EDF EN : les deux patrons s'en vont, un banquier aux commandes

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Maintenant qu'ont été déposés les dossiers de l'appel d'offres pour l'éolien en mer, EDF peut enfin remanier la direction d'EDF Energies Nouvelles, dont il possède 100% du capital depuis cet été.

Exit donc, sans surprise, le charismatique fondateur de la filiale verte, Pâris Mouratoglou, 71 ans, qui sera remplacé par un vétéran d'EDF, Jean-Louis Mathias, 64 ans, jusqu'ici directeur exécutif d'EDF.

Autre départ, celui du directeur général d'EDF EN, David Corchia, un ancien de BNP et de JP Morgan qui était arrivé chez EDF EN en 2004. A sa place, EDF a choisi un autre banquier : Antoine Cahuzac, 57 ans, jusqu'ici président du directoire de HSBC Private Bank France, banque qui s'intéresse depuis longtemps à l'environnement.

Antoine Cahuzac connaît bien les grandes entreprises puisqu'il a été responsable de la direction des grands clients de HSBC France en 1998, ainsi que le secteur de l'énergie : il a été co-responsable du secteur ressources naturelles et Utility pour les grands clients à Londres pour HSBC dans le monde, et patron de la division Global Banking à Dubaï pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Pâris Mouratoglou et David Corchia resteront administrateurs d'EDF Energies Nouvelles.

La saga Mouratoglou

Avec Pâris Mouratoglou, c'est une figure des énergies vertes en France qui quitte la scène. Ce polytechnicien fort en gueule, connu pour son franc-parler, avait créé en 1990 la société SIIF (Société Internationale d'Investissements Financiers), qui a d'abord développé des centrales thermiques et hydroélectriques avant de se lancer dans l'éolien - d'abord en Guadeloupe -- puis le solaire.

La société prend une toute autre dimension lorsqu'EDF entre dans son capital en 2000, en acquérant 35% du capital, puis monte à 50% en 2002. EN 2004, elle change de nom pour devenir EDF EN, avant d'entrer en Bourse en 2006.

L'épilogue se joue à l'été 2011 : EDF rachète les 50% d'EDF EN qui lui manquaient - le capital qui était en Bourse et les 25% que possédait encore son fondateur - et retire le groupe de la cote.

Pâris Moratoglou est au passage devenu l'une des plus grosses fortunes professionnelles françaises en revendant ses 25% à EDF pour 600 millions d'euros, payés en partie en actions.

Une santé insolente

Malgré la tourmente dans le solaire et le ralentissement de l'éolien, et en dépit de la crise financière qui freine les financements bancaires, EDF EN caracole en tête de l'énergie verte française et voit l'avenir avec optimisme, comme nous l'avait confié David Corchia en novembre dans une interview exclusive, où il pronostiquait d' « excellentes années » 2011 et 2012.

Premier producteur d'électricité solaire de l'Hexagone, mais aussi gros opérateur éolien en France et à l'international, le groupe a installé 90 MW en 2011 et en prévoit plus de 230 cette année.

Il compte ainsi installer avant juin 2012 une centrale de 115 à 135 MW à Toul (Meurthe-et-Moselle), sur une ancienne base militaire de l'Otan, une autre de 60 MW (au lieu de 96 MW prévus initialement) à Crucey-Villages (Eure-et-Loir) et enfin une centrale de 56 MW à Massangis (Yonne). En revanche, son grand projet de Beaucaire (Gard), de 260 MW, est en suspens. "Il ne peut pas se faire dans le cadre de l'ancien tarif d'achat, mais nous continuons à le développer. Il passera peut-être via les dispositifs d'appels d'offres", nous avait indiqué David Corchia.

Présent dans treize pays (Royaume-Uni, Italie, Grèce, Espagne, Etats-Unis, Canada....), l'ex DG estimait avoir réalisé une très bonne année en Italie en 2011 tout en misant sur les Etats-Unis pour 2012. Et dans l'éolien offshore, David Corchia nous avait confié qu'il espérait bien, avec ses partenaires du consortium, notamment Alstom, obtenir 1,5 à 2 GW sur les 3 GW mis en jeu dans le premier appel d'offres français.

David Corchia nous avait aussi expliqué à quel point l'appui d'EDF était un atout pour développer les grands projets gourmands en capitaux, comme les parcs éoliens en mer. "EDF veut que la belle machine continue à fonctionner. L'esprit entrepreneurial d'EDF EN n'a pas changé". Peut-être, mais ce sera sans lui.

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