L'inexorable mue industrielle des stations d'épuration

La filiale hongroise de Veolia Eau a réalisé à Budapest une station d'épuration autosuffisante en énergie grâce à une méthode originale de production de biogaz.

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(Crédits : Véolia)

Associer le traitement des eaux usées à celui des déchets pour in fine produire de l'électricité et assurer, au moins dans un premier temps, l'autosuffisance énergétique de la station. C'est le mariage original qu'a réalisé Veolia Viz, filiale hongroise du groupe français Veolia Eau, dans une usine de traitement des eaux de la banlieue nord de Budapest. Une technique qui anticipe les transformations que devront réaliser, dans un futur « pas si lointain », les stations de traitement des eaux « qui passeront d'un statut classique de stations d'épuration à celui d'unités de bioraffinage », prophétise Philippe Guitard, le directeur général de Veolia Eau Europe.

unité de bioraffinage

Parmi les quatre unités de traitement des eaux que compte la capitale hongroise, celle de Budapest nord est aujourd'hui la seule à être autosuffisante en électricité. Pour atteindre cette autonomie, les responsables de l'usine ont dû modifier leurs process. Comme toute station de traitement des eaux usées, l'usine de Budapest nord produit des boues d'épuration. Cependant, alors qu'elles sont d'habitude envoyées vers le secteur agricole, notamment pour y servir d'engrais, ces boues-là sont collectées et mélangées à des déchets d'origine organique provenant des ordures rejetées par les 1,7 million habitants de la capitale hongroise, les restaurants de la ville, ou encore les invendus des industries agroalimentaires du pays. De ce mélange de boues et de déchets naît une « bouillie » fortement concentrée qui émet chaque jour, au sein de deux grands réservoirs conçus à cet effet, 28.000 mètres cubes de biogaz (méthane-CH4). Ce gaz inflammable sert de carburant à deux puissants générateurs qui produisent quotidiennement 3.000 kWh d'électricité. Afin de répondre au problème du tri des déchets, Veolia a inventé et breveté le système « Ecrusor », un dispositif qui permet de simultanément broyer et séparer les déchets organiques de ceux qui ne le sont pas (plastiques, métaux, polluants etc).

En principe, « cette production électrique suffit aux besoins de la station », affirme György Palko, directeur général de Veolia Viz, qui chiffre à 12 millions d'euros les investissements réalisés. Investissements qui permettent « une réduction de la facture d'électricité de l'ordre de 1,5 million d'euros par an » poursuit-il.

Le jeune directeur général réfute l'idée d'une revente de son électricité au réseau national. « Notre objectif aujourd'hui n'est pas de produire du courant mais bien d'atteindre un degré maximal d'autosuffisance », rétorque-t-il. György Palko refusera d'ailleurs d'indiquer le coût de revient de son électricité, mais concèdera néanmoins qu'il lui « est difficile de rivaliser aujourd'hui avec le prix du kWh issu des centrales nucléaires » qui produisent 40 % de l'énergie électrique du pays.

Pour autant, cette évolution des stations d'épuration vers le concept d'unité de bioraffinage, c'est à dire des stations qui non seulement traiteront les eaux « comme elles le font aujourd'hui mais qui, de surcroît produiront du biogaz et éventuellement de l'électricité », est un phénomène « inexorable », martèle Philippe Guitard. Une révolution industrielle silencieuse qui, toujours selon Philippe Guitard, « a déjà commencé : aujourd'hui pour nous (Veolia ndlr) il n'est déjà plus question de répondre à un appel d'offre sans y inclure des notions de production verte et de récupération... sinon nous sommes assurés de le perdre ».

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