Pour la Chine, l'avenir passe par une libéralisation de son économie

La Chine fait face à une déferlante d'indicateurs décevants depuis plusieurs jours, au rang desquels une croissance inférieure aux prévisions. La demande domestique a du mal à compenser le ralentissement de la demande extérieure et la stratégie d'assouplissement des conditions de crédit s'essouffle. Pour sortir de l'impasse, la Chine doit favoriser l'essor de son secteur privé afin d'encourager la hausse des salaires.

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Le modèle chinois est-il en train de montrer de sérieux signes de faiblesse ? A en croire les dernières données macro-économiques, tout porte à le croire. Au premier trimestre 2013, le produit intérieur brut du pays a crû de 7,7%, en dessous des prévisions fixées initialement à 8%. Mettant fin à l'optimisme affiché à la fin de l'année 2012 après sept trimestres consécutifs de ralentissement.

Le crédit ne suffit plus à doper la croissance chinoise

Pour faire face à la faiblesse de la demande extérieure liée à la crise que traversent les économies matures, les autorités chinoises avaient assoupli l'année dernière leur politique monétaire et les conditions de crédit. "La croissance au quatrième trimestre 2012 et au premier trimestre a été largement soutenue par une hausse rapide du crédit," qui a augmenté de 60% durant les trois premiers mois de l'année relèvent Ren Xianfang et Alistair Thornton, économistes à IHS Global Insight.

Mais désormais, "les signes de reprise du dernier trimestre de l'année 2012 s'estompent," constate Bei Xu, économiste chez Natixis.

La consommation peine à prendre le relai

La Chine doit désormais s'attaquer à son vrai problème : créer une véritable demande domestique. Objectif qu'elle s'était par ailleurs fixé dés 2011 dans son douzième plan quinquennal afin de réduire sa dépendance aux exportations et aux investissements, déjà très élevés. Et c'est là que le bât blesse.

L'émergence d'une nouvelle catégorie de consommateurs en Chine est le principal facteur d'optimisme des investisseurs sur les perspectives à long terme du pays tout autant que celui des dirigeants chinois. Or la consommation des ménages marque le pas. "Ce ralentissement est durable, car les réformes structurelles en cours, correction des inégalités et mise en place d'une meilleure couverture sociale, ne peuvent pas avoir d'effet immédiat," selon Bei Xu.

En attendant, l'épargne a toujours la cote en Chine. En raison justement de la faiblesse de la couverture sociale, mais aussi parce que les prix de l'immobilier ont fortement augmenté et que les Chinois sont forcé d'économiser toujours plus pour acheter un logement.

Le pouvoir d'achat marque le pas

La faiblesse de la consommation des ménages et d'autant plus forte que les consommateurs font face à un véritable problème de pouvoir d'achat. En 2013, le revenu par tête en zones urbaines a augmenté de 6,7% en termes réels. En 2012, il avait progressé de 9,6%.

Le pouvoir d'achat de la classe moyenne décélère et les salaires n'augmentent pas assez vite pour doper la consommation dans des proportions suffisantes et compenser ainsi le ralentissement des exportations.

Ce en raison de la mauvaise conjoncture économique. Car si un taux de croissance à 7,7% suffit encore à créer des emplois, contrairement à ce que prédisaient les économistes, force est de constater qu' "il en faut plus pour favoriser la hausse des salaires", relève Bei Xu.

Les marges de man?uvre sont limitées

"Le gouvernement prend régulièrement des mesures pour augmenter le salaire minimum, mais en ce qui concerne le salaire moyen, il ne peut pas imposer quoi que ce soit," explique Bei Xu qui note que cette augmentation du salaire minimum pèse sur les entreprises qui arrêtent d'augmenter les salaires par ailleurs.

"Seule une bonne dynamique de croissance peut favoriser cette hausse des salaires," en conclut l'économiste de Natixis. Dans ce sens, les marges de man?uvre sont limitées. Pékin doit notamment corriger les inégalités de revenus afin qu'un plus grand nombre de Chinois consomment. Pour ce faire, "le gouvernement doit donner des conditions de développement aux entreprises privées équivalentes à celle des entreprises publiques," considère l'analyste.

"On constate en effet que les salariés du privé sont beaucoup moins payés que les salariés des entreprises publiques," relève-t-elle. Ceci s'explique par le fait qu'elles ont le plus grand mal à s'imposer face à leurs concurrents publics sur les marchés. Et leur financement est plus couteux que celui des entreprises publiques. Elles doivent donc faire des économies ailleurs, et notamment sur les salaires. Dans l'immédiat, si elle veut dynamiser son marché intérieur, la Chine doit s'astreindre à libéraliser son économie.

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