Au lieu de taxer, ne serait-il pas efficace d'imposer des normes environnementales à l'industrie ?

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Christian Gollier, directeur de Toulouse School of Economics (TSE) répond à la question des normes environnementales qui pourraient inciter les entreprises à utiliser des technologies moins polluantes.

La Tribune : Au lieu de taxer, ne serait-il pas tout aussi efficace d'imposer des normes environnementales à l'industrie pour l'inciter à utiliser des technologies moins polluantes ?

Christian Gollier : La question est de savoir si l'Etat a un rôle proactif à jouer dans les choix des ménages et des entreprises pour réduire leurs émissions de CO2. Je vous donne un exemple. Quand l'Etat veut encourager la filière photovoltaïque, on sait que pour produire un kilowatt/heure en utilisant les technologies photovoltaïques, il soutient les investisseurs en leur rachetant ce kilowatt/heure 0,58 euro. Ce kw/h là n'émet pas de C02. Par contre, quand on produit 1 kw/h électrique qui combine le nucléaire, le charbon, le gaz du mix européen, ça ne coûte par 58 centimes d'euro mais seulement 6 centimes d'euro. En revanche ce kw/h à 6 centimes, il produit environ 400 grammes de CO2. Autrement dit, il en coûte 52 centimes d'économiser 400 grammes de C02. Faites le calcul, cela fait à peu près 1 euro le kilo de C02, et donc 1000 euros la tonne de C02. Pour économiser des dommages aux générations futures dus au réchauffement climatique qui ont été estimés à 32 euros la tonne, on va payer 1000 euros en subventions, lesquels d'ailleurs se retrouvent in fine dans la facture d'électricité du consommateur.

La Tribune : L'Etat n'est donc pas efficace lorsqu'il essaie de subventionner des technologies non-polluantes ?

Christian Gollier : L'Etat est confronté à l'asymétrie de l'information. Il ne connaît pas la myriade des projets d'investissements, l'ensemble des actions possibles, pour réduire les émissions de C02, les entreprises sont mieux placées pour le savoir. Donc au lieu de la stratégie consistant à faire du « command and control », j'ordonne et ensuite je contrôle que ce que j'ai commandé est fait par les individus, il vaut mieux envoyer des signaux-prix et dire : vous émettez ce que vous voulez mais vous devrez payer 32 euros la tonne de CO2, et ça va inciter les acteurs à prendre les mesures qui, eux le savent, réduisent les émissions de CO2 à un coût raisonnable.
 

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