Les pistes d'Air France-KLM pour remplacer Alexandre de Juniac

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(Crédits : CHARLES PLATIAU)
Après l'annonce ce mardi du départ d'Alexandre de Juniac, le groupe, le comité de nominations a lancé le processus de recrutement. Une liste de personnes a été rédigée. Elle comprend notamment le Pdg d'Airbus, le numéro 2 d'Emirates, et un haut dirigeant de Total qui vient de quitter le groupe pétrolier.

Qui pour remplacer Alexandre de Juniac à la tête d'Air France-KLM ? Son successeur ne sera pas facile à trouver. Ce mardi, en annonçant le départ d'Alexandre de Juniac pour prendre les rênes de la puissante Association internationale du transport aérien (Iata), Air France-KLM indiquait que la recherche de son successeur était déjà enclenchée.

«Le conseil d'administration du groupe a lancé, avec l'appui d'un cabinet international de recrutement, un processus afin d'identifier le meilleur dirigeant à même de poursuivre la consolidation et le développement du groupe», était-il mentionné dans le communiqué de presse du groupe.

Antinori, Brégier, Boisseau, Parly, Pepy

En fait, depuis lundi, au moment où Alexandre de Juniac a informé de son départ les membres du comité de nomination du groupe, ces derniers ont commencé à travailler sur le sujet. Une liste de noms a même été rédigée dans laquelle figurent plusieurs personnalités.

Selon nos informations, Fabrice Brégier, Pdg d'Airbus en fait partie. Déjà candidat en 2011, lors de la succession de Pierre-Henri Gourgeon à la tête d'Air France, il avait impressionné le comité de nominations lors de son audition. Mais il n'avait pas donné suite et avait préféré rester à la tête d'Airbus.

Autre nom dans cette liste, celui de Thierry Antinori, Executive vice-président Chief commercial officer d'Emirates (en gros le numéro deux de la compagnie de Dubai). Ancien de Lufthansa, ce Français natif de Lorraine a commencé sa carrière à Air France entre 1986 et 1996. Mais c'est au sein de Lufthansa que sa carrière s'envola.

Lire ici  le portrait de Thierry Antinori

Autre nom, celui de Philippe Boisseau, qui vient de quitter Total où il occupait le poste de directeur général de la branche marketing et services et directeur de l'activité énergies nouvelles. Philippe Boisseau était l'un des successeurs potentiels à la succession de Christophe de Margerie à la tête de Total. Selon certaines sources, son nom était fréquemment cité en début d'année dans l'hypothèse d'un changement de tête chez Vallourec. Mais Philippe Crouzet a conservé son poste.

 La liste comprend également Florence Parly, directrice générale déléguée de la SNCF après son départ d'Air France, mais aussi Alexandre Bompard, le Pdg de la Fnac qui a déjà refusé.

Selon certaines sources, même s'ils ne figurent sur la liste, les noms de Nicolas Dufourq, directeur général de Bpi France, et de Guillaume Pepy, le président du directoire de la SNCF, circulent. Ce dernier était déjà évoqué l'an dernier quand l'État, actionnaire à 15,7%, a tenté de ne pas renouveler le mandat d'Alexandre de Juniac qui expirait en mai 2015.

Lire ici : Pepy à Air France, le plan de l'Élysée qui a fait pschitt

Choix interne?

En interne, le nom de Frédéric Gagey, le Pdg d'Air France, est lui aussi évoqué. Mais pas sûr qu'Alexandre de Juniac le soutienne. L'une des raisons de son départ est le sentiment qu'il ressentait de ne pouvoir faire bouger les choses comme il le souhaitait.  Pour autant, le choix de Frédéric Gagey permettrait de faire monter Lionel Guérin, directeur général délégué et président de HOP, à la tête d'Air France. Sans faire de bruit, ce dernier est en train de redresser HOP Air France sans heurts sociaux. Le week-end dernier, Regional, Airlinair et Britair ont fusionné au sein de l'entité HOP. D'ailleurs, certains observateurs estiment que Lionel pourraient faire un bon candidat pour le groupe. Ancien pilote, ils le croient capable de trouver  une issue avec les syndicats de pilotes. En 2011, après les auditions des prétendants, le comité de nominations l'avait mis en deuxième position après Fabrice Brégier, devant Alexandre de Juniac.

Même s'il en s'en est très bien tiré sur le plan social, Pieter Elbers, le président du directoire de KLM, semble compliqué à envisager. Après les fortes tensions observées l'an dernier entre Air France et KLM, les conditions pour voir un Hollandais diriger le groupe ne semblent pas encore réunies. Le camp français (État, syndicats, salariés) aurait du mal à avaler la pilule (pour rappel c'est Air France qui a racheté KLM en 2004). Ces derniers temps, les relations entre Pieter Elbers et Alexandre de Juniac se sont détériorées.

Faible rémunération et beaucoup d'ennuis à la clé

La succession d'Alexandre s'annonce très difficile.

Difficile tout d'abord d'attirer des grandes personnalités dans un groupe dont les deux grandes filiales, Air France et KLM, se regardent en chiens de faïence. Le chantier de la gouvernance du groupe est un sujet sensible qui semble difficile à faire évoluer. Alors qu'il faudrait la faire évoluer pour gagner en efficacité, Air France-KLM s'apparente plus à une combinaison de deux compagnies qu'à un groupe.

Difficile également d'attirer un nouveau patron quand la principale filiale, Air France, est embourbée depuis deux ans et demi dans un blocage social qui ne semble pas prêt de se dénouer. Depuis la fin de la grève de septembre 2014, les tensions sociales ne sont pas retombées. En témoigne l'épisode de la chemise déchirée le 5 octobre dernier et les menaces des pilotes de déclencher une nouvelle grève dure.

Qui voudra d'un poste quand ressort le sentiment qu'Air France ne pourra pas se structurer en raison des blocages sociaux ? Qui voudra diriger un groupe qui perdra pied demain quand le prix du baril remontera faute d'avoir pris les mesures de réductions des coûts nécessaires aujourd'hui? Car, si l'exécution du plan de restructuration Transform et la baisse spectaculaire du prix du baril ont permis à Air France-KLM de sortir de la zone rouge, le groupe n'en reste pas moins décrochée par rapport à IAG (British Airways, Iberia, Vueling, Aer Lingus) en termes de performance opérationnelle. Même si Air France-KLM est revenu enfin dans le vert en 2015, sa pérennité à long terme n'est toujours pas assurée.

A tous ces immenses défis s'ajoute aussi la question de la rémunération du Pdg d'Air France-KLM, laquelle risque d'être insuffisante pour attirer des cadors de l'industrie. Lorsqu'il est passé de la présidence d'Air France à celle d'Air France-KLM en juillet 2013, à une époque où le groupe était fragile, Alexandre de Juniac avait conservé sa rémunération. Sa partie fixe de 600.000 euros n'a pas bougé depuis son entrée à Air France en novembre 2011.

Bref, difficile d'attirer dans ces conditions un Fabrice Brégier ou un Thierry Antinori. Ce dernier par exemple est considéré par plusieurs observateurs comme le futur numéro 1 potentiel d'Emirates.

 Lire ici : Choix des PDG : British Airways diffère d'Air France et de Lufthansa

L'État français va forcément tenter de mettre son nez dans cette nomination. Sa tentative ratée l'an dernier de se séparer d'Alexandre de Juniac a rappelé néanmoins qu'il n'avait pas la main sur le conseil d'administration. Pour autant, quasiment un quart du conseil va être renouvelé lors de la prochaine assemblée générale en mai. Reste à voir si ce nouveau conseil parviendra à tenir l'État à distance comme il l'avait fait l'an dernier.

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Commentaires
a écrit le 10/04/2016 à 18:54 :
une promotion interne
en dehors de toute inluence de poltitien
pour que la compagnie puisse vivre
idem pourle autre sociétés
deja que nos dirigeants depuis 40ans
ne savent pas gerer un pays
voir les cas dsk faillitte sarko idem
a écrit le 07/04/2016 à 10:55 :
A Air France il doive s'y connaître en parachute doré ou non.
a écrit le 06/04/2016 à 12:18 :
Et pourquoi pas Ségolène Royal? Sa compétence n'est pas mise en doute par ce gouvernement, elle fait preuve d'une grande autorité d'une capacité d'écoute remarquable et est une organisatrice née. Il suffit de voir comme elle a gérée sa région, ses idées d'avenir... Et en plus, le Président, qui nomme le PDG d'Air France, ne peut rien lui refuser.
a écrit le 06/04/2016 à 10:32 :
Je suggère que l'Etat ne pipe mot dans cette affaire car il serait bien capable de proposer Anne Lauvergeon en souffrance de poste depuis son départ d'Areva.
a écrit le 06/04/2016 à 10:24 :
Pour 600 kE/an, il ne va pas y avoir beaucoup de candidats.
Cordialement
Réponse de le 07/04/2016 à 11:12 :

Ça c'est la partie fixe!!!!!!
Quid de la part variable.
Ne vous inquiétez pas la place est bonne.
a écrit le 06/04/2016 à 8:10 :
Suite. Air France est désavantagée par la législation sociale française consistant à financer les retraites uniquement par un prélèvement sur les salaires. Il faut étendre ce financement sur une contribution de l'énergie de manière à se rapprocher des dispositions des pays concurrents. A étudier.
Réponse de le 06/04/2016 à 13:40 :
D 'accord Gépé . Mais vous le savez , cela implique un changement complet de la politique économique française . On attend dans ce journal une comparaison du fonctionnement interne de KLM et de AF et du mode de rémunération des salariés . Pourquoi y a tel ce grand silence ? Umberto Eco ne cessait de dire que c 'est la presse qui " fait " l'information et non l'information qui fait le journal .
a écrit le 06/04/2016 à 7:59 :
Mes propos seront évidemment sans effet, mais je suggère:-de choisir un spécialiste issu de l'aviation civile qui ne soit pas obnubilé par la notion de capital.- un fonctionnaire attiré par l'action et non par l'appat du gain.- un ingénieur impliqué par la notion d'énergie consistant à appliquer l'idée de basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique, ce qui revient à mettre en pratique les idées exprimées par la FNH, dans la note n°6 du CAE.
Réponse de le 06/04/2016 à 12:19 :
Donc Michel Sapin ou Marisol Touraine ?

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