Les entreprises françaises lorgnent les projets verts d'Abu Dhabi

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Le forum de Masdar accueille les entreprises présentes dans la croissance verte, attirées par le chantier de la ville futuriste et les multiples projets de l'Émirat. Les Français espèrent leur part du gâteau.

C'est aujourd'hui "LE" rendez-vous mondial de la croissance verte. Le sommet des énergies du futur (World Future Energy Summit ou WFES) n'aura pas mis longtemps pour s'imposer, un forum où toutes les entreprises du secteur se bousculent. Né avec Masdar, le WFES - une initiative du fonds souverain émirati Mubadala conçue pour mettre en oeuvre la vision d'une économie de l'après-pétrole élaborée par feu Cheikh Zayed Bin Sultan Al Nahyan, fondateur et ancien président des Émirats arabes unis -, souffle seulement cette année ses quatre bougies. De grands groupes français implantés dans la région depuis des décennies y sont naturellement représentés et entendent en profiter pour faire valoir leur expertise en matière d'énergie propre.

Une vitrine prestigieuse

Il y a bientôt un an, Total, partenaire privilégié de l'Émirat en matière d'énergie et habitué des projets industriels de grande taille, a remporté un appel d'offres sur la première phase du projet de centrale solaire à concentration Shams 1, qui devrait être le premier projet industriel de Masdar à voir le jour. Associé à l'espagnol Abengoa, l'un des leaders de cette technologie, le pétrolier est partenaire (et maître d'oeuvre) d'une ferme solaire de 240.000 miroirs sur 250 hectares à 120 kilomètres de la capitale, en plein désert. Les travaux de ce projet de 100 MW (deux fois plus que ce qui se fait de plus grand aujourd'hui) et de 600 millions d'euros (60 % investis par Masdar, et le solde réparti à parts égales entre Total et Abengoa) ont commencé en juillet 2010. La production doit débuter à l'été 2012. Ce sera, à n'en pas douter, une vitrine prestigieuse pour chacun des partenaires, même si Total s'investit par ailleurs beaucoup dans le solaire photovoltaïque, notamment au travers de ses filiales Tenesol (avec EDF) et Photovoltec (avec GDF Suez).

Un autre français implanté dans la région depuis des décennies, Schneider Electric utilise Masdar City - la ville zéro déchet, zéro émission, qui doit à terme accueillir 40.000 habitants et 50.000 travailleurs chaque jour, (voir « La Tribune » du 28 janvier 2010) - comme laboratoire pour diffuser sa conception de « l'efficacité énergétique proactive » et ses solutions. "Des bâtiments intelligents, sans lesquels un réseau intelligent ne sert à rien, peuvent diminuer leur consommation d'énergie de 30 %", rappelle son PDG Jean-Pascal Tricoire. En dehors de tout cadre contractuel global, l'entreprise est associée à Masdar City sur de multiples sujets.

Le centre universitaire Masdar Institute, le seul quartier aujourd'hui sorti de terre, est ainsi équipé de 25.000 capteurs connectés, permettant la gestion automatisée et programmable de l'énergie dans les bâtiments. Schneider s'emploie aussi à combler le manque de compétences globales sur ces sujets, en mettant à disposition de l'institut universitaire son programme de formation en ligne Energy University. Dans le cadre d'un partenariat stratégique, son concurrent Siemens (qui propose une offre complète intégrant des solutions aujourd'hui commercialisées par Schneider Electric, d'un côté, et par Alstom, de l'autre, précise un observateur) va établir dans la ville un centre de recherche et son siège social régional, mais aussi y installer le "smart grid" (distribution intelligente d'électricité).

Stockage d'énergie

Alstom Power, également implanté dans la région sur de nombreuses activités (dont l'alimentation en énergie d'usines de dessalement), entend aussi en tirer parti. Présent dans le photovoltaïque à concentration via sa participation dans l'américain Brightsource, le groupe s'intéresse aussi de près aux besoins régionaux en matière de captage et stockage de CO2, technologie dans laquelle le patron d'Alstom Power, Philippe Joubert, revendique le leadership mondial. Certes, le premier projet sur lequel travaille Masdar Power, conçu pour utiliser le CO2 récupéré en sortie d'une aluminerie pour améliorer le rendement de gisements pétroliers, ne nécessite aucune technologie spécifique. À terme cependant, "le véritable enjeu, précise Keristofer Seryani de Masdar Carbon, ce sont les émissions des centrales électriques - celles qui existent déjà, mais surtout celles qu'il va falloir construire pour répondre à l'explosion de la demande dans les prochaines années". Mais Alstom, dont la technologie vise le marché des centrales existantes, n'est pas seul sur les rangs. D'autres pétroliers sont également en embuscade, ainsi qu'Air Liquide, Mitsubishi Heavy Industry ou encore BASF.

Des entreprises de taille plus modeste, comme Saft, qui a récemment lancé une gamme de solutions de stockage d'énergie depuis la production jusqu'à la consommation, profitent du sommet pour se faire connaître et faire parler de cette problématique. « C'est d'autant plus important dans des zones où la solution décentralisée est réellement pertinente pour pallier le déficit en énergie », précise le directeur marketing de l'activité batteries industrielles Michael Lippert, venu participer à une tribune dédiée au sujet.

Mais la partie est loin d'être jouée. "Abu Dhabi a les moyens de mettre le monde entier en concurrence", reconnaît ainsi le secrétaire d'État au Commerce extérieur, Pierre Lellouche, venu représenter la France. Justement, des observateurs regrettent que les entreprises hexagonales n'agissent pas de façon plus concertée, et s'en trouvent désavantagées par rapport à leurs concurrents étrangers, américains et allemands en tête. Angela Merkel est venue l'an dernier, et Hillary Clinton était sur place il y a seulement quelques jours, et a d'ailleurs tressé des lauriers à l'initiative Masdar. Les visites de ministres français prévues pour les prochaines semaines pourront-elles impulser une nouvelle dynamique ?

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