Faut-il réinventer l'agriculture ?

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Quelle agriculture pourra répondre au double défi de nourrir la planète sans la détruire au point de la rendre impropre à toute production ? C'est l'objet de l'édition 2012 de l'ouvrage "Regards sur la Terre" publié par l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et l'Agence française de développement (AFD).

"Comme illustration du changement climatique, l'agriculture, c'est mieux que le canari dans la mine » (les mineurs emportaient autrefois un canari en cage qui, dont les signes de suffocation indiquaient qu'il fallait remonter, NDLR). C'est ce qu'a déclaré mardi Laurence Tubiana, présidente de l'Iddri (Institut du développement durable et des relations internationales) à l'occasion de la sortie de l'ouvrage annuel "Regards sur la Terre " publié en collaboration avec l'agence française de développement (AFD). Ce secteur, qui fait l'objet de cette cinquième édition "Développement, alimentation, environnement : changer l'agriculture ?" est en effet à la fois l'un des contributeurs importants au changement climatique (érosion des sols, usage de pesticides, émissions des sols labourés et des ruminants, etc.) et l'un de ceux qui en souffrent le plus (multiplication des événements climatiques extrêmes, difficultés d'irrigation dans de nombreuses régions...).

Une question d'accès plus que de volume

"Nourrir une planète en croissance, ça n'est pas tant une question de volume que d'accès physique (donc de logistique) et économique", observe Pierre Jacquet, président de l'AFD. Concernant les volumes eux-mêmes, c'est l'inflation prospectiviste rappellent les auteurs. Faudra-t-il doubler la production d'ici à 2050 ou l'augmenter de seulement 30 % ? Le consensus se situerait autour d'un accroissement de 70 %. Mais la question reste celle de la répartition. "L'autosuffisance alimentaire est un non-sens", martèle Pierre Jacquet. D'où la nécessité de règles commerciales lisibles et prévisibles sous l'égide de l'OMC, qui "n'est pas nécessairement synonyme de libéralisation sans fin du commerce".

Les auteurs osent même évoquer la question de la demande en agriculture, et non seulement de l'offre. S'il semble indécent de l'aborder dans les pays en développement, au niveau global il apparaît clairement que le volume et surtout la nature des biens consommés laisse de la marge pour favoriser l'équilibre offre/demande. 

Plus résistante et moins contributrice au changement climatique

La question est de savoir si on procède à des ajustements du système existant ou à un véritable changement de paradigme en profondeur. Et dans tous les cas, comment gérer la transition. Sébastien Treyer, directeur du programme "Agriculture et changements globaux" à l'Iddri, insiste sur la nécessité d'une agriculture intensive en main d'oeuvre, capable d'assurer également un rôle de pourvoyeur d'emplois dans le cadre de la croissance démographique. Et sur le rôle actif qu'il faut donner aux agriculteurs eux-mêmes.

"Il faut injecter beaucoup d'intelligence, mais l'innovation ne doit pas circuler uniquement du haut vers le bas", insiste-t-il. Une innovation sur laquelle les experts misent beaucoup pour que l'agriculture, non seulement remplisse son rôle nourricier auprès d'une population de plus en plus nombreuse, mais aussi participe à limiter le changement climatique, plutôt que de l'aggraver comme on le lui reproche aujourd'hui. C'est la "climate smart agriculture", à la fois plus résistante et moins contributrice au changement climatique.
S'ils rappellent que les leviers du changement résident souvent en-dehors de l'agriculture stricto sensu (plutôt dans le secteur de la transformation, qui ne se limite pas à l'industrie agro-alimentaire), les auteurs insistent sur la nécessité que les agriculteurs, conservateurs de nature, puissent essayer de nouvelles pratiques avant de les adopter.
En matière de politiques publiques, les auteurs ne tranchent pas sur  la responsabilité d'orchestrer cette mutation : est-ce à l'OMC, au G20 ou à la FAO (organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture) qu'elle revient ? La question reste ouverte.

 

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a écrit le 24/03/2012 à 11:15 :
En France pour 1 agriculteur , 1 fonctionnaire 1/2 pour le faire chier ! Il est temps de" mettre un coup de balai dans tout ça !
a écrit le 22/03/2012 à 16:16 :
Comme pour nous ,l'agriculture évoluera en fonction de nouvelles habitudes alimentaires ,nouvelles variétés de légumes ,de fruits ,d'animaux de boucherie ,élevages d'animaux plus économes comme le cochon par rapport aux ovins et bovins ,puisque la pollution aura été éliminée.
Et ça réduira les besoins en maïs trop gourmands en eau.
En France tant qu'on n'aura pas passé le seuil de 100 millions d'habitants la question ne se posera pas.
a écrit le 22/03/2012 à 12:31 :
Sauvez la planète, devenez végétarien! 1kg de bœuf = 15000L d'eau + 7kg de céréales. On pourrait éradiquer la faim dans le monde si on diminue la consommation de viande des pays riches!
Réponse de le 24/03/2012 à 11:20 :
raisonnement bête à bouffer du foin !
a écrit le 22/03/2012 à 11:03 :
Il est très bien de vouloir s'occuper des autres, mais avant tout, charité bien ordonnée commence par soi même, or c'est exactement l'inverse ici, on s'occcupe des autres mais on ne balaie pas devant sa propre porte, vivant de l'argent de Bruxelles à hauteur de 20 milliards, les agriculteurs français sont les plus gros profiteurs du budget européen, en plus ils polluent les côtes, sont les plus gros pollueur en co2 par les vaches et sont remplis d'antibiotiques, alors au lieu de s'occuper du monde, commençons par s'occuper de nous-mêmes !
Réponse de le 22/03/2012 à 15:38 :
Dans la réalité les agriculteurs ne représentent qu'un faible % des nitrates par rapport aux rejets des toilettes et l'immense réseau concerné (hormis toilettes dites sèches comme en Suède qui sont plus intelligentes), lesquelles rejettent de plus médicaments, produits chimiques, précurseurs endocriniens, hormones etc non traités par les centres de traitement. Sans parler des rejets de l'automobile a chaque grande pluie etc.
Réponse de le 23/03/2012 à 15:01 :
j aimerais repondre a TOMIBIKER l intellectuel du 3 eme sous sol !! que la france donne tous les ans a BRUXELLES 21 milliards d euros et que BRUXELLES ne restitue que 13 milliards a la FRANCE ! sur ses 13 milliards seuls 10 milliards vont a l agriculture ?? que ensuite 20% de non agriculteurs se partagent 80% de se budget et les 80 % d agriculteurs restants se partagent les 20 % du budget restant !!!! voila l equation comment elle est faite !! alor arrete de raconter n importe quoi !!!!
Réponse de le 24/03/2012 à 11:22 :
Peut être ... mais sans eux tu ne mangerais pas !
a écrit le 22/03/2012 à 9:13 :
"Orchestrer cette mutation"...A elle seule cette phrase résume l' arrogante imbécillité de ces experts, que je connais un peu pour essayé de travailler avec eux. Ils s' agit de lobbyistes voulant vendre des salades de leur cru.
J'ai aussi eu le privilège de travailler avec un monsieur d'une grande hauteur de vue,ancien secrétaire de la FAO pour l' Afrique. Il a su poser de bonnes questions...mais beaucoup restaient sans réponses, et les ont d' autant plus qu'on veut nous l'idées simpliste du "faire autrement" sans offrir de réponse crédible.
C'est plutôt triste car au fond les choses iront là où elles veulent.
On ne sait rien faire au plan mondial pour limiter les ravages en Afrique de l' Est alors leurs théories...
a écrit le 22/03/2012 à 7:59 :
"La nécessité d'une agriculture intensive en main d'oeuvre" : on croyait la propagande marxiste loin derrière nous. Mais non, il y a encore des admirateurs des génocidaires rouges, Mao, Castro ou Pol Pot. "Limiter le changement climatique" : le fond marxiste de l'Eglise de Climatologie n'est plus à démontrer. Le plus scandaleux est de constater que ces terroristes et leurs thèses meurtrières sont subventionnés par l'argent des impôts.
Réponse de le 22/03/2012 à 15:43 :
Lol n'importe quoi. Les climato-sceptiques ont largement été pris la main dans le sac encore récemment avec leur village Potemkine, les réseaux de pseudo-scientifiques, leur méthodes de propagande et leurs financements, d'Exxon à Lafarge en France en passant par des Etats voyous, bravo ! Il n'y a évidemment pas d'église de climatologie mais seulement des scientifiques et des lobbies d'énergies et intérêts fossiles en face qui rabachent les mêmes inepties.
a écrit le 22/03/2012 à 7:36 :
Tous ces plans sur la comète concernant l'agriculture, alors que les agriculteurs sont indépendants, prennent leurs décisions au jour le jour, suivant leurs propres estimations de la situation économique, mais aussi météorologique, ne sont pas effectives. On se croirait encore au temps du Grenelle de l'environnement, et de ses incantations quant à la réduction de produits phyto..Le coût engendré par ces experts, bien souvent qui n'ont aucune idée de la conduite d'une d'exploitation, est lui très quantifiable et certain.

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