent non seulement le trafic entre la France et les autres pays mais aussi le trafic entre d'autres pays dont les plans de vol survolent l'Hexagone. Et plus particulièrement de ces aberrations, où des préavis de grève se sont soldées par très peu, voire pas du tout, de grévistes dans les tours de contrôle, alors que les compagnies s'étaient vues imposer une réduction de moitié leur programme de vols, comme ce fut le cas, à plusieurs reprises en 2016.

 "Il y a une forte disproportion entre le nombre de grévistes et l'impact sur nos opérations", a déploré ce mercredi à Paris Laurent Timsit, directeur Stratégie et Affaires internationales d'Air France-KLM, lors d'un point presse en collaboration avec l'association des compagnies européennes, Airlines for Europe (A4E).

Absence de visibilité

Pour y remédier, ces derniers demandent une révision du cadre règlementaire pour améliorer la prévisibilité de l'ampleur des conflits. Et plus précisément « une notification préalable des grévistes, comme c'est le cas depuis la loi Diard de 2012 pour les entreprises de transport aériens, qui ne s'applique pas aux contrôleurs aériens français, lesquels  sont soumis à un service minimum depuis 1984, garantissant près de 30%"du programme des vols, selon Air France et 50% des survols de l'Hexagone.

"Nous souhaitons conserver le principe d'un service minimum pour éviter le 0 trafic, a expliqué de son côté Catherine Jude, la directrice du centre des opérations d'Air France, mais, en complément, nous souhaitons une notification préalable des grévistes, si possible à H-72 heures, qui permettrait de savoir exactement la capacité dont nous pourrions mettre en place et de faire des ajustements adaptés des programmes de vols. Le jour J, le service serait stable, nous n'aurions pas de mauvaise surprise, et nous pourrions informer de manière stable nos clients."

Pour Laurent Timsit, "un tel système ne contourne en rien le droit de grève. Il établirait seulement une proportion entre le nombre de grévistes et l'effet sur les opérations aériennes et les clients".

Le nombre de grévistes réels reste inconnu en cas de grève

Car, dans la mesure où l'absence de toute notification des grévistes en amont des jours de grève ne permet pas de savoir quel sera le nombre de grévistes réels, les services français de navigation aérienne imposent aux compagnies des réductions de leur programme (abattements). Ceci en fonction d'estimations qu'ils ont réalisées sur l'ampleur de la mobilisation, et par conséquent du service minimum à mettre en place.

Or,  comme le rappelle Air France, ce taux d'abattement sera trop ou pas assez fort en fonction du nombre de contrôleurs présents. "Du coup, il peut y avoir des abattements de vols de 50% alors qu'il n'y a aucun gréviste et que les contrôleurs aériens pourraient augmenter la capacité", a expliqué Laurent Renou, responsable ATC/Sesar Opérations aériennes d'Air France.

"La difficulté que nous rencontrons, c'est que nous ne savons le nombre de contrôleurs qui vont être présents", a regretté Catherine Jude. Nous avons une absence totale de visibilité, ce qui entraîne de gros retards ou des annulations de vol à chaud. Nous voulons assurer les vols, sans perturbation lié au système de non prédictibilité", a ajouté Catherine Jude.

Le SNCTA, le plus gros syndicat de contrôleurs, est ouvert sur le sujet

Si certains syndicats de contrôleurs aériens comme la CGT et l'UNSA (20% des voix chacun), grincent des dents à l'écoute de la demande des compagnies aériennes, le plus gros syndicat, le SNCTA (50% des voix), se montre au contraire ouvert.

"Cela manque au dispositif. Il faut définir les conditions, mais c'est acceptable. On l'a vu pendant les grèves concernant la Loi Travail qui ne concernait pas notre profession. Il y a eu des préavis qui ont été très peu suivis. L'image du métier et le service public en ressortent dégradés", a déclaré à La Tribune, son secrétaire national, Jérôme Lautrette.

Pour autant, si les compagnies aériennes ont envoyé il y a quelques mois leurs revendications au secrétaire d'Etat aux Transports, elles savent que toute éventuelle modification du cadre réglementaire n'interviendra pas avant la nouvelle législature.

La France championne d'Europe des grèves des aiguilleurs du ciel

La France est le pays le plus touché d'Europe par les grèves du contrôleur aérien.

"Entre 2004 et 2016, il y a eu 254 jours de grève de contrôleurs en France. La Grèce et le deuxième pays, avec 46 jours sur la période", a indiqué Laurent Timsit. Ce nombre est d'autant plus élevé que les grèves nationales se combinent aux grèves corporatistes. Sur les 13 jours de grèves recensées en France en 2013, toutes étaient par exemple des grèves nationales, contre la loi Travail.

Selon Thomas Reynaert, directeur général d'Airlines for Europe (A4E), "il y a non seulement beaucoup de moins de grèves dans les autres européens mais, leur impact sur les opérations est moindre en raison d'une meilleure prédictibilité".

Selon A4E, entre 2010 et 2016, il y a eu 117 grèves qui ont entraîné 217 jours de grèves et 278 jours de perturbations. L'impact économique est estimé à 12 milliards d'euros, dont 6% correspond à la perte de chiffre d'affaires pour les compagnies aériennes.

Fabrice Gliszczynski

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Commentaires 9
à écrit le 19/01/2017 à 19:57
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Cette suggestion s'applique à tous les moyens de transports, cheminots compris. Toutes ces grèves gênent les directions concernées, mais sont une veritable catastrophe pour le travailleurs qui cherchent à rejoindre leur lieux de travail ou rentrer ch...

à écrit le 19/01/2017 à 18:18
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encore 1 qi à fet l'école publique pas de bol sa prof de français fonctionnaire a profité de son statut pour se mettre absent pour longue maladie imaginaire.

à écrit le 19/01/2017 à 16:09
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Souvenir : L'Allemagne, pays aux relations sociales traditionnellement plutôt paisibles, a connu en 2015 son année la plus chargée en grèves depuis 10 ans, avec 2 millions de jours de grève, à cause de plusieurs gros conflits, selon des chiffres publ...

à écrit le 19/01/2017 à 14:10
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IL FAUT INTERDIRE LE DROIT DE GRÈVE À SES FEIGNANTS DE CONTRÔLEURS COMME À L'ENSEMBLE DES FONCTIONNAIRES POINT BARRE. RAS LE BOL DE CES 6 MILLIONS DE FEIGNANTS !!

le 19/01/2017 à 16:16
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Feignant est devenu un synonyme populaire de fainéant.Au fait, rappel moi ton métier toi le salarié laborieux qui transpire à la tâche devant son ordi à 14h00 ?

le 20/01/2017 à 16:52
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Pas forcement feignants; mais ce statut, incroyablement discriminatoire vis à vis du travailleur vulgaire, doit être compensé par une limitation certaine du droit de grève. Cela aura , peut-être un bénéfice additionnel, que les syndicats abandonnero...

à écrit le 19/01/2017 à 10:00
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Deux pistes : réguler le trafic aérien par ordinateur. Avec l'évolution des technologies, on devrait s'approcher de sa faisabilité. L'alternative serait de confier cette mission a du personnel militaire n'ayant pas le droit de grève !!

à écrit le 19/01/2017 à 9:31
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En tant que passager, je réclame une loi pour limiter les grèves d'Air France et de ses personnels nuisibles.

le 19/01/2017 à 16:18
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Tu colles à l'information.

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